Les Suisses sont les seules gens qui aient pris la peine de se rendre
maîtres de l’art de gérer des hôtels. En conséquence, pour toutes choses
qui importent réellement--lits, bains et victuailles--ils contrôlent
l’Égypte; et puisque chaque pays fait un retour à sa vie primitive
(c’est là la raison pour laquelle les États-Unis trouvent un plaisir
extrême à raconter de vieilles histoires) tout Égyptien ancien
comprendrait aussitôt la vie qui rugit tout le long de la rivière où
tout le monde s’ébat au soleil dans les casernes à touristes revêtues de
nickel, la comprendrait et y prendrait part.
De prime abord le spectacle vous permet de moraliser à peu de frais
jusqu’au moment où l’on se souvient que les gens occupés ne sont
visibles que lorsqu’ils sont oisifs, et les gens riches que lorsqu’ils
ont fait fortune. Un citoyen des États-Unis--c’était son premier voyage
à l’étranger--m’indiqua du doigt un Anglo-Saxon entre deux âges qui se
détendait à la manière de plusieurs écoliers.
--En voilà un exemple! s’écria avec dédain le Fils de l’Activité
Fiévreuse. Vous voudriez me faire croire qu’il a jamais rien fait de sa
vie? Malheureusement il était tombé sur quelqu’un qui, lorsqu’il est
sous le harnais, trouve que treize heures et demie de travail par jour
n’est qu’une journée passable.
Parmi l’assemblée se trouvaient des hommes et des femmes brûlés jusqu’à
n’avoir plus qu’une seule teinte bleu-noir--des gens civilisés aux
cheveux blanchis, aux yeux étincelants. Ils s’appelaient des
«fouilleurs», rien que des «fouilleurs», et me découvrirent un monde
nouveau. Si l’on accorde que l’Égypte tout entière n’est qu’une vaste
entreprise de pompes funèbres, quoi de plus fascinant que d’obtenir la
permission du Gouvernement de farfouiller dans un coin quelconque, de
former une compagnie et de passer le temps froid à payer des dividendes
sous forme de colliers d’améthystes, de scarabées lapis-lazulis, de pots
d’or pur, et de fragments de statues inestimables? Ou bien, si l’on est
riche, quoi de plus amusant que de fournir le nécessaire pour une
expédition jusque sur l’emplacement supposé d’une cité morte, et voir ce
qu’il en advient? Il y avait parmi les voyageurs un grand chasseur qui
connaissait la plus grande partie du Continent, et qui était tout à fait
emballé par ce sport.
--J’ai l’intention de prendre des obligations dans l’exploration d’une
ville l’année prochaine, et je surveillerai les fouilles moi-même,
dit-il, c’est cent fois plus agréable que la chasse aux éléphants. Dans
_cette partie-ci_ on déterre des choses mortes pour les rendre vivantes.
N’allez-vous pas vous payer une partie?
Il me fit voir un attrayant petit prospectus. Pour ce qui est de
moi-même, je préférerais ne pas profaner les effets ou l’équipement d’un
mort, surtout lorsqu’il s’est couché dans la tombe avec la conviction
que ces babioles-là sont garantes de son salut. Bien entendu il existe
l’autre argument, que font valoir les gens sceptiques, à savoir que
l’Égyptien était un fanfaron et un vantard, et que rien ne lui ferait
plus de plaisir que la pensée qu’on le regardât, qu’on l’admirât après
tant d’années. Pourtant il se pourrait aussi qu’il nous arrive de voler
quelque âme offusquée qui ne verrait pas les choses de la même façon.
A la fin du printemps les fouilleurs rentrent en foule du désert et
échangent des plaisanteries et des nouvelles sur les vérandas
somptueuses. Par exemple la bande A a fait la découverte de choses
inestimables, vieilles Dieu sait combien, et ne s’en montre--pas trop
modeste. La bande B, moins heureuse, insinue que si seulement la bande A
savait à quel point ses ouvriers indigènes ont volé et disposé de leurs
vols sous son archéologique nez même, elle ne serait pas si heureuse.
--Bêtise, dit la bande B, nos ouvriers ne sauraient être soupçonnés, et
puis nous les avons surveillés.
