STANCES SUR LA DÉFENSE DES GORGES DESCOUVERTES DES DAMES.

Je ne sçay par quelle malice

On dit aujourd'huy que c'est vice

De montrer son sein rondelet,

Veu qu'au temps premier d'innocence

La femme n'eut onc cognoissance

N'y de robe ny de colet.

Elle cheminoit toute nuë

Par les prés, sur l'herbe menuë,

Parlant avec son amoureux:

Blasmerons-nous les femmes belles

Qui commencent par leurs mamelles

A ramener ce temps heureux?

Il faut cacher la main sauvage,

Pleine de sang et de carnage,

Et couvrir la bouche qui ment,

Mais une mamelle gentille

Et le blanc tetin d'une fille

Ne se doit cacher nullement.

Il faut enfermer sans lumière,

Au plus profond d'une tanière

Le serpent et l'ours affamé,

Mais un beau sein que l'on descouvre

N'a le venin d'une couleuvre,

Pour estre clos et renfermé.

Fol est l'usurier qui resserre

Ses facultez dedans la terre

Et tient son or ensevely;

Mais les pucelles libérales,

Entre deux pommes bien esgales,

Montrent l'ivoire bien poly.

Tout aussi tost que nos déesses

Voulurent monstrer les richesses

De leurs beaux tétons précieux,

Amour, aveugle de nature,

Ne vola plus à l'aventure,

Et se desbanda les deux yeux.

Il rougit une double fraise

Dedans le feu de sa fournaise,

Deux soufflets furent les tétons,

Qui de chaudes vapeurs s'enflèrent

Et dedans nos âmes soufflèrent

Le feu d'amour que nous sentons.

Mais que servent ces jardinages,

Tant de couleurs et de feuillages,

Si l'oeil humain en est absent?

Et voyons-nous dessus l'espine

Fleurir une rose pourprine

Pour la cacher lorsqu'elle sent?

Quand Aquilon par l'air galope

Et qu'en janvier il envelope

La terre d'un pasle bandeau,

Tous ses plaisirs elle abandonne,

Elle gémit, elle frissonne,

Comme un prisonnier au cordeau.

Mais quand Zéphire la courtise,

Lui despouillant sa robe grise

Pleine de cent mille glaçons,

Elle est du soleil penetrée

Et enfante d'une ventrée

Mille fleurs de mille façons.

Vénus honteusement traictée,

Devant les dieux fut garottée

Avecques Mars, son favory;

Promptement accourut Jeunesse

Qui vint destacher sa maistresse,

En despit du cocu mary.

Pour éternelle récompense,

La mère d'Amour à Jouvence

Despoüilla ces deux monts charnus:

De là vient que les damoiselles,

Quand on leur taste leurs mamelles,

Ont souvenance de Vénus.

Je ne prétends pas m'ériger en casuiste pour décider si les femmes

peuvent et doivent montrer leur sein; mais quand je pourrais prouver,

d'une manière péremptoire, qu'il est plus à propos que les femmes se le

couvrent, je ne sais si j'aurais le courage de l'entreprendre. Je vois,

d'un côté, tous les amants déchaînés contre moi, si je m'oppose ainsi à

leurs plaisirs; et, d'un autre côté, toutes nos élégantes, furieuses de

me voir condamner une mode qu'elles suivent presque généralement. Je

citerai donc seulement ces vers de Mercier de Compiègne, qui me

paraissent justes. Il dit, en parlant aux auteurs, au sujet du poëme de

la _Guerre des Dieux_, dans lequel Parny s'égaye sur les tétons de la

sainte Vierge, et ne gaze pas assez ses tableaux:

Revenez, le goût vous rappelle,

Mais gazez un peu vos tableaux;

Drapez Vénus: elle est plus belle

Quand un nuage la recèle;

Le demi-jour sied à Paphos.

Voici les vers auxquels Mercier fait allusion:

Junon, Vénus et d'autres immortelles

Se moquaient de la brune Marie:

Son embarras, son air de modestie,

Servaient de texte aux illustres belles.

Mais n'en déplaise à ces juges sévères,

De grands yeux noirs, doux et voluptueux,

Des yeux voilés par de longues paupières,

Quoique baissés, sont toujours de beaux yeux.

Lorsqu'elle parle, une bouche de rose

Est éloquente et même on lui suppose

Beaucoup d'esprit. De pudiques tétons,

Bien séparés, bien fermes et bien ronds,

Et couronnés par une double fraise,

Chrétiens ou juifs, pour celui qui les baise,

N'en sont pas moins de fort jolis tétons.

PARNY.--_Guerre des Dieux_, ch. Ier.

Le Pays est pour la mode qui trotte, quand il parle de cet air à sa

Margoton:

«J'ai un nouvel avis à vous donner sur ce que je vis hier que vous

teniez vos petits tétons enfermez aussi exactement qu'une religieuse.

