BOILEAU[1]

[Note 1: Cet article fut le premier du premier numéro de la _Revue

de Paris_ qui naissait (avril 1829); il parut sous la rubrique assez

légère de _Littérature ancienne_, que le spirituel directeur (M. Véron)

avait pris sur lui d'ajouter. Grand scandale dans un certain camp! Quoi?

ces modèles toujours présents, venir les ranger parmi les _anciens_!

Quinze ans après, M. Cousin, à propos de Pascal, posait en principe, au

sein de l'Académie, qu'il était temps de traiter les auteurs du siècle

de Louis XIV comme des _anciens_; et l'Académie applaudissait.--Il est

vrai que dans ce second temps et depuis qu'on est entré méthodiquement

dans cette voie, on s'est mis à appliquer aux oeuvres du XVIIe siècle

tous les procédés de la critique comme l'entendaient les anciens

grammairiens. On s'est attaché à fixer le texte de chaque auteur; on en

a dressé des lexiques. Je ne blâme pas ces soins; bien loin de là, je

les honore, et j'en profite; le moment en était venu sans doute; mais

l'opiniâtreté du labeur, chez ceux qui s'y livrent, remplace trop

souvent la vivacité de l'impression littéraire, et tient lieu du goût.

On creuse, on pioche à fond chaque coin et recoin du XVIIe siècle.

Est-on arrivé, pour cela, à le sentir, à le goûter avec plus de justesse

ou de délicatesse qu'auparavant?]

Depuis plus d'un siècle que Boileau est mort, de longues et continuelles

querelles se sont élevées à son sujet. Tandis que la postérité

acceptait, avec des acclamations unanimes, la gloire des Corneille,

des Molière, des Racine, des La Fontaine, on discutait sans cesse, on

revisait avec une singulière rigueur les titres de Boileau au génie

poétique; et il n'a guère tenu à Fontenelle, à d'Alembert, à Helvétius,

à Condillac, à Marmontel, et par instants à Voltaire lui-même, que cette

grande renommée classique ne fût entamée. On sait le motif de presque

toutes les hostilités et les antipathies d'alors: c'est que Boileau

n'était pas _sensible_; on invoquait là-dessus certaine anecdote,

plus que suspecte, insérée à _l'Année littéraire_, et reproduite par

Helvétius; et comme au dix-huitième siècle le _sentiment_ se mêlait à

tout, à une description de Saint-Lambert, à un conte de Crébillon fils,

ou à l'histoire philosophique des Deux-Indes, les belles dames, les

philosophes et les géomètres avaient pris Boileau en grande aversion[2].

Pourtant, malgré leurs épigrammes et leurs demi-sourires, sa renommée

littéraire résista et se consolida de jour en jour. Le _Poète du bon

sens_, le _législateur de notre Parnasse_ garda son rang suprême. Le mot

de Voltaire, _Ne disons pas de mal de Nicolas, cela porte malheur_, fit

fortune et passa en proverbe; les idées positives du XVIIIe siècle et la

philosophie condillacienne, en triomphant, semblèrent marquer d'un sceau

plus durable la renommée du plus sensé, du plus logique et du plus

correct des poëtes. Mais ce fut surtout lorsqu'une école nouvelle

s'éleva en littérature, lorsque certains esprits, bien peu nombreux

d'abord, commencèrent de mettre en avant des théories inusitées et les

appliquèrent dans des oeuvres, ce fut alors qu'en haine des innovations

on revint de toutes parts à Boileau comme à un ancêtre illustre et qu'on

se rallia à son nom dans chaque mêlée. Les académies proposèrent à

l'envi son éloge: les éditions de ses oeuvres se multiplièrent; des

commentateurs distingués, MM. Viollet-le-Duc, Amar, de Saint-Surin,

l'environnèrent des assortiments de leur goût et de leur érudition; M.

Daunou en particulier, ce vénérable représentant de la littérature et

de la philosophie du XVIIIe siècle, rangea autour de Boileau, avec une

sorte de piété, tous les faits, tous les jugements, toutes les apologies

qui se rattachent à cette grande cause littéraire et philosophique.

Mais, cette fois, le concert de si dignes efforts n'a pas suffisamment

protégé Boileau contre ces idées nouvelles, d'abord obscures et

décriées, mais croissant et grandissant sous les clameurs. Ce ne sont

plus en effet, comme au XVIIIe siècle, de piquantes épigrammes et des

personnalités moqueuses; c'est une forte et sérieuse attaque contre les

principes et le fond même de la poétique de Boileau; c'est un examen

tout littéraire de ses inventions et de son style, un interrogatoire

sévère sur les qualités de poëte qui étaient ou n'étaient pas en lui.