--Ah! vraiment, leur répond-on. Eh bien, la prochaine fois que vous
serez à Berlin, allez au Musée et vous verrez ce que possèdent les
Allemands. Ça a dû sortir de votre terrain. La Dynastie en est la
preuve. De sorte que la coupe de délice de A est empoisonnée jusqu’à
l’année prochaine.
Aucun collectionneur ou directeur de Musée ne devrait avoir de
scrupules, et je n’en ai jamais rencontré qui en eût, mais des personnes
de quatre nationalités différentes m’ont affirmé avec indignation que
les Allemands sont les pillards les plus éhontés de tous.
Explorer c’est une chose à peu près aussi romanesque que le travail de
terrasse sur les chemins de fer indiens. Il y a les mêmes tramways à
voie étroite, les mêmes ânes, les mêmes équipes reluisantes dans les
mines, les mêmes foules, bleu foncé, de femmes et d’enfants chargés de
petits paniers pour porter la terre. Mais les houes ne sont pas
enfoncées, et les mottes lancées de côté, n’importe comment, et lorsque
le travail côtoie la base de quelque énorme muraille les gens se servent
de leurs mains soigneusement. Un homme blanc, ou du moins qui l’était le
matin à déjeuner, va et vient dans une brume de poussière constamment
renouvelée. Des semaines peuvent passer sans qu’on trouve une seule
perle en verre, mais n’importe quoi peut surgir à n’importe quel moment,
et c’est alors à lui qu’il appartient de répondre au cri annonçant une
découverte.
Nous avons eu la bonne fortune de rester quelque temps à la Direction du
Musée Métropolitain (New-York) dans une vallée criblée de tombes, comme
une garenne. Les écuries, entrepôts et quartiers de domestiques sont de
vieilles tombes; on n’y parle que de tombe; leur rêve (l’éternel rêve
des fouilleurs) est de découvrir une tombe vierge où gisent les morts
intacts avec leurs bijoux sur eux. A quatre kilomètres se trouvent les
hôtels éclatants aux larges ailes. Ici il n’y a rien d’autre que le
détritus de la mort qui est morte il y a des milliers d’années, sur la
tombe de laquelle aucune verdure n’a jamais poussé. Des villages rendus
experts par le pillage des tombes pendant deux cents générations
s’accroupissent au milieu des amoncellements de débris et huent le
touriste quotidien. Des sentiers faits par des pieds nus vont d’une
demi-tombe, d’un demi-tas de boue à l’autre, pas beaucoup plus distincts
que des traînées de colimaçon, mais on s’en est servi depuis...
Jouer avec le temps est chose dangereuse. Ce matin-là le concierge
s’était donné beaucoup de mal pour savoir si nous pouvions gagner trois
jours entre deux départs de bateaux. Ce même soir nous nous trouvions
parmi des gens pour qui le temps n’avait pas bougé depuis les Ptolémées.
Je me demandais de prime abord ce qu’ils auraient dit, eux ou d’autres,
si tel ou tel Pharaon avait utilisé pour sa propre gloire les plinthes
et les colonnes de tel autre Pharaon avant ou après l’époque de
Melchisedech. Tout leur arrière-plan était trop éloigné pour que
l’esprit pût se représenter quoi que ce soit avec quelque chance de
succès. Le lendemain matin on nous conduisit à la tombe peinte d’un
noble--un Ministre de l’Agriculture--mort il y a quatre ou cinq mille
ans. Il me dit, en autant de paroles: «Remarquez! Je ressemblais
beaucoup à votre ami, feu M. Samuel Pepys, de l’Amirauté. J’ai pris un
prodigieux intérêt à la vie, dont j’ai joui complètement, avec le corps
et l’esprit à la fois. Je doute que vous trouviez beaucoup de ministères
mieux gérés que le mien, ni une maison mieux dirigée, ni des jeunes gens
plus agréables... Voici mes filles! L’aînée, vous le voyez bien,
ressemble à sa mère; la cadette, ma favorite, passe pour me faire
honneur. Maintenant je vais vous montrer toutes les choses que j’ai
accomplies et auxquelles je prenais plaisir, jusqu’au moment où vint
l’heure de présenter mes comptes ailleurs.»
