Oh! comme je jouirais
De cette métamorphose!
Sur le sein d'une autre Rose
Comme je m'étalerais!
Centuplant pour plaire à Rose,
De mes doux parfums la dose,
Avec plaisir je m'expose,
A mourir sur ses attraits:
Mourir!... oui; mais je suppose
Que je puis d'une autre chose
Prendre encor la forme après. (_bis_.)
[Note 2: Voy. _Le Bouquet de roses, ou le Chansonnier des Grâces_,
première année, Favre, Palais-Égalité.]
Le plaisant et érotique Le Pays, dans la lettre suivante adressée à sa
Caliste, souhaite aussi de mourir sur son sein:
«Quand je sortis hier de chez vous, j'en sortis avec une bonne
résolution de m'aller tuer, afin d'avoir l'honneur de vous plaire une
fois en ma vie, et de vous défaire pour jamais d'une personne
incommode; mais jusques ici je n'ai pas exécuté mon dessein, à cause de
l'embarras où je me suis trouvé à choisir un genre de mort. J'eus
d'abord envie d'imiter feu Céladon, d'amoureuse mémoire, et de m'aller
précipiter dans la rivière; mais j'eus peur que l'eau ne me rejetât sur
les bords, aussi bien que lui, et que je ne fusse recueilli par quelques
nymphes pitoyables qui, malgré moi, me sauvassent la vie. Il me prit
aussi fantaisie de m'aller pendre à votre porte, à l'imitation du
pendart Iphis; mais je m'imaginai que ce seroit vous déshonorer que de
faire un gibet de votre porte; outre que c'est un genre de mort pour
lequel j'ai eu de l'aversion dès le temps que j'étois petit enfant. Je
pensai aussi à m'empoisonner, mais je crus que du poison ne seroit pas
capable de m'ôter la vie, non plus qu'à Mithridate, à cause de la grande
habitude que j'en ai faite. N'étant pas mort depuis si longtemps que je
me nourris de crainte, de chagrin, d'inquiétude et de désespoir, qui
sont les poisons du monde les plus violents, apparemment je ne pourrois
pas mourir pour prendre de l'arsenic ou de l'antimoine. Je n'oubliai pas
aussi qu'un poignard mis dans le sein étoit un bon expédient pour
mourir: mais je crus que je ne devois pas choisir ce genre de mort
qu'avoit choisi une femme qui mourut de regret d'avoir fait une chose
que je meurs de regret de ne pouvoir faire. Mon désespoir est trop
différent de celui de Lucrèce, pour ne pas mourir d'une mort
différente. Enfin, Caliste, j'ai passé la nuit à chercher sans pouvoir
trouver la mort dont je devois mourir. Au reste, ne croyez pas que ce
soit la mort qui m'étonne, ce n'est que la manière de mourir qui
m'inquiète: car, pour vous dire le vrai, après avoir vécu avec tant de
chagrin, je voudrois bien mourir d'une mort qui me donnât un peu de
plaisir. Je viens de penser à une qui seroit très-bien mon affaire: ce
seroit, Caliste, de mourir entre vos bras, _pâmé sur votre sein_. Je
sens bien en mon coeur que je n'ai pas d'horreur pour cette mort comme
pour se noyer, s'empoisonner, se pendre ou se poignarder. Obligez-moi
donc en me laissant mourir de cette sorte; car, puisqu'enfin vous voulez
que je meure, que vous importe que ce soit de douleur ou de plaisir?»
Je serais tenté de croire qu'il y a, dans le charme attaché à une belle
gorge, un talisman, de la magie et de l'enchantement; ce qui pourtant
détruit cette idée, c'est le sonnet suivant, adressé à des belles qui
demandaient un secret, un sortilége et des paroles magiques pour se
faire aimer:
Pourquoi me demander la ruse criminelle
Par quoi l'art des démons met les coeurs dans les fers?
Vous, de qui la magie est blanche et naturelle,
Et fait qu'à vos appas tant de voeux sont offerts.
Par vos charmes vainqueurs l'esprit le plus rebelle
Rend grâces à l'amour des maux qu'il a soufferts,
La flamme de vos yeux est trop pure et trop belle
Pour unir sa puissance à celle des enfers
Ce beau sein qui fait naître et vos lis et vos roses
Forme un enchantement de tant de belles choses,
Que leur force invincible a droit de tout charmer
Mais pour vous mieux servir de leur pouvoir extrême,
Ajoutez seulement ces trois mots: _je vous aime_;
Qui pourrait s'empêcher alors de vous aimer?