C'est ici qu'il nous faudrait les talents de Tavernier, de Paul Lucas,
de Levaillant, de Christophe Colomb, de Bougainville et de Pallas, il
faudrait avoir vu tous les pays du monde pour décider quels sont ceux
pour lesquels les tétons viennent le mieux, et je n'ai voyagé qu'en
Suisse et en Allemagne. J'ai vu à Neufchatel et à Berne les tétons les
plus jolis que l'on puisse voir, très-bien apprivoisés, et qui, dans le
tête-à-tête, ne se refusaient jamais à l'hommage que les mains voulaient
leur rendre.
Le Corrége, l'Albane, le Titien, prirent le type des beautés qu'ils
peignirent, dans les Italiennes de leur temps. Rome et son territoire
en offrent encore d'éclatants exemples; et, à l'âge du retour, les
Romaines ont de superbes épaules. Mais c'est en Sicile et en Toscane, à
Florence et à Sienne, même à Venise, que naissent les plus séduisantes
beautés de l'Italie; car, dans la Lombardie et le voisinage des Alpes,
les formes plus volumineuses et plus massives, sont bien moins
enchanteresses. Les belles Françaises vivent surtout vers Avignon,
Marseille, et dans l'ancienne Provence, peuplée jadis par une colonie
grecque de Phocéens. Plus au nord, le sang des Cauchoises, des Picardes
et des Belges est plus beau, et la peau est d'une blancheur plus
éclatante, mais il y a certainement moins de finesse dans les contours
et de délicatesse dans les formes. A Paris, l'on rencontre en général
moins de beautés que de grâces dans la démarche et toutes les manières.
Les Marseillaises et la plupart des Languedociennes ont aussi moins de
gorge que les Normandes, les Belges, les Suissesses. Les plus grandes
beautés de l'Espagne sont dans l'Andalousie et à Cadix: on les dit
très-exigeantes en plus d'un genre, capricieuses, et pourtant
très-constantes dans leur attachement; elles concilient le dérèglement
des moeurs avec l'observance la plus scrupuleuse des devoirs religieux.
La ville de Guimanarez et ses environs sont peuplés des plus charmantes
Portugaises, la plupart courtes et vives, qui présentent en général
beaucoup de gorge, tandis que les Castillanes n'en ont presque pas.
Toutes ont ces beaux yeux noirs, cette taille svelte et souple, ce teint
pâle, cet air sérieux, dédaigneux même, qui peuvent enflammer les
grandes passions, et rebuter les hommages frivoles et vulgaires.
On connaît le teint éblouissant, les traits expressifs, la physionomie
fine et touchante des Anglaises; plusieurs ont la gorge et l'élégant
corsage des Normandes; elles sont presque toutes blondes, quelquefois
même rousses. En Écosse, leur teint devient d'un blanc fade comme aux
Hollandaises: mais celles-ci montrent souvent de l'embonpoint, beaucoup
de gorge, une carnation pâle et molle. De toutes les Allemandes, les
Saxonnes emportent le prix de la beauté; on ne rencontre peut-être pas
un laid visage dans le territoire d'Hildesheim; le teint charmant de
tous les habitants fait dire en proverbe que les femmes y croissent
comme les fleurs. Quoique les Autrichiennes ne soient pas laides, les
Hongroises paraissent généralement plus belles; mais, dans toutes les
nations germaniques, elles pèchent souvent par un excès d'embonpoint.
A Gratz, en Styrie, une infinité de femmes et de demoiselles ont des
amants et en changent publiquement sans qu'on y trouve à redire;
cependant elles sont très-dévotes. Les femmes y ont un beau teint blanc,
de gros tétons, mais un peu trop massifs.
Plus au nord, les Polonaises méritent d'être remarquées. Elles ont la
blancheur mais aussi, dit-on, la froideur de la neige. Les femmes
russes sont, au contraire, fort amoureuses, mais l'abus des bains de
vapeur, ou plutôt l'atmosphère chaude où elles vivent, rend bientôt mous
et flasques tous leurs appas; sous leurs chaudes pelisses elles couvent
d'ardentes passions, aussi les accuse-t-on de préférer toujours en amour
le physique au moral.