Et il me montra, détail par détail, en peinture et en dessin, son
bétail, ses chevaux, ses récoltes, ses tournées dans la région, ses
comptables présentant les chiffres de revenus, et lui-même le plus
affairé des affairés dans la bonne journée.
Mais lorsque nous quittâmes cette antichambre gaie et vînmes au couloir
plus étroit où jadis son corps était couché et où toute sa destinée se
trouve représentée, je ne pus le suivre aussi bien. Je ne comprenais pas
comment lui, avec sa grande expérience de la vie, pouvait être intimidé
par des frises d’apparitions à tête de brute, ou satisfait par des files
de personnages répétés. Il me l’expliqua à peu près ainsi:
«Nous demeurons sur la rivière, ligne sans largeur ni épaisseur.
Derrière nous est le Désert que rien ne peut toucher, où ne va aucun
homme tant qu’il n’est pas mort. (On ne se sert pas du terrain
cultivable pour faire des cimetières). Alors, pratiquement, nous ne nous
mouvons que dans deux dimensions, en aval ou en amont du fleuve. Enlevez
le désert auquel nous ne pensons pas plus qu’un homme sain ne pense à la
mort et vous verrez que nous n’avons aucun arrière-plan. Notre monde
n’est qu’une grande barre de terre brune ou verte et pendant quelques
mois rien que de l’eau qui reflète le ciel et qui efface tout. Vous
n’avez qu’à regarder les Colosses pour vous rendre compte des
proportions extravagantes et immenses que doivent prendre les hommes et
leurs travaux dans un tel pays. Rappelez-vous aussi que nos récoltes
sont sûres et notre vie très, très aisée. Surtout nous n’avons pas de
voisins. C’est-à-dire qu’il nous faut exporter et non importer. Or, je
vous le demande, que peut faire un prêtre doué d’imagination, sinon
développer le rituel et multiplier les Dieux sur des frises? Le loisir
illimité, l’espace limité de deux dimensions, partagé par la ligne
hypnotisante de la Rivière, et borné par la mort visible inaltérable,
doivent forcément...»
--Mais même alors, interrompis-je, je ne comprends pas vos dieux, votre
adoration directe de Bêtes par exemple.
--Vous préférez l’indirecte? L’adoration de l’Humanité avec une lettre
majuscule? Mes Dieux, ou plutôt ce que je voyais en eux, me suffisaient.
--Qu’avez-vous vu dans vos Dieux touchant la croyance et la conduite?
--Vous connaissez la réponse à l’énigme du Sphynx?
--Non, murmurai-je, quelle est-elle?
--Tous les hommes sensés ont la même religion, mais aucun homme sensé ne
l’avoue. Je dus me contenter de cela car le couloir se terminait en roc
solide.
Il y avait d’autres tombes dans la vallée, mais leurs propriétaires
étaient muets, excepté un certain Pharaon qui, mû par les mobiles les
plus élevés, avait renoncé aux croyances et aux instincts de son pays,
et avait failli par là en causer la ruine. Une des découvertes qu’il fit
ce fut celle d’un artiste qui voyait les hommes, non sur un seul plan
mais modelés, de face ou de trois quarts, avec des membres qui
correspondaient à leurs fardeaux et à leurs attitudes. Son œuvre
admirablement vivante sautait aux yeux parmi des kilomètres de
bas-reliefs faits d’après les vieilles conventions et j’applaudis ainsi
que doit le faire un homme bien élevé.
--Mon erreur fut fatale, soupira à mon oreille Pharaon Ahkenaton, je
pris les conventions de la vie pour des réalités.
--Ah! ces conventions qui paralysent l’âme, m’écriai-je.
--Vous me méprenez, _moi_, répondit-il avec plus de hauteur, j’étais si
sûr de leur réalité que je pensais qu’elles étaient des mensonges
réellement, tandis qu’elles n’ont été inventées que pour couvrir les
faits trop crus de l’existence.
