AU ROY.

_Sire_,

_Le plus humble de vos Sujets se prosterne aux pieds de VOTRE

MAJESTÉ, & lui demande justice & protection pour ce petit Ouvrage

qu'il luy presente. C'est la priére ordinaire que font les Auteurs

aux grands Princes dans leurs dédicaces: Mais elle n'a jamais été

faite en une plus pressante nécessité. Ce n'est ici qu'un leger essay

d'un prodigieux travail qui contient plusieurs gros Volumes. J'ai

entrepris une Encyclopedie de la Langue Françoise pour la faire

connoître aux Etrangers, & la transmettre dans toute son étenduë à

la posterité. Comme son abondance consiste en l'explication des Arts

& des Sciences; c'est à quoi je me suis particuliérement attaché, &

je les ai compris en un même corps, ce qui n'a point encore été fait

en pas une Langue. On peut dire, que jamais ce travail ne pouvoit

venir plus à propos, puis que jamais les Arts & les Sciences n'ont

été portées à un plus haut point de perfection, que sous le Régne

heureux de VOTRE MAJESTÉ. Ses Conquêtes par terre & par mer ont rendu

si célébres l'Art de la guerre & de la marine: La magnificence de

ses bâtimens a rassemblé tout ce qu'il y a de plus exquis dans les

beaux Arts: Ses liberalitez ont établi des Academies florissantes et

pour l'avancement des Sciences: Il est donc nécessaire de mettre au

jour un Ouvrage qui en puisse expliquer les termes, & en publier les

merveilles. Tant de belles Ordonnances qu'a fait VOTRE MAJESTÉ pour

le réglement de la Justice, des Finances, de la Marine, de la Guerre,

des Eaux & Forêts & du commerce; contiennent des termes inconnus à

plusieurs de vos Sujets: & elles pourroient avoir quelque jour le

sort des Loix des 12. Tables qui n'étoient plus entenduës à Rome du

temps de Jules Cesar. Cependant, SIRE, comme l'envie traverse tous

les bons desseins; l'intérêt particulier d'un Libraire, qui a imprimé

une petite partie du Dictionaire de l'Academie Françoise, s'oppose à

l'impression de celui-ci, quoi qu'il soit entiérement different. Il

a gagné quelques-uns de cet illustre Corps que je respecte. Je sçai

qu'il a l'honneur d'être sous vôtre protection; Mais je sçai aussi

que VOTRE MAJESTÉ ne donne protection à personne que dans

la justice, & en connoissance de cause. Je sçai qu'elle a prononcé

Elle-même contre ses propres intérêts quand il s'agissoit de plusieurs

millions, & que cette action heroïque qui encherit sur celle des

Césars, est le sujet du prix de Poësie qui doit être donné cet année.

Je n'ay point besoin de combattre cette Compagnie; mais seulement

quelques-uns qui veulent prendre avantage d'une clause extraordinaire

qu'on a glissée dans un Privilege surpris de M. d'Aligre sur la fin

de ses jours. Cette clause porte défenses à toutes personnes de faire

aucun Dictionaire François pendant vingt ans, à compter du jour que

celui de l'Academie sera imprimé. Elle en a fait à peine la moitié

depuis cinquante ans, c'est à dire, que cette défense s'étendra à

une grande partie du Siecle futur. D'ailleurs je suis trés-certain

que jamais l'intention de VOTRE MAJESTÉ n'a été d'accorder une grace

de cette nature, & qu'on ne lui en a jamais fait de remercimens:

ce qui montre que ce n'est pas le Corps entier de l'Academie qui

l'a demandée, puis qu'elle a fait des députations nombreuses à des

personnes fort subalternes pour les remercier de moindres faveurs. On

connoît la protection générale que VOTRE MAJESTÉ donne aux Sçavans, &

on ne pourra pas croire qu'elle ait voulu ôter à la litterature cette

honnête liberté dont elle a joüi dans tous les Siecles & chez toutes

les Nations, ni donner une exclusion, qui s'accorde seulement pour des

intérêts pecuniaires de Manufactures. L'accroissement des Lettres n'est

venu que par l'émulation & la critique des Auteurs, dont le different

genie ayant traité les mêmes sujets en differentes maniéres, les ont

enfin épuisez. Cela doit avoir lieu particuliérement en matiére de

Dictionaires, parce qu'ils ne peuvent jamais contenir assez de mots

pour expliquer toutes les choses dont l'étenduë est infinie, de sorte

que le moindre peut servir de supplément au meilleur. Enfin, SIRE,

toutes les Muses auront grande obligation à VOTRE MAJESTÉ du champ

libre qu'elle leur laissera pour s'exercer. Elles reconnoîtront cette

faveur par une infinité de Poëmes & de Panegiriques qu'elles feront

à sa gloire; moi-même je m'efforcerai de réveiller cette ardeur avec

laquelle j'ai chanté autrefois vos victoires de la Franche-Comté, &

quoi qu'avec un genie que les ans ont affoibli, je publierai chez tous

les Peuples où parviendra nôtre Langue la grandeur de vos exploits, de

vos bontez, & de vôtre justice, comme étant,_

_SIRE_,

Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts · 第 8 / 35 题