Les épigrammes même ne sont plus ici de saison; on en a tant fait contre

lui en ces derniers temps, qu'il devient presque de mauvais goût de les

répéter. Nous n'aurons pas de peine à nous les interdire dans le petit

nombre de pages que nous allons lui consacrer. Nous ne chercherons pas

non plus à instruire un procès régulier et à prononcer des conclusions

définitives. Ce sera assez pour nous de causer librement de Boileau avec

nos lecteurs, de l'étudier dans son intimité, de l'envisager en détail

selon notre point de vue et les idées de notre siècle, passant tour à

tour de l'homme à l'auteur, du bourgeois d'Auteuil au poëte de Louis le

Grand, n'éludant pas à la rencontre les graves questions d'art et de

style, les éclaircissant peut-être quelquefois sans prétendre jamais les

résoudre. Il est bon, à chaque époque littéraire nouvelle, de repasser

en son esprit et de revivifier les idées qui sont représentées par

certains noms devenus sacramentels, dût-on n'y rien changer, à peu

près comme à chaque nouveau règne on refrappe monnaie et on rajeunit

l'effigie sans altérer le poids.

[Note 2: Rien ne saurait mieux donner idée du degré de défaveur que

la réputation de Boileau encourait à un certain moment, que de voir dans

l'excellent recueil intitulé _l'Esprit des Journaux_ (mars 1785, page

243) le passage suivant d'un article sur l'_Épître en vers_, adressé de

Montpellier aux rédacteurs du journal; ce passage, à mon sens, par son

incidence même et son hasard tout naturel, exprime mieux l'état de

l'opinion courante que ne le ferait un jugement formel: «Boileau, est-il

dit, qui vint ensuite (après Regnier), mit dans ce qu'il écrivit en ce

genre _la raison en vers harmonieux et pleins d'images_: c'est du plus

célèbre poëte de ce siècle que nous avons emprunté ce jugement sur les

Épîtres de Boileau, parce qu'une infinité de personnes dont l'autorité

n'est point à mépriser, affectant aujourd'hui d'en juger plus

défavorablement, nous avons craint, en nous élevant contre leur opinion,

de mettre nos erreurs à la place des leurs.» Que de précautions pour

oser louer!]

De nos jours, une haute et philosophique méthode s'est introduite dans

toutes les branches de l'histoire. Quand il s'agit de juger la vie, les

actions, les écrits d'un homme célèbre, on commence par bien examiner et

décrire l'époque qui précéda sa venue, la société qui le reçut dans son

sein, le mouvement général imprimé aux esprits; on reconnaît et l'on

dispose, par avance, la grande scène où le personnage doit jouer son

rôle; du moment qu'il intervient, tous les développements de sa force,

tous les obstacles, tous les contrecoups sont prévus, expliqués,

justifiés; et de ce spectacle harmonieux il résulte par degrés,

dans l'âme du lecteur, une satisfaction pacifique où se repose

l'intelligence. Cette méthode ne triomphe jamais avec une évidence plus

entière et plus éclatante que lorsqu'elle ressuscite les hommes d'état,

les conquérants, les théologiens, les philosophes; mais quand elle

s'applique aux poètes et aux artistes, qui sont souvent des gens de

retraite et de solitude, les exceptions deviennent plus fréquentes et

il est besoin de prendre garde. Tandis que dans les ordres d'idées

différents, en politique, en religion, en philosophie, chaque homme,

chaque oeuvre tient son rang, et que tout fait bruit et nombre, le

médiocre à côté du passable, et le passable à côté de l'excellent, dans

l'art il n'y a que l'excellent qui compte; et notez que l'excellent ici

peut toujours être une exception, un jeu de la nature, un caprice

du ciel, un don de Dieu. Vous aurez fait de beaux et légitimes

raisonnements sur les races ou les époques prosaïques; mais il plaira

à Dieu que Pindare sorte un jour de Béotie, ou qu'un autre jour André

Chénier naisse et meure au XVIIIe siècle. Sans doute ces aptitudes

singulières, ces facultés merveilleuses reçues en naissant se

coordonnent toujours tôt ou tard avec le siècle dans lequel elles sont

jetées et en subissent dès inflexions durables. Mais pourtant ici

l'initiative humaine est en première ligne et moins sujette aux causes

générales; l'énergie individuelle modifie, et, pour ainsi dire,

s'assimile les choses; et d'ailleurs, ne suffit-il pas à l'artiste,

pour accomplir sa destinée, de se créer un asile obscur dans ce grand

mouvement d'alentour, de trouver quelque part un coin oublié, où il

puisse en paix tisser sa toile ou faire son miel? Il me semble donc que

lorsqu'on parle d'un artiste et d'un poëte, surtout d'un poëte qui ne

représente pas toute une époque, il est mieux de ne pas compliquer dès

l'abord son histoire d'un trop vaste appareil philosophique, de s'en

tenir, en commençant, au caractère privé, aux liaisons domestiques, et

de suivre l'individu de près dans sa destinée intérieure, sauf ensuite,

quand on le connaîtra bien, à le traduire au grand jour, et à le

confronter avec son siècle. C'est ce que nous ferons simplement pour

Boileau.