--Ah! ces faits crus de l’existence, m’écriai-je encore plus fort, car
ce n’est pas souvent qu’on a la chance d’impressionner un Pharaon, il
faut que nous les envisagions les yeux ouverts et l’esprit ouvert.
L’avez-vous fait, _vous_?
--Je n’ai eu aucune occasion de les éviter, répondit-il, j’ai violé
toutes les conventions de mon pays.
--Ah! quelle noblesse! Et qu’arriva-t-il?
--Ce qui arrive lorsque vous arrachez ce qui recouvre un nid de frelons!
La vérité crue de l’existence est que l’humanité est un peu plus bas que
les Anges, et les conventions sont basées sur cette vérité pour que les
hommes deviennent des Anges. Mais si vous partez, ainsi que je l’ai
fait, de la convention que les hommes sont des Anges, ils deviendront
assurément plus que jamais des bêtes.
--Cela, répondis-je avec fermeté, n’est plus du tout d’actualité. Vous
auriez dû apporter une plus large mentalité, une révélation plus
vivifiante, et tout..., et tout..., vous savez bien ce que je veux
dire--pour influencer, enfin vous savez bien...
--C’est ce que j’ai fait, répondit Ahkenaton avec tristesse; cela m’a
brisé. Et lui aussi se tut parmi les ruines.
Il y a une vallée de rochers et de pierres, de toutes les nuances rouges
et brunes, appelée la Vallée des Rois, où un petit moteur à pétrole
tousse derrière sa main tout le long du jour, moulant de l’électricité
pour éclairer les faces des Pharaons morts à cent pieds sous terre. Par
toute la vallée, pendant la saison des touristes, se tiennent des
chars-à-bancs et des ânes et des charrettes à sable avec, par-ci par-là,
des couples épuisés qui ont quitté la procession, et, reluisants,
s’éventent dans quelque fragment d’ombre. Longeant les tombes de la
vallée se trouvent les tombes des Rois numérotées soigneusement comme
autant d’entrées de mines, avec des marches en ciment qui y montent et
des grilles de fer qu’on ferme la nuit et des concierges de la «Section
des Antiquités» qui demandent les billets indispensables. On entre, et,
de profondeurs sur profondeurs, on entend les voix résonnantes de
dragomans énumérant à tour de rôle les noms et les titres de morts
illustres et trois fois puissants. Des marches taillées dans le roc
descendent jusque dans une obscurité chaude et immobile, des couloirs
serpentent et conduisent au-dessus de trous en cul de sac que, dit-on,
les constructeurs avisés espéraient dans leur puérilité voir prendre
pour les vraies tombes par les voleurs de l’avenir. Le long de ces
couloirs, montent et descendent avec bruit toutes les races de l’Europe
et une bonne réserve des États-Unis. Leurs pas sont subitement émoussés
sur le parquet d’une salle pavée de poussière immémoriale qui ne dansera
jamais sous aucun vent. Ils lèvent les yeux vers les ciels blasonnés, se
baissent pour examiner les murs minutieusement décorés, tendent le cou
pour suivre les sombres splendeurs d’une corniche, retiennent leur
souffle, et regrimpent vers l’impitoyable soleil pour replonger dans
l’entrée suivante indiquée sur leur programme. Ce qu’ils jugent bon de
dire ils le disent à haute voix, et parfois il est intéressant de les
entendre. Ce qu’ils éprouvent, vous pouvez le deviner d’après une
certaine hâte dans leurs mouvements, quelque chose d’intermédiaire entre
la modestie hésitante d’un homme exposé au feu et l’attitude de ceux qui
visitent une mine, qui dit clairement «ne ferions-nous pas bien
d’avancer?» Après tout, ce n’est pas naturel pour l’homme d’aller sous
terre, sauf pour affaires ou pour le dernier voyage. Il a conscience du
poids de la terre-mère au-dessus de lui, et lorsqu’à tout son poids à
elle,--auquel il s’attend bien,--il faut qu’il ajoute toute la
hiérarchie couronnée, à bec, à cornes, à ailes, appartenant à une foi
morte qui flamboie chaque fois qu’il tourne les yeux, il a naturellement
envie de s’en aller. Même la vue d’un très, très grand roi, en
sarcophage, exposé à la lumière électrique, dans une salle remplie de
tableaux très fortifiants, ne le retient pas trop longtemps.