Vous avez tort, Margoton, de tenir ainsi en prison deux jeunes innocens

qui n'ont point encore commis de crime. Je vous assure qu'ils souffrent

cette clôture à contrecoeur. Malgré le linge qui les resserre, j'ai

remarqué qu'ils en soupirent de tristesse, et qu'ils en sont tout enflés

de colère. A cause que vous êtes sage de bonne heure, vous voulez

peut-être qu'ils vous imitent; mais ne savez-vous pas qu'ils sont plus

jeunes que vous: que vous avez quatorze ans, qu'ils n'ont que quatorze

mois; et qu'ainsi, quand vous seriez déjà sérieuse, il leur seroit

permis de faire encore les badins? Lorsque vous n'étiez pas plus âgée

qu'ils le sont présentement, votre nourrice n'avoit point de honte de

vous montrer toute nue; pourquoi en auriez-vous donc de nous montrer à

nud deux jeunes enfans qui ne sont jamais si beaux que quand ils sont

découverts? N'est-ce point que la tante qui vous gouverne a peur que, si

vous les laissiez sans contrainte, ils n'usassent mal de leur liberté,

et qu'ils ne l'employassent à attaquer la nôtre? Si c'est pour cette

raison qu'elle vous les fait couvrir si soigneusement, elle devroit

aussi vous obliger à cacher vos yeux et vos autres appas, puisque vous

n'en avez aucun qui ne dérobe tous les jours quelque coeur ou quelque

liberté. Mais je veux lui apprendre que vos tétons en deviendront plus

malicieux, plus ils seront enfermés. Car si, dans leur prison, ils

découvrent quelque trou par où ils puissent voir le jour, ils se

mettront là en sentinelle, pour assassiner le premier homme qui les

regardera: si bien qu'on fera mieux de leur donner liberté toute

entière; car alors on s'apprivoisera avec eux tout de bon, ils en

deviendront moins dangereux.»

Louis XIII ne fut point de cet avis, lui qui ne pouvait souffrir la vue

d'un sein découvert, ainsi qu'on en peut juger par l'anecdote suivante:

Chacun sait que Louis XIII était impuissant ou à peu près. Un conseil de

médecins, après l'avoir visité, déclara que jamais postérité ne

sortirait de lui. Aussi, ce fils atrabilaire d'un père si galant,

haïssait le sexe en général. Les femmes lui inspiraient un éloignement

qui tenait de l'aversion. La vue d'un sein même jeune, frais et ferme le

dégoûtait. Il ressentait le même dégoût et presque de l'effroi à la vue

d'autres charmes plus secrets. Chez lui, la nature ne se taisait pas

seulement à leur approche, elle se révoltait. De là cette réputation de

chasteté que les courtisans ont faite à ce monarque; de là l'infécondité

d'Anne d'Autriche après dix années de mariage, et le délaissement

déplorable de cette voluptueuse princesse.

L'inclination que Louis XIII éprouva pour Mlle d'Hautefort ne dément

point cette assertion; elle l'appuie au contraire d'un sensible

témoignage. Louis s'était attaché à cette jeune personne parce qu'elle

était organisée comme lui. Elle ne laissait voir aucune des faiblesses

naturelles aux dames. Un écrivain ingénieux a dit que Louis XIII n'était

amoureux que depuis la ceinture jusqu'en haut, et que ses amours étaient

vierges. Cette pruderie était poussée si loin qu'elle donna lieu à une

impolitesse qui trouve naturellement sa place ici. Dans un voyage que

fit Louis XIII, il s'arrêta à Poitiers. Il y eut un grand couvert; on

recherchait avidement alors ces exhibitions de souverain, comparables à

celles des ménageries, sauf l'argent donné à la porte. Une jeune

spectatrice de l'appétit royal avait le sein découvert; Louis XIII,

ayant arrêté un moment sa vue sur cette indignité, enfonça son chapeau

sur ses yeux et les tint baissés pendant tout le reste du dîner.

Jusque-là ce n'était que de la chasteté, voici quelque chose de plus. La

dernière fois que le prince pudibond but, il retint une gorgée de vin

dans sa bouche, puis, visant en chasseur habile, lança cette réserve sur

les appas indiscrètement exposés. La pauvre fille, dégouttante du

liquide projectile, sortit toute confuse et s'évanouit dans la pièce

voisine. Un écrivain jésuite, le père Barri, en rapportant cette

anecdote, assure que «cette _gorge_ découverte méritait bien cette

_gorgée_.» Jeu de mots pitoyable, qui ne persuadera point qu'un

souverain, encore même que ce ne soit pas tout à fait un homme, puisse

se conduire de la sorte avec une femme.

On trouve le quatrain suivant, dans un livre fort rare, intitulé:

_Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant_, et dans le

_Momus Redivivus_, que j'ai déjà cités:

Fille qui fait tétin paroir,

Son corps par étroite vêture,

On se peut bien apercevoir

Que son c.. demande pature.

Claude de Pontoux, poëte et médecin, né en 1530, à Châlons-sur-Saône,

n'a guère chanté que l'amour. Il nous a laissé une chanson que nous

rapportons ici parce qu'elle est relative au sujet que nous traitons:

Ma petite Jeanneton

Me permet bien que je taste

Son beau col et son menton,

Et veut bien que je m'ebaste:

Mais sitôt que je me haste

De ravir le beau bouton

Qui fleurit sur son téton

Et les fraisettes jumelles,

Elle me dit en riant:

Ne touchez pas là, friand;

C'est le joyau des pucelles.

Éloge du sein des femmes Ouvrage curieux · 第 54 / 86 题