_Fils d'un père greffier, né d'aïeux avocats_ (1636), comme il le

dit lui-même dans sa dixième épître, Boileau passa son enfance et sa

première jeunesse rue de Harlay (ou peut-être rue de Jérusalem), dans

une maison du temps d'Henri IV, et eut à loisir sous les yeux le

spectacle de la vie bourgeoise et de la vie de palais. Il perdit sa mère

en bas âge; la famille était nombreuse et son père très-occupé; le jeune

enfant se trouva livré à lui-même, logé dans une guérite au grenier. Sa

santé en souffrit, son talent d'observation dut y gagner; il remarquait

tout, maladif et taciturne; et comme il n'avait pas la tournure d'esprit

rêveuse et que son jeune âge n'était pas environné de tendresse, il

s'accoutuma de bonne heure à voir les choses avec sens, sévérité et

brusquerie mordante. On le mit bientôt au collège, où il achevait sa

quatrième, lorsqu'il fut attaqué de la pierre; il fallut le tailler, et

l'opération faite en apparence avec succès lui laissa cependant pour le

reste de sa vie une très-grande incommodité. Au collège, Boileau lisait,

outre les auteurs classiques, beaucoup de poëmes modernes, de romans,

et, bien qu'il composât lui-même, selon l'usage des rhétoriciens,

d'assez mauvaises tragédies, son goût et son talent pour les vers

étaient déjà reconnus de ses maîtres. En sortant de philosophie, il fut

mis au droit; son père mort, il continua de demeurer chez son frère

Jérôme qui avait hérité de la charge de greffier, se fit recevoir

avocat, et bientôt, las de la chicane, il s'essaya à la théologie sans

plus de goût ni de succès. Il n'y obtint qu'un bénéfice de 800 livres

qu'il résigna après quelques années de jouissance, au profit, dit-on, de

la demoiselle Marie Poncher de Bretouville qu'il avait aimée et qui se

faisait religieuse. A part cet attachement, qu'on a même révoqué en

doute, il ne semble pas que la jeunesse de Despréaux ait été fort

passionnée, et lui-même convient qu'il est _très-peu voluptueux_. Ce

petit nombre de faits connus sur les vingt-quatre premières années de

sa vie nous mènent jusqu'en 1660, époque où il débute dans le monde

littéraire par la publication de ses premières satires.

Les circonstances extérieures étant données, l'état politique et social

étant connu, on conçoit quelle dut être sur une nature comme celle

de Boileau l'influence de cette première éducation, de ces habitudes

domestiques et de tout cet intérieur. Rien de tendre, rien de maternel

autour de cette enfance infirme et stérile; rien pour elle de bien

inspirant ni de bien sympathique dans toutes ces conversations de

chicane auprès du fauteuil du vieux greffier, rien qui touche, qui

enlève et fasse qu'on s'écrie avec Ducis: «Oh! que toutes ces pauvres

maisons bourgeoises rient à mon coeur!» Sans doute à une époque

d'analyse et de retour sur soi-même, une âme d'enfant rêveur eût tiré

parti de cette gêne et de ce refoulement; mais il n'y fallait pas songer

alors, et d'ailleurs l'âme de Boileau n'y eût jamais été propre. Il y

avait bien, il est vrai, la ressource de la moquerie et du grotesque;

déjà Villon et Regnier avaient fait jaillir une abondante poésie de ces

moeurs bourgeoises, de cette vie de cité et de basoche; mais Boileau

avait une retenue dans sa moquerie, une sobriété dans son sourire, qui

lui interdisait les débauches d'esprit de ses devanciers. Et puis les

moeurs avaient perdu en saillie depuis que la régularité d'Henri IV

avait passé dessus: Louis XIV allait imposer le décorum. Quant à l'effet

hautement poétique et religieux des monuments d'alentour sur une jeune

vie commencée entre Notre-Dame et la Sainte-Chapelle, comment y penser

en ce temps-là? Le sens du moyen-âge était complètement perdu; l'âme

seule d'un Milton pouvait en retrouver quelque chose, et Boileau ne

voyait guère dans une cathédrale que de gras chanoines et un lutrin.

Aussi que sort-il tout à coup, et pour premier essai, de cette verve de

vingt-quatre ans, de cette existence de poëte si longtemps misérable et

comprimée? Ce n'est ni la pieuse et sublime mélancolie du _Penseroso_

s'égarant de nuit, tout en larmes, sous les cloîtres gothiques et les

arceaux solitaires; ni une charge vigoureuse dans le ton de Regnier sur

les orgies nocturnes, les allées obscures et les escaliers en limaçon de

la Cité; ni une douce et onctueuse poésie de famille et de coin du feu,

comme en ont su faire La Fontaine et Ducis; c'est _Damon, ce grand

auteur_, qui fait ses adieux à la ville, d'après Juvénal; c'est une

autre satire sur les embarras des rues de Paris; c'est encore une

raillerie fine et saine des mauvais rimeurs qui fourmillaient alors et

avaient usurpé une grande réputation à la ville et à la cour. Le frère

de Gilles Boileau débutait, comme son caustique aîné, par prendre à

partie les Cotin et les Ménage. Pour verve unique, il avait _la haine

des sots livres_.