Certains affirment que la crypte de St-Pierre à Rome, avec seulement
dix-neuf siècles pesant sur les arêtes, mais entourée de tous côtés par
les tombes des premiers papes et d’anciens rois, est plus
impressionnante que la Vallée des Rois parce qu’elle explique comment
une croyance existante est née et de quoi elle est sortie. Mais la
Vallée des Rois n’explique rien sinon ce vers si terrible de _Macbeth_:
_Jusqu’à la dernière syllabe du Temps_
celle-là,--la Terre ouvre ses lèvres sèches et la dit.
Dans une des tombes il y a une petite chambre dont le plafond,
probablement à cause d’un défaut dans le rocher, n’avait pas pu être
polissé comme les autres. Donc, le décorateur, très habilement, l’a
recouvert d’un fin dessin de toile fignolé, tout pareil à ces morceaux
d’étoffe en perse dont on se servirait dans la vie réelle pour cacher un
plafond grossièrement fait. Il le fit admirablement, là, dans
l’obscurité, et s’en fut. Des milliers d’années après naquit un homme de
ma connaissance qui, pour de bonnes et suffisantes raisons, avait une
horreur presque folle pour tout ce qui ressemblait à une toile de
plafond. Il trouvait des excuses pour ne pas aller dans les magasins de
nouveautés à Noël, lorsque des annexes agrandies à la hâte sont cachées,
plafond et côtés, par des broderies. Peut-être qu’un serpent ou un
lézard était tombé du plafond sur la tête de sa mère avant qu’il ne vînt
au monde, peut-être était-ce le souvenir de quelque assaut de fièvre
contre lequel il avait fallu lutter sous une tente; quoi qu’il en soit,
l’idée que se faisait cet homme du Purgatoire c’était celle d’une
chambre brûlante remplie à étouffer, souterraine, avec, étendues sous le
plafond, des toiles à dessins. Une seule fois dans sa vie, dans une
ville du nord lointain, où il avait à faire un discours, il rencontra
cet ensemble parfait. On le conduisit par des couloirs étroits, remplis
de monde, chauffés à la vapeur, jusqu’à ce qu’enfin on le planta dans
une pièce sans fenêtres visibles (par là, il sut qu’il était sous terre)
et immédiatement au-dessous d’une toile à plafond aux chauds dessins
ressemblant assez à une doublure de tente, et une fois là il lui fallut
dégoiser ce qu’il avait à dire tandis qu’une terreur panique le tenait à
la gorge. La seconde fois ce fut dans la Vallée des Rois, où des
couloirs presque pareils, remplis de gens, le menèrent jusque dans une
chambre taillée dans le roc, à Dieu sait combien de brassées sous terre,
tendue de ce qui avait tout l’air d’être une toile perse s’affaissant à
moins de trois pieds au-dessus de sa tête. «L’homme que je voudrais bien
tenir, dit-il lorsqu’il fut de nouveau dehors, c’est ce décorateur.
Croyez-vous qu’il ait eu l’intention de produire cet effet-là?»
Chaque homme a ses terreurs privées, outre celles de sa propre
conscience. D’après ce que j’ai vu dans la Vallée des Rois, les
Égyptiens le savaient bien apparemment depuis fort longtemps. Ce qui est
certain c’est qu’ils l’ont fait sentir à des gens qu’on ne s’attendrait
pas à rencontrer en pareille affaire. J’entendais deux voix parlant
ensemble au fond d’un couloir, à peu près comme il suit:
_Elle._--Sûrement que nous n’étions jamais destinés à voir de
l’intérieur ces vieilles tombes.
_Lui._--Comment cela?
_Elle._--Ne serait-ce que parce qu’ils se font une telle idée de la
mort. Bien sûr que leur point de vue en ce qui concerne les choses
spirituelles n’était pas aussi large que le nôtre.
_Lui._--Eh bien, il n’y a pas de danger que _nous_ nous laissions égarer
à ce point de vue. A propos, as-tu acheté au dragoman, ce matin, ce
scarabée que l’on disait être authentique?