FLORIA.--Qu'est-ce que c'est?... Quoi!
LUCIANA.--Une lettre que l'on vient d'apporter à la maison de la part du
maestro.
=Elle cherche la lettre sur elle.=
FLORIA.--Paisiello? Dieu, que c'est agaçant de ne pas être un moment
tranquille. =(Mario, pendant ce temps, fait à Angelotti un signe de
patience.)= Allons, donne donc? Dépêche-toi!
LUCIANA.--La voici!
FLORIA.--Qu'est-ce qu'il me veut encore, ce vieux fou? =(Lisant.)= _Divine
Tosca. Son Excellence monsieur le duc d'Aseoli me communique une
nouvelle qui vous comblera de joie. Sa Majesté vient de recevoir une
lettre du général Mêlas qui lui annonce que, le 14 courant, il a livré
bataille à l'armée française commandée par le général Bonaparte, dans la
plaine de Marengo, près d'Alexandrie_...
MARIO, =vivement.=--Ah! donne, je t'en prie... =(Il prend la lettre et lit
de façon à être entendu par Angelotti.)= ..._Le combat commencé à l'aube
s'est prolongé avec un grand acharnement jusqu'à trois heures de
l'après-midi et s'est terminé par la déroute complète de l'armée
française... C'est une victoire éclatante pour nos armes_... =(Il repasse
la lettre à Floria.)= Tiens, achève.
=Il va s'asseoir, attristé, à gauche.=
FLORIA, =reprenant la lecture.=--..._En conséquence, Sa Majesté vient
d'ordonner des prières d'actions de grâces dans toutes les églises. Et
j'ai pensé qu'il était de notre devoir de nous associer à cette joie
patriotique... L'excès même de mon enthousiasme échauffant ma verve, je
viens d'improviser une cantate en l'honneur de cette victoire..._
MARIO.--Charlatan! Il veut rentrer en grâce et faire oublier sa
Marseillaise parthénopéenne!
FLORIA, =continuant.=--_...Ai-je besoin d'ajouter, diva, que cette
improvisation ne peut avoir quelque mérite que si vous lui prêtez, ce
soir, au Palais-Farnèse, l'appui de votre prestigieux talent?... Les
choeurs et l'orchestre sont convoqués. On n'attend plus que vous. Une
bonne répétition nous suffira avant l'heure du souper. Venez sans
retard, je vous en prie, et vous comblerez de joie le plus ardent, le
plus dévoué, le plus! et cætera! Vieux singe, va..._
Le diable l'emporte avec sa cantate!
MARIO, =vivement.=--Ah! tu ne peux pas refuser!
FLORIA.--Eh! non... Pour la reine!... Mais comme c'est gai de te laisser
là pour aller répéter sa cantate!... Qu'est-ce que tu vas faire sans
moi?
=Elle s'apprête à partir.=
MARIO.--Je travaillerai jusqu'à la nuit.
FLORIA.--Et après?
MARIO.--J'irai souper et coucher à la villa.
FLORIA.--C'est cela, oui!... Et demain matin?
MARIO.--Demain matin, tu me verras à midi.
FLORIA.--Pourquoi si tard?
MARIO.--Pour te laisser dormir.
FLORIA.--Je n'ai pas besoin de dormir tant que ça! Je veux que tu me
réveilles.
MARIO.--C'est convenu. Allons, à demain.
FLORIA, =prête à partir, s'arrêtant.=--Attends!...
MARIO.--Quoi?
FLORIA, =montrant, le tableau.=--Oh! je t'en prie! Fais-lui des yeux
noirs... Cela t'est bien égal, n'est-ce pas? Elle sera tout aussi
Madeleine avec des yeux noirs...
MARIO.--Mon Dieu, si tu y tiens?
FLORIA.--Oui, j'y tiens beaucoup. Comme cela tu ne penseras plus à
l'Attavanti.
MARIO.--Alors, c'est promis...
FLORIA, =l'embrassant.=--Tiens! Je t'adore!
MARIO,--Oh! devant la Madone!
FLORIA.--Oh! Elle est si bonne... Elle ne m'en veut pas... A demain,
trésor adoré!
MARIO.--A demain, amour.
=Floria sort avec Luciana.=