Nous venons de dire que le sens du moyen-âge était déjà perdu depuis

longtemps; il n'avait pas survécu en France au XVIe siècle; l'invasion

grecque et romaine de la Renaissance l'avait étouffé. Toutefois, en

attendant que cette grande et longue décadence du moyen-âge fût menée à

terme, ce qui n'arriva qu'à la fin du XVIIIe siècle, en attendant que

l'ère véritablement moderne commençât pour la société et pour l'art en

particulier, la France, à peine reposée des agitations de la Ligue et de

la Fronde, se créait lentement une littérature, une poésie, tardive sans

doute et quelque peu artificielle, mais d'un mélange habilement fondu,

originale dans son imitation, et belle encore au déclin de la société

dont elle décorait la ruine. Le drame mis à part, on peut considérer

Malherbe et Boileau comme les auteurs officiels et en titre du mouvement

poétique qui se produisit durant les deux derniers siècles, aux sommités

et à la surface de la société française. Ils se distinguent tous les

deux par une forte dose d'esprit critique et par une opposition sans

pitié contre leurs devanciers immédiats. Malherbe est inexorable pour

Ronsard, Des Portes et leurs disciples, comme Boileau le fut pour

Colletet, Ménage, Chapelain, Benserade, Scudery. Cette rigueur, surtout

celle de Boileau, peut souvent s'appeler du nom d'équité; pourtant,

même quand ils ont raison, Malherbe et Boileau ne l'ont jamais qu'à la

manière un peu vulgaire du bon sens, c'est-à-dire sans portée, sans

principes, avec des vues incomplètes, insuffisantes. Ce sont des

médecins empiriques; ils s'attaquent à des vices réels, mais extérieurs,

à des symptômes d'une poésie déjà corrompue au fond; et, pour la

régénérer, ils ne remontent pas au coeur du mal. Parce que Ronsard et

Des Portes, Scudery et Chapelain leur paraissent détestables, ils en

concluent qu'il n'y a de vrai goût, de poésie véritable, que chez les

anciens; ils négligent, ils ignorent, ils suppriment tout net les

grands rénovateurs de l'art au moyen-âge; ils en jugent à l'aveugle par

quelques pointes de Pétrarque, par quelques concetti du Tasse auxquels

s'étaient attachés les beaux esprits du temps d'Henri III et de Louis

XIII. Et lorsque dans leurs idées de réforme, ils ont décidé de revenir

à l'antiquité grecque et romaine, toujours fidèles à cette logique

incomplète du bon sens qui n'ose pousser au bout des choses, ils se

tiennent aux Romains de préférence aux Grecs; et le siècle d'Auguste

leur présente au premier aspect le type absolu du beau. Au reste, ces

incertitudes et ces inconséquences étaient inévitables en un siècle

épisodique, sous un règne en quelque sorte accidentel, et qui ne

plongeait profondément ni dans le passé ni dans l'avenir. Alors les

arts, au lieu de vivre et de cohabiter au sein de la même sphère et

d'être ramenés sans cesse au centre commun de leurs rayons, se tenaient

isolés chacun à son extrémité et n'agissaient qu'à la surface. Perrault,

Mansart, Lulli, Le Brun, Boileau, Vauban, bien qu'ils eussent entre eux,

dans la manière et le procédé, des traits généraux de ressemblance, ne

s'entendaient nullement et ne sympathisaient pas, emprisonnés

qu'ils étaient dans le technique et le métier. Aux époques vraiment

_palingénésiques_, c'est tout le contraire; Phidias qu'Homère inspire

suppléerait Sophocle avec son ciseau; Orcagna commente Pétrarque ou

Dante avec son crayon; Chateaubriand comprend Bonaparte. Revenons à

Boileau. Il eût été trop dur d'appliquer à lui seul des observations qui

tombent sur tout son siècle, mais auxquelles il a nécessairement grande

part en qualité de poëte critique et de législateur littéraire.

C'est là en effet le rôle et la position que prend Boileau par ses

premiers essais. Dès 1664, c'est-à-dire à l'âge de vingt-huit ans, nous

le voyons intimement lié avec tout ce que la littérature du temps a de

plus illustre, avec La Fontaine et Molière déjà célèbres, avec Racine

dont il devient le guide et le conseiller. Les dîners de la rue du

Vieux-Colombier s'arrangent pour chaque semaine, et Boileau y tient le

dé de la critique. Il fréquente les meilleures compagnies, celles de M.

de La Rochefoucauld, de mesdames de La Fayette et de Sévigné, connaît

les Lamoignon, les Vivonne, les Pomponne, et partout ses décisions en

matière de goût font loi. Présenté à la cour en 1669, il est nommé

historiographe en 1677; à cette époque, par la publication de presque

toutes ses satires et ses épîtres, de son _Art poétique_ et des quatre

premiers chants du _Lutrin_, il avait atteint le plus haut degré de sa

réputation.