Les Albanaises sont plus agréables que les Morlaques; celles-ci portent
une peau tannée, de longues mamelles pendantes, avec un mamelon noir.
On trouve à Dresde, à Leipsik, à Halle, de simples grisettes dont les
tétons blancs, rebondis et bien taillés, seraient capables d'orner le
sein des reines du monde; la Saxe est surtout le climat où ces
dariolettes sont de la meilleure qualité. Il paraît que le sexe de la
Souabe est aussi abondamment pourvu de ces attraits, si l'on en doit
croire l'apologie qu'a faite d'eux certain étudiant de l'université de
Tubingue, et que l'on a trouvée écrite à la tête de son _Corpus juris
civilis_:
_Hæc Tubingiacis dos est perpulchra puellis,
Ubera magna, pudor tenuis, vulvæque patentes,
Res angusta domi, foris ampla, et splendida dixi._
Si nous en croyons la comtesse d'Aulnoy, les Espagnoles n'ont point de
gorge et n'en veulent point avoir; voici comme elle en parle: «C'est une
beauté pour les dames espagnoles de n'avoir point de gorge, et elles
prennent de bonne heure des précautions pour l'empêcher de venir.
Lorsque le sein commence à paraître, elles mettent dessus de petites
plaques de plomb, et se bandent comme les enfants que l'on emmaillote.
Il est vrai qu'il s'en faut peu qu'elles n'ayent la gorge aussi unie
qu'une feuille de papier, à la réserve des trous que la maigreur y
creuse, et ils sont toujours en grand nombre.»
Plaignons l'aveuglement de ces Espagnoles qui outragent la nature, en
refusant des bienfaits dont elle est si avare; plaignons aussi ces
Françaises que la manie de revêtir les habits d'homme porte tous les
jours à détruire ce chef-d'oeuvre si gracieux et si attrayant de leur
sexe; le délire de cette espèce d'hermaphrodites me fait pitié et
m'irrite. Vite, éloignons cette idée affligeante en admirant les beaux
tétons de l'Angleterre. Tous les connaisseurs qui ont voyagé dans cette
partie de l'Europe s'accordent à dire que la Grande-Bretagne est la mère
nourrice des beaux tétons. Voilà ce que Le Pays écrivait de Londres à un
de ses amis:
«Ce que nous avons vu de plus qu'à Paris, ç'a été un grand nombre de
fort belles femmes, qui sont toutes copieusement partagées de tétons.
Comme c'est une marchandise qui est ici à grand marché, et assez
précieuse en France, nous avions résolu d'en acheter un bon nombre, et
de vous les envoyer tous dans une barque, attachés deux à deux avec du
ruban couleur de feu, qui est ici, comme vous savez très-beau et en
très-grande abondance. Nous étions persuadés que cette marchandise vous
plairait, et que vous seriez bien aise d'en fournir à quantité de vos
amies, qui en ont bon besoin, et qui les achèteraient volontiers. Mais
comme les commis des Traites foraines ne laissent rien passer sans le
visiter, nous avons changé de dessein, sachant fort bien que c'est une
marchandise qui se gâte, pour peu qu'on la visite, et qu'ainsi elle
auroit bientôt perdu toute sa beauté et tout son éclat quand elle seroit
entre vos mains.»
Dans une autre lettre qu'il écrit de la même ville à une dame, il lui
donne cette commission:
«Dites à Mme de la L. G. que si elle étoit en Angleterre, elle ne seroit
pas la reine des tétons, comme elle l'est à..., puisque les dames de ce
royaume en ont qui ne cèdent point aux siens. La différence qu'il y a,
c'est qu'on patine les tétons d'Angleterre dès la première connoissance,
et sans grande cérémonie; que pour elle, elle ne laisse pas seulement
voir les siens après six mois de soins et de services.»
Pavillon, dans un endroit de sa lettre à Mme Pelissari, sur le voyage de
sa fille en Angleterre, dit:
«Le défunt pays de Cocagne, de très-heureuse mémoire, ne valoit guère
mieux que celui-ci.
Le Prince[11] qu'en sa cour peu de monde environne,
Peut être aisément abordé:
Il n'est presque jamais gardé
Que par le seul respect qu'on porte à sa personne.
