Ce fut en 1720 que parut à Amsterdam un volume intitulé les _Tétons_; il
formait la troisième partie d'une série où figuraient déjà les _Yeux_ et
le _Nez_; le frontispice ajoutait qu'il y avait là des «ouvrages
curieux, galants et badins, composés pour le divertissement d'une
certaine dame de qualité, par J. P. N. du C.» Une annonce faite par un
libraire hollandais, en 1721, informe le public que l'auteur se
proposait de passer successivement en revue «toutes les parties du corps
humain;» projet scabreux qu'il n'eut pas le temps d'effectuer ou dont
les difficultés l'arrêtèrent. Diverses indications permettaient
d'ailleurs d'attribuer la rédaction de ce triple recueil à Étienne
Roger, libraire actif, établi à Amsterdam, et qui mettait volontiers la
main aux livres qu'il offrait au public. Toutefois les bibliographes les
plus accrédités mettent l'oeuvre sur le compte de Jean-Pierre-Nicolas
Ducommun, dit Véron, dont les initiales cadrent fort bien avec l'énoncé
du titre, et qui est l'auteur de diverses pièces de vers (fort
médiocres) insérées dans la troisième partie du recueil en question.
Un quart de siècle s'écoula, et le volume mis au jour à Amsterdam
reparut avec le titre suivant: _Éloge des tétons, ouvrage curieux,
galant et badin, en vers et en prose_, publié par ***, Francfort, 1746,
in-8. En 1775, cet _Eloge_ fut derechef réimprimé sous la rubrique de
_Cologne, à l'enclume de vérité_, 1775; on y joignit diverses _pièces
amusantes et la Rinomachie ou Combat des nez_.
Vers la fin du siècle dernier, vivait à Paris un littérateur médiocre,
mais actif, Claude-Francois-Xavier Mercier, surnommé de Compiègne, afin
de le distinguer de divers autres Mercier; il était né dans cette ville
en 1763. Se trouvant sans ressources pendant les orages de la
Révolution, il demanda à sa plume des moyens d'existence; il se fit le
vendeur de ses écrits, et il les multiplia rapidement. Il rédigeait, il
compilait, il traduisait, il composait en prose et en vers une multitude
d'in-18 qui se succédaient avec promptitude et qui portaient souvent
l'empreinte de la rapidité avec laquelle ils étaient élaborés. Mercier
d'ailleurs, il faut le reconnaître, manquait de goût, et son
instruction était fort superficielle. Il a laissé divers écrits dont il
est inutile de rappeler les titres, mais qui excitent, à bon droit, les
craintes du chaste lecteur; il aimait à traiter des sujets bizarres; il
mit en français, en y joignant des additions assez considérables, une
facétie de l'Allemand Rodolphe Goclemin, et il les publia sous le titre
d'_Eloge du pet_, dissertation historique, anatomique et philosophique
sur son origine, son antiquité, ses vertus, sa figure, les honneurs
qu'on lui a rendus chez les peuples anciens et les facéties auxquelles
il a donné lieu (1799, in-18). Longtemps oubliés, les petits volumes
sortis de l'officine de Mercier trouvent aujourd'hui des amateurs
très-disposés à les recueillir; dans le nombre figure l'_Eloge du sein
des femmes_, publié à Paris en 1800; c'est un _riffacimiento_ du volume
dont nous avons mentionné trois éditions antérieures. Mais selon son
usage, Mercier ne s'est point borné à une simple reproduction; il a
supprimé des longueurs, il a ajouté des détails nouveaux, il a inséré
des pièces de vers parmi lesquelles il en est d'assez agréables; il a
remanié la division du texte original, qui se trouve offrir trois
chapitres nouveaux; il a joint à tout ceci une gravure due à un burin
peu exercé qui a reproduit gauchement un dessin lourd et maussade. Il
eût été facile de trouver sans doute un artiste mieux inspiré.
Le petit volume en question est devenu assez rare, surtout en bon état;
nous avons pensé que quelques amateurs feraient bon accueil à une
quatrième édition de cet _Eloge_; ils ne regretteront pas sans doute d'y
trouver une sorte d'anthologie de ce que divers poëtes ont dit à propos
du sein; nous avons dû nous borner à choisir, car si nous avions voulu
tout reproduire, nous aurions grandement dépassé les bornes que nous
avons dû nous prescrire; mais nous espérons que nos recherches, dans des
volumes assez peu connus parfois, nous auront amenés à mettre la main
sur des morceaux gracieux qu'on lira avec plaisir.