Boileau avait quarante-un ans, lorsqu'il fut nommé historiographe; on

peut dire que sa carrière littéraire se termine à cet âge. En effet,

durant les quinze années qui suivent, jusqu'en 1693, il ne publia que

les deux derniers chants du _Lutrin_; et jusqu'à la fin de sa vie

(1711), c'est-à-dire pendant dix-huit autres années, il ne fit plus que

la satire _sur les Femmes, l'Ode à Namur_, les épîtres _à ses Vers, à

Antoine, et sur l'Amour de Dieu_, les satires _sur l'Homme_ et _sur

l'Équivoque_. Cherchons dans la vie privée de Boileau l'explication de

ces irrégularités, et tirons-en quelques conséquences sur la qualité de

son talent.

Pendant le temps de sa renommée croissante, Boileau avait continué de

loger chez son frère le greffier Jérôme. Cet intérieur devait être assez

peu agréable au poëte, car la femme de Jérôme était, à ce qu'il paraît,

grondeuse et revêche. Mais les distractions du monde ne permettaient

guère alors à Boileau de se ressentir des chicanes domestiques qui

troublaient le ménage de son frère. En 1679, à la mort de Jérôme, il

logea quelques années chez son neveu Dongois, aussi greffier; mais

bientôt, après avoir fait en carrosse les campagnes de Flandre et

d'Alsace, il put acheter avec les libéralités du roi une petite maison

à Auteuil, et on l'y trouve installé dès 1687. Sa santé d'ailleurs,

toujours si délicate, s'était dérangée de nouveau; il éprouvait une

extinction de voix et une surdité qui lui interdisaient le monde et la

cour. C'est en suivant Boileau dans sa solitude d'Auteuil qu'on apprend

à le mieux connaître; c'est en remarquant ce qu'il fit ou ne fit pas

alors, durant près de trente ans, livré à lui-même, faible de corps,

mais sain d'esprit, au milieu d'une campagne riante, qu'on peut juger

avec plus de vérité et de certitude ses productions antérieures et

assigner les limites de ses facultés. Eh bien! le dirons-nous? chose

étrange, inouïe! pendant ce long séjour aux champs, en proie aux

infirmités du corps qui, laissant l'âme entière, la disposent à la

tristesse et à la rêverie, pas un mot de conversation, pas une ligne

de correspondance, pas un vers qui trahisse chez Boileau une émotion

tendre, un sentiment naïf et vrai de la nature et de la campagne[3].

[Note 3: Afin d'être juste, il ne faut pourtant pas oublier que

quelques années auparavant (1677), dans l'Épître à M. de Lamoignon, le

poëte avait fait une description charmante de la campagne d'Hautile près

La Roche-Guyon, où il était allé passer l'été chez son neveu Dongois. Il

y peignait, en homme qui en sait jouir, les fraîches délices des champs,

les divers détails du paysage; c'est là qu'il est question de gaules

_non plantés_,

Et de noyers souvent du passant insultés.

Mais ces accidents champêtres, et toujours et avant tout ingénieux,

sont rares chez Boileau, et ils le devinrent de plus en plus avec

l'Age.--Puisque nous en sommes à ce détail, ne laissons pas de remarquer

encore que la fontaine _Polycrècne_, dont il est question dans la

même épître et qui arrose la vallée de Saint-Chéron, près de Bàville,

fontaine chantée en latin par tous les doctes et les beaux-esprits du

temps, Rapin, Huet, etc., est restée connue dans le pays sous le nom de

_fontaine de Boileau_. Le beau bouquet d'arbres qui en couronnait le

bassin a été abattu il y a peu d'années. Était-ce un présage? (Voir

ci-après l'épître en vers sur ce sujet.)]

Non, il n'est pas indispensable, pour provoquer en nous cette vive et

profonde intelligence des choses naturelles, de s'en aller bien loin, au

delà des mers, parcourant les contrées aimées du soleil et la patrie des

citronniers, se balançant tout le soir dans une gondole, à Venise ou à

Baïa, aux pieds d'une Elvire ou d'une Guiccioli. Non, bien moins suffit:

