Si l'