à elle, ça?... C'est à toi?... C'est à toi?...
MARIO, =allant à elle.=--Allons, écoute-moi, et je t'expliquerai...
FLORIA, =sans l'écouter.=--Oui, elle posait encore?... Oh! mon Dieu, voilà
tout!... Elle posait, l'innocente... et pour une sainte!... toute
nue!...
MARIO, =même jeu, prenant ses deux mains.=--Si tu permets...
FLORIA, =se dégageant violemment d'une main, sans l'écouter, pour courir
à la porte de gauche.=--Vous êtes là!... Montrez-vous donc!... Vous êtes
donc bien mal faite!...
MARIO.--Floria, voyons...
FLORIA, =jetant l'éventail par terre.=--Tiens, jette-lui son éventail, à
ta coquine!... qu'elle se cache un peu!
MARIO.--Mais, tu es folle! faite! folle!
FLORIA, =dégageant ses deux mains.=--Oui, je suis folle, oui, d'aimer un
être abject, fourbe, lâche, égoïste, ingrat... Un ruffian, qui va de
cette créature à moi, de ses bras aux miens, lui arrive tout chaud de,
mes caresses, et me revient avec de sales baisers qui ont le goût d'une
autre!
MARIO.--Mais deux mots seulement!...
FLORIA, =désolée et finissant par pleurer.=--Ah! misérable! misérable!...
Et je l'adore!... Je ne vis que pour lui!... Je ne suis plus moi, je
suis lui!... Je l'ai dans l'âme, dans le coeur, dans la chair, dans les
veines!... La première effrontée me le vole, et je suis si lâche que je
l'aime encore; et je sens que j'aurai beau le détester... je' l'aimerai
toujours... Serai-je assez malheureuse...
MARIO, =doucement.=--Voyons, est-ce fini?...
FLORIA.--Ah! canaglia?
MARIO.--Veux-tu me permettre de placer un mot!... Un seulement...
=Il prend une de ses mains, qu'elle abandonne, essuyant ses yeux avec
l'autre.=
FLORIA, =amoureusement, sans lever la tête.=--Ah! canaglia!...
MARIO.--Eh bien, oui, cette robe est à la marquise.
FLORIA, =bondissant, en larmes.=--Ah! tu Vois bien!...
MARIO, =tranquillement, la faisant rasseoir.=--Mais ce n'est pas elle qui
l'a déposée là. C'est un malheureux à qui elle a servi de déguisement,
un fugitif!...
FLORIA.--Son frère?
MARIO.--Qui est là!
FLORIA.--Ah! ce n'est pas elle!... C'est Angelotti!... Son frère!... Son
frère!... =(Le prenant à bras le corps.)= Ah! que je t'aime!
MARIO.--A la bonne heure!
FLORIA, =le couvrant de baisers.=--Ah! mon amour, mon trésor, ma vie!...
=(S'arrêtant court.)= Si tu mentais?
MARIO.--Oh!
FLORIA, =vivement, lui fermant la bouche.=--Non, je te crois!...
MARIO.--Tu peux le voir!...
FLORIA.--Non, non, non, je ne veux pas!
MARIO, =toujours assis.=--Il est là-bas... Tiens, regarde.
FLORIA.--Mais puisque je te dis que je ne veux pas le voir!... Je veux
te croire comme cela, sur parole!... sans preuves!... Pour que tu
oublies mes folles idées, et sache bien qu'il n'en reste rien, rien,
rien, que plus d'amour pour toi... =(En tournant autour de lui, et sans
en avoir l'air, elle regarde dans le jardin, tout en l'embrassant.)= Oui,
c'est vrai! Je le vois!
MARIO, =riant.=--Ah! que c'est bien femme!... Et tu me pardonnes aussi,
n'est-ce pas?...
FLORIA, =avec conviction.=--Oh! oui!
MARIO, =de même.=--Toutes tes injures!... Merci!