voyez Horace, comme il s'accommode, pour rêver, d'un petit champ, d'une

petite source d'eau vive, et d'un peu de bois au-dessus, _et paulùm

sylvae super his foret_; voyez La Fontaine, comme il aime s'asseoir et

s'oublier de longues heures sous un chêne; comme il entend à merveille

les bois, les eaux, les prés, les garennes et les lapins broutant le

thym et la rosée, les fermes avec leurs fumées, leurs colombiers et

leurs basses-cours. Et le bon Ducis, qui demeura lui-même à Auteuil,

comme il aime aussi et comme il peint les petits fonds riants et les

revers de coteaux! «J'ai fait une lieue ce matin, écrit-il à l'un de ses

amis, dans les plaines de bruyères, et quelquefois entre des buissons

qui sont couverts de fleurs et qui chantent.» Rien de tout cela chez

Boileau. Que fait-il donc à Auteuil? Il y soigne sa santé, il y traite

ses amis Rapin, Bourdaloue, Bouhonrs; il y joue aux quilles; il y cause,

après boire, nouvelles de cour, Académie, abbé Cotin, Charpentier ou

Perrault, comme Nicole causait théologie sous les admirables ombrages de

Port-Royal; il écrit à Racine de vouloir bien le rappeler au souvenir

du roi et de madame de Maintenon; il lui annonce qu'il compose une ode,

qu'il _y hasarde des choses fort neuves, jusqu'à parler de la plume

blanche que le roi a sur son chapeau_; les jours de verve, il rêve et

récite aux échos de ses bois cette terrible Ode sur la prise de Namùr.

Ce qu'il fait de mieux, c'est assurément une ingénieuse _épître à

Antoine_: encore ce bon jardinier y est-il transformé en _gouverneur_ du

jardin; il ne _plante_ pas, mais _dirige_ l'if et le _chèvre-feuil_, et

_exerce_ sur les espaliers _l'art de la Quintinie_; il y avait même

à Auteuil du Versailles. Cependant Boileau vieillit, ses infirmités

augmentent, ses amis meurent: La Fontaine et Racine lui sont enlevés.

Disons, à la louange de l'homme bon, dont en ce moment nous jugeons le

talent avec une attention sévère, disons qu'il fut sensible à l'amitié

plus qu'à toute autre affection. Dans une lettre, datée de 1695 et

adressée à M. de Maucroix au sujet de la mort de La Fontaine, on lit ce

passage, le seul touchant peut-être que présente la correspondance de

Boileau: «Il me semble, monsieur, que voilà une longue lettre. Mais

quoi? le loisir que je me suis trouvé aujourd'hui à Auteuil m'a comme

transporté à Reims, où je me suis imaginé que je vous entretenois dans

votre jardin, et que je vous revoyois encore comme autrefois, avec tous

ces chers amis que nous avons perdus, et qui ont disparu velut somnium

surgentis.» Aux infirmités de l'âge se joignirent encore un procès

désagréable à soutenir, et le sentiment des malheurs publics. Boileau,

depuis la mort de Racine, ne remit pas les pieds à Versailles; il

jugeait tristement les choses et les hommes; et même, en matière de

goût, la décadence lui paraissait si rapide, qu'il allait jusqu'à

regretter le temps des Bonnecorse et des Pradon. Ce qu'on a peine à

concevoir, c'est qu'il vendit sur ses derniers jours sa maison d'Auteuil

et qu'il vint mourir, en 1711, au cloître Notre-Dame, chez le chanoine

Lenoir, son confesseur. Le principal motif fut la piété sans doute,

comme le dit le Nécrologe de Port-Royal; mais l'économie y entra aussi

pour quelque chose, car il ne haïssait pas l'argent[4]. La vieillesse

du poëte historiographe ne fut pas moins triste et morose que celle du

Monarque.

[Note 4: Cizeron-Rival, d'après Brossette, _Récréations

littéraires_.]

On doit maintenant, ce nous semble, comprendre notre opinion sur

Boileau. Ce n'est pas du tout un poëte, si l'on réserve ce titre aux

êtres fortement doués d'imagination et d'âme: son _Lutrin_ toutefois

nous révèle un talent capable d'invention, et surtout des beautés

pittoresques de détail. Boileau, selon nous, est un esprit sensé et

fin, poli et mordant, peu fécond; d'une agréable brusquerie; religieux

observateur du vrai goût; bon écrivain en vers; d'une correction

savante, d'un enjouement ingénieux; l'oracle de la cour et des lettrés

d'alors; tel qu'il fallait pour plaire à la fois à Patru et à M. de

Bussy, à M. Daguesseau et à madame de Sévigné, à M. Arnauld et à madame

de Maintenon, pour imposer aux jeunes courtisans, pour agréer aux vieux,

pour être estimé de tous honnête homme et d'un mérite solide. C'est le

_poète-auteur_, sachant converser et vivre[5], mais véridique, irascible

à l'idée du faux, prenant feu pour le juste, et arrivant quelquefois par

sentiment d'équité littéraire à une sorte d'attendrissement moral et

de rayonnement lumineux, comme dans son Épître à Racine[6]. Celui-ci

représente très-bien le côté tendre et passionné de Louis XIV et de sa

cour; Boileau en représente non moins parfaitement la gravité soutenue,

le bon sens probe relevé de noblesse, l'ordre décent. La littérature et

la poétique de Boileau sont merveilleusement d'accord avec la religion,

la philosophie, l'économie politique, la stratégie et tous les arts du

temps: c'est le même mélange de sens droit et d'insuffisance, de vues

provisoirement justes, mais peu décisives.

