LETTRE IV.

_De Maurice à sa mère._

«Fin brumaire an XIII (novembre 1804).

«Depuis six semaines, j'ai été si heureux près de toi, ma bonne mère,

que c'est presque un chagrin maintenant que d'être obligé de t'écrire

pour m'entretenir avec toi. Le calme, le bonheur dont j'ai joui à

Nohant me rendent encore plus insupportables le tumulte, l'inquiétude

et le bruit qui m'entourent à Paris.

«J'espère que je ne serai pas forcé d'aller retrouver mes rats et mon

galetas au Fayel, car le général Suchet, qui m'a fait l'honneur

d'arrêter sa voiture tout exprès pour me parler hier, m'a dit que tous

les généraux de division allaient être mandés pour assister à la

cérémonie du couronnement, et que probablement Dupont ne resterait

pas dans son exil. Me voilà donc encore ici pour quelques jours, et je

te rendrai compte de la fête.

«Quant à ***, elle se donne avec moi des airs de protection

passablement drôles, de la part d'une personne qui ne me sert pas du

tout. Elle disait hier que si Dupont lui eût envoyé de _bonnes notes_

sur mon compte, elle m'aurait fait faire mon chemin: mais que je

voyais _trop mauvaise compagnie_. La compagnie que je vois vaut bien

celle qui l'entoure. Vitrolles, en me racontant cela, riait aux éclats

de cette impertinence, et la traitait sans façon de _péronnelle_. Va

pour péronnelle! Mais je ne lui en veux pas, tout le monde est de

même. Le ton de cour est la maladie de ceux qui n'y auraient jamais

mis le pied autrefois.»

Histoire de ma Vie, Livre 1 (Vol. 1 - 4) · 第 96 / 120 题