FLORIA, =tendrement, debout, l'entourant de ses bras, par derrière.=--Non!
non! C'est moi, qui te demande pardon!... Risquer ta vie pour le salut
d'un autre, cela est si généreux à toi, et si bon... Ah! tu vaux-mieux
que moi. C'est pour cela qu'il faut être indulgent... D'ailleurs, tu ne
peux pas m'en vouloir d'être jalouse de mon bien et de t'aimer?... Car
je t'aime trop... Ah! si tu m'aimais autant...
MARIO.--Ah! bon!... Querelle-moi encore!
FLORIA, =de même.=--Oh! non!... Je suis trop heureuse!... =(Silence.)=
Est-ce qu'il va rester ici, cet homme-là?...
MARIO.--Angelotti?... Mais, toute la nuit, pour le moins. Nous tenterons
la sortie de la ville au petit jour.
FLORIA.--Alors, je reste aussi, moi.
MARIO, =debout.=--Ah! mais non!... Nous n'avons que faire de toi, dans
cette aventure.
FLORIA.--Pourtant!...
MARIO.--Non, non, tu vas retourner à cette fête.
FLORIA.--Ah! la fête!... Il est bien question de chanter!... Bonaparte
est vainqueur...
MARIO, =ravi.=--Vainqueur?...
FLORIA.--A Marengo!
MARIO.--Ah! bravo!... Alors?...
FLORIA.--Alors, la marmite est renversée, tu penses!...
MARIO.--Tu vas donc rentrer chez toi...
FLORIA.--Comme cela... tristement?
MARIO.--Oui, oui, je le veux!... Ta voiture est là?
FLORIA.--Un peu plus loin. Je voulais te surprendre!
MARIO.--Quelle imprudence!... La nuit, sur cette route déserte...
FLORIA.--Ambroise est armé!...
MARIO.--Le fils de Ceccho t'accompagnera.
FLORIA.--Et quand te reverrai-je?
MARIO.--Demain, après le départ d'Angelotti.
FLORIA.--Mon Dieu, si tu allais te faire prendre avec lui?
MARIO, =l'aidant à se rajuster.=--Mais non, sois donc tranquille... Je ne
tenterai rien que de sûr... Attends-moi dans la matinée, à la première
heure.
FLORIA.--Oh! oui, je serai si inquiète!...
MARIO, =prenant l'éventail.=--C'est donc cet éventail qui t'a mis cette
folie en tête?...
FLORIA.--Il n'y avait pas de quoi, n'est-ce pas?
MARIO.--Il était pour son frère, comme la robe.
FLORIA.--Comment le deviner?... Ne puis-je lui parler?
MARIO.--A Angelotti?... Si tu veux... =(Il se dirige vers le jardin, tout
en parlant.)= Il est là qui examine le puits en cas de surprise...
FLORIA.--Ah! oui.
MARIO.--Tu es clone retournée à l'église, après mon, départ?
FLORIA.--Non.
MARIO, =s'arrêtant.=--Non?... Eh bien, alors, comment l'éventail est-il
dans tes mains?
FLORIA.--Ah! c'est... =(Elle s'arrête, saisie par une pensée subite.)=
Ah!...
MARIO.--Qu'as-tu?
FLORIA.--Ah! mon Dieu!... On le cherche?... La police?...
MARIO.--Naturellement!
FLORIA.--Scarpia!
MARIO.--Oui!
FLORIA.--Ah! je comprends: c'est un piège!
MARIO.--Un piège?
FLORIA.--Ces soupçons sur toi... C'est lui!
MARIO.--Scarpia?
FLORIA.--Il me lançait sur la piste, l'infâme!
MARIO, =effrayé.=--Il t'a vu partir?...
FLORIA.--Il a dû me suivre!
MARIO.--Ah! malheureuse!... Qu'as-tu fait!...
FLORIA.--Tais-toi! Ecoute...
MARIO.--Des sons de voix...
FLORIA, =épouvantée.=--Les Voici!