On le voit aussitôt qu'on vous a présenté.
Malgré l'éclat de la couronne,
Celui que sa grandeur étonne,
Est rassuré par sa bonté.
Ses sujets sont dans l'opulence.
Ses champs produisent à souhait,
Et vous ne sentez sa puissance
Que par les biens qu'elle vous fait.
La terre sans impôts et le ciel sans colère
Nous laissent en repos jouir de notre bien.
Le Roi ne lève presque rien,
Et Jupiter n'y tonne guère.
Tout votre sexe à cheveux blonds,
À teint de lys, à beau corsage,
Magnifique en habits, en train, en équipage,
Fait marcher devant son visage
Une infinité de tétons.
[Note 11: C'est Charles II, prince aussi salace, aussi voluptueux
que nos Henri III, Charles VII, Henri IV et François Ier. Le C. Mercier,
auteur de l'An 2440, et de tant de drames, a fait sur ce prince un drame
intitulé: _Charles II dans un certain lieu_. Il n'a point avoué cette
production, mais nous assurons qu'elle est de lui. Un nommé _Brémont_ a
fait l'histoire scandaleuse des amours de ce roi avec Miladi
Castelmaine, duchesse de Keweland et la femme de Milord Canduche, dans
un petit roman allégorique intitulé _Hattigé, ou les amours du roi de
Tamaran_, Cologne 1676. 1 vol. in-16 de 120 pages. Le duc de Buckingham
joue un beau rôle dans cette chronique scandaleuse.]
Il dit encore dans un autre endroit de la même lettre:
«Nous mènerons au premier jour votre fille à Windsor; c'est un lieu
charmant où le bon roi Stuart tient maintenant cour plénière. Elle
prétend lui demander un don, qui est la réformation des tétons dans
toute l'étendue de son royaume, suivant le modèle qu'elle lui en
présentera elle-même. Vous saurez, madame, qu'en tous ces quartiers, la
plupart des tétons, sous prétexte qu'ils sont blancs comme neige, n'ont
point honte d'aller tout nuds dans les rues, et qui plus est, de se
baiser hardiment à la vue de tout le monde, sans crainte de Dieu et des
hommes. Les gens du pays pensent que cette réforme sera facile à
établir, parce que les tétons de ce territoire étant de leur nature fort
dociles, on peut aisément les réduire à en faire tout ce qu'on voudra.»
Avant de finir, je dois encore dire que j'ai vu dans des couvents toutes
sortes de beaux tétons; il est vrai que ce n'est que la figure et non la
forme. J'y ai trouvé des tétons naissants et des tétons formés, où rien
ne manquait que la permission de les voir à découvert et de sentir s'ils
étaient durs. Peindrai-je ces touffes de lys et de roses mollement
comprimées par la guimpe, ces sphères de neige qui croissaient à l'ombre
des autels, et qui ne pouvaient être accessibles qu'aux doigts sacrés du
pater et du directeur, ou d'un jardinier discret et charmant? Comme je
ne produirais rien de neuf et de piquant dans ces descriptions d'objets
que j'ai toujours aimés, et que j'ai très-rarement vus, tels que ma
muse les voudrait peindre, je crois plus sage de renvoyer mon lecteur,
pour qu'il n'y perde rien, aux friandes peintures qu'en ont faites
Voltaire, dans sa _Pucelle_, Piron, Dorat, et autres poëtes érotiques
modernes, et je me borne à dire: vive un sein de couvent!...
Ceci me remet dans l'esprit un sonnet pour une belle personne, à qui les
tétons étaient venus depuis qu'elle était religieuse.
Ci gisent les tétons de la jeune Sylvie,
Pitoïable passant, admire et plains leur sort.
Ils n'avoient pas du ciel encor reçu la vie,
Qu'on les avoit déjà destinez à la mort.
On ne consulta point leur naturelle envie:
Leur courroux fait bien voir qu'on leur a fait grand tort,
Puisqu'on les voit s'enfler contre la tyrannie
Qui les mit au tombeau par un barbare effort.