[Note 5: Voir l'agréable conversation entre Despréaux, Racine, M.

Daguesseau, l'abbé Renaudot, etc., etc., écrite par Valincour et

publiée par Adry, à la fin de son édition de la _Princesse de Clèves_

(1807).--Le fait est que Boileau, de bonne heure en possession du

sceptre, passa la très-grande moitié de sa vie à converser et à tenir

tête à tout venant: «Il est heureux comme un roi (écrivait Racine,

1698), dans sa solitude ou plutôt son hôtellerie d'Auteuil. Je l'appelle

ainsi, parce qu'il n'y a point de jour où il n'y ait quelque nouvel

écot, et souvent deux ou trois qui ne se connoissent pas trop les uns

les autres. Il est heureux de s'accommoder ainsi de tout le monde; pour

moi, j'aurois cent fois vendu la maison.» Ce qui pourtant explique qu'à

la fin Boileau, devenu morose, l'ait vendue.]

[Note 6: «La raison, dit Vauvenargues, n'était pas en Boileau

distincte du sentiment.» Mademoiselle de Meulan (depuis madame Guizot)

ajoute: «C'était, en effet, jusqu'au fond du coeur que Boileau se

sentait saisi de la raison et de la vérité. La raison fut son génie;

c'était en lui un organe délicat, prompt, irritable, blessé d'un mauvais

sens comme une oreille sensible l'est d'un mauvais son, et se soulevant

comme une partie offensée sitôt que quelque chose venait à la choquer.»

Cette même raison si sensible, qui lui inspirait, nous dit-il, dès

quinze ans, _la haine_ d'un sot livre, lui faisait _bénir_ son siècle

après _Phèdre_.]

