LETTRE II.

«Paris, 6 vendémiaire an VII (7 septembre 1798).

«Je t'écris, ma bonne mère, de chez notre _Navarrais_[22]. La loi de

la conscription, proclamée ce matin, et qui ordonne de répondre dans

vingt-six jours, m'empêche d'attendre ta réponse et me détermine à

prendre le parti dont je t'ai parlé. Nous allons tous les deux ce

matin chez le capitaine des chasseurs, afin de terminer cette affaire.

Ne t'inquiète pas, ma bonne mère; il s'agit d'aller en garnison à

Bruxelles et non point au feu de l'ennemi. J'aurai probablement un

congé ou une ordonnance qui me _forcera_ de venir bientôt t'embrasser.

Tous les jeunes gens ici ont la tête ou la figure à l'envers. Toutes

les jolies femmes et les bonnes mères se désolent. Mais il n'y a pas

de quoi, je t'assure; je vais endosser le dolman vert, prendre le

grand sabre et laisser croître mes moustaches. Te voilà mère d'un

défenseur de la patrie, et ayant droit au milliard. C'est un profit

tout clair. Allons, ma bonne mère, ne t'afflige pas. Tu me reverras

bientôt.»

[22] L'abbé de Beaumont, son oncle.

Histoire de ma Vie, Livre 1 (Vol. 1 - 4) · 第 24 / 120 题