Mais ce qui te fera plaindre leur aventure,
C'est qu'on les tient vivants dans cette sépulture,
Comme étant convaincus d'un horrible forfait.
Tout leur crime pourtant n'est que d'avoir sçu plaire;
Peur moi, ne voyant pas quel mal ils avoient fait,
Je crois qu'on les punit de ceux qu'ils pouvoient faire.
Si des Européennes nous passons aux femmes de la race, où plutôt de
l'espèce nègre, nous leur trouverons généralement une disposition
extrême à la lasciveté et même une conformation particulière dans les
organes sexuels. Comme cette espèce d'hommes est moins propre au
développement des facultés intellectuelles, elle est aussi plus disposée
aux fonctions purement animales, et la plupart des nègres sont _bene
mutonati_. Les négresses paraissent conformées dans la même proportion,
de sorte que les européens les trouvent fort larges. Toutes ont, comme
on sait, une gorge très-volumineuse, et bientôt molle et pendante, même
dans les climats où l'on ne peut pas en accuser la chaleur
atmosphérique, comme au nord des États-Unis; mais ce qui surtout les
distingue de la race blanche, c'est le prolongement naturel des nymphes,
et quelquefois du clitoris, bien moins commun chez les femmes blanches
que chez les négresses.
Les femmes cafres, les mieux constituées de toutes les négresses, et les
plus fortes, ont un caractère plus ardent et plus viril; les négresses
joloffes et mandingues, sans être aussi bien formées, et avec un sein
plus tombant, une transpiration d'odeur porracée, paraissent cependant
encore agréables dans leur première jeunesse. Leur peau est douce et
soyeuse comme le satin. Mais elles déploient une lubricité et des
passions inouïes dans nos climats; elles semblent porter dans leur sein
enflammé tous les feux de l'Afrique. Pour exciter davantage l'ardeur de
l'homme, les Égyptiennes coptes se frottent les parties sexuelles de
parfums stimulants, comme d'ambre, de civette et de musc. Aussi, un
proverbe des Turcs dit: Prends une blanche pour les yeux; mais pour le
plaisir, prends une Égyptienne, ou une négresse.
On convient cependant que les négresses sont excellentes mères; la
plupart ont beaucoup de lait; les mamelles des Égyptiennes étaient
renommées par leur volume extrême dès le temps de Juvénal:
_In Meroe crasso majorem infante papillam._
A la Nouvelle-Hollande, la parure d'une belle Malaie consiste toute en
sa peau, étrangement bariolée de piqûres de diverses couleurs, et c'est
ce qu'on appelle _tatouage_; toutes ont soin d'assouplir leur peau par
le bain et par l'huile de coco; elles se vêtissent de tissus de
feuillage ou d'écorces légères qui ne dérobent point la vue de leurs
charmes secrets. Elles n'ont pas toujours la gorge pendante des
négresses; elle est même assez petite dans les premiers temps de la
puberté.
Ne pensons pas que les négresses soient toujours dépourvues de beauté;
elles ont aussi leur prix. On en a vu de fort jeunes, ayant un nez droit
et presque aquilin, et avec une figure qui, si nous en exceptons la
couleur, n'aurait pas déparé une Européenne: on n'y remarquait point
cette vilaine moue des Éthiopiens; l'avancement des joues y était
presque insensible, et le sein, parfaitement placé, n'y était pas
flasque et pendant, mais d'une agréable rotondité. Considérons ces
lèvres d'un rouge éclatant de corail sur un fond d'ébène soyeux, cette
petite bouche, qui ressemble à un bouton vermeil et frais de rose, posé
sur du velours noir; contemplons cette double rangée de perles
brillantes, ces grands et beaux yeux pleins de feu; admirons la douce
aménité du visage, cette suavité des formes, cette voluptueuse
flexibilité, ce balancement, cette souplesse dégagée de tous les
mouvements, bien plus sensible dans les négresses que dans les
Européennes; et s'il m'était permis de peindre tant d'autres attraits
qui ne sont ordinairement couverts, dans ces esclaves infortunées, que
du voile de la simple innocence, à combien de femmes laides, quoique
blanches, paraîtraient-elles préférables pour des yeux non prévenus!
[Illustration]
[Illustration]