Il réforma les vers, mais comme Colbert les finances, comme Pussort le

code, avec des idées de détail. Brossette le comparait à M. Domat qui

restaura la raison dans la jurisprudence. Racine lui écrivait du camp

près de Namur: «La vérité est que notre tranchée est quelque chose

de prodigieux, embrassant à la fois plusieurs montagnes et plusieurs

vallées avec une infinité de tours et de retours, autant presque qu'il y

a de rues à Paris.» Boileau répondait d'Auteuil, en parlant de la Satire

des Femmes qui l'occupait alors: «C'est un ouvrage qui me tue par la

multitude des transitions, qui sont, à mon sens, le plus difficile

chef-d'oeuvre de la poésie.» Boileau faisait le vers à la Vauban; les

transitions valent les circonvallations; la grande guerre n'était pas

encore inventée. Son Épître sur le passage du Rhin est tout à fait un

tableau de Van der Meulen. On a appelé Boileau le janséniste de notre

poésie; _janséniste_ est un peu fort, _gallican_ serait plus vrai. En

effet, la théorie poétique de Boileau ressemble souvent à la théorie

religieuse des évêques de 1682; sage en application, peu conséquente aux

principes. C'est surtout dans la querelle des anciens et des modernes et

dans la polémique avec Perrault, que se trahit cette infirmité propre

à la logique du sens commun. Perrault avait reproché à Homère une

multitude de mots bas, et _les mots bas_, selon Longin et Boileau, _sont

autant de marques honteuses qui flétrissent l'expression_. Jaloux de

défendre Homère, Boileau, au lieu d'accueillir bravement la critique

de Perrault et d'en décorer son poëte à titre d'éloge, au lieu d'oser

admettre que la cour d'Agamemnon n'était pas tenue à la même étiquette

de langage que celle de Louis le Grand, Boileau se rejette sur ce que

Longin, qui reproche des termes bas à plusieurs auteurs et à Hérodote en

particulier, ne parle pas d'Homère: preuve évidente que les oeuvres

de ce poëte ne renferment point un seul terme bas, et que toutes ses

expressions sont nobles. Mais voilà que, dans un petit traité,

Denis d'Halicarnasse, pour montrer que la beauté du style consiste

principalement dans l'arrangement des mots, a cité l'endroit de

l'Odyssée où, à l'arrivée de Télémaque, les chiens d'Eumée n'aboient

pas et remuent la queue; sur quoi le rhéteur ajoute que c'est bien ici

l'arrangement et non le choix des mots qui fait l'agrément; car, dit-il,

la plupart des mots employés sont _très-vils_ et _très-bas_. Racine

lit, un jour, cette observation de Denis d'Halicarnasse, et vite il

la communique à Boileau qui niait les termes prétendus vils et bas,

reprochés par Perrault à Homère: «J'ai fait réflexion, lui écrit Racine,

qu'au lieu de dire que le mot d'âne est en grec un mot très-noble, vous

pourriez vous contenter de dire que c'est un mot qui n'a rien de bas, et

qui est comme celui de cerf, de cheval, de brebis, etc. Ce _très-noble_

me paraît un peu trop fort.» C'est là qu'en étaient ces grands hommes

en fait de théorie et de critique littéraire. Un autre jour, il y

eut devant Louis XIV une vive discussion à propos de l'expression

_rebrousser chemin_, que le roi désapprouvait comme basse, et que

condamnaient à l'envi tous les courtisans, et Racine le premier. Boileau

seul, conseillé de son bon sens, osa défendre l'expression; mais il la

défendit bien moins comme nette et franche en elle-même que comme

reçue dans le style noble et poli, depuis que Vaugelas et d'Ablancourt

l'avaient employée.

Si de la théorie poétique de Boileau nous passons à l'application qu'il

en fait en écrivant, il ne nous faudra, pour le juger, que pousser sur

ce point l'idée générale tant de fois énoncée dans cet article. Le style

de Boileau, en effet, est sensé, soutenu, élégant et grave; mais cette

gravité va quelquefois jusqu'à la pesanteur, cette élégance jusqu'à la

fatigue, ce bon sens jusqu'à la vulgarité. Boileau, l'un des premiers et

plus instamment que tout autre, introduisit dans les vers la manie des

périphrases, dont nous avons vu sous Delille le grotesque triomphe; car

quel misérable progrès de versification, comme dit M. Émile Deschamps,

qu'un logogriphe en huit alexandrins, dont le mot est _chiendent_ ou

_carotte_? «Je me souviens, écrit Boileau à M. de Maucroix, que M. de La

Fontaine m'a dit plus d'une fois que les deux vers de mes ouvrages qu'il

estimait davantage, c'étaient ceux où je loue le roi d'avoir établi la

manufacture des points de France à la place des points de Venise. Les

voici: c'est dans la première épître à Sa Majesté:

Et nos voisins frustrés de ces tributs serviles

Que payoit à leur art le luxe de nos villes.»

Assurément, La Fontaine était bien humble de préférer ces vers

laborieusement élégants de Boileau à tous les autres; à ce prix, les

siens propres, si francs et si naïfs d'expression, n'eussent guère rien

valu. «Croiriez-vous, dit encore Boileau dans la môme lettre en parlant

de sa dixième Épître, croiriez-vous qu'un des endroits où tous ceux à

qui je l'ai récitée se récrient le plus, c'est un endroit qui ne dit

autre chose sinon qu'aujourd'hui que j'ai cinquante-sept ans, je ne dois

plus prétendre à l'approbation publique? cela est dit en quatre vers,

que je veux bien vous écrire ici, afin que vous me mandiez si vous les

approuvez:

Mais aujourd'hui qu'enfin la vieillesse venue,

Sous mes faux cheveux blonds déjà toute chenue,

A jeté sur ma tête avec ses doigts pesants

Onze lustres complets surchargés de deux ans.

«Il me semble que la perruque est assez heureusement frondée dans ces

vers.» Cela rappelle cette autre hardiesse avec laquelle dans l'Ode

à Namur, Boileau parle _de la plume blanche que le roi a sur son

chapeau_[7]. En général, Boileau, en écrivant, attachait trop de prix

aux petites choses: sa théorie du style, celle de Racine lui-même,

n'était guère supérieure aux idées que professait le bon Rollin. «On ne

m'a pas fort accablé d'éloges sur le sonnet de ma parente, écrit Boileau

à Brossette; cependant, monsieur, oserai-je vous dire que c'est une des

choses de ma façon dont je m'applaudis le plus, et que je ne crois pas

avoir rien dit de plus gracieux que:

A ses jeux innocents enfant associé,

et

Rompit de ses beaux jours le fil trop délié,

et

Fut le premier démon qui m'inspira des vers.

[Note 7: «Il ne s'est jamais vanté, comme il est dit dans le

_Boloeana_, d'avoir le premier parlé en vers de notre artillerie, et son

dernier commentateur prend une peine fort inutile en rappelant plusieurs

vers d'anciens poëtes pour prouver le contraire. La gloire d'avoir parlé

le premier du fusil et du canon n'est pas grande. Il se vantoit d'en

avoir le premier parlé poétiquement, et par de nobles périphrases.»

(RACINE fils, _Mémoires_ sur la vie de son père.)]

«C'est à vous à en juger.» Nous estimons ces vers fort bons sans doute,

mais non pas si merveilleux que Boileau semble le croire. Dans une

lettre à Brossette, on lit encore ce curieux passage: «L'autre objection

que vous me faites est sur ce vers de ma Poétique:

De Styx et d'Achéron peindre les noirs torrents.

Portraits littéraires, Tome I · 第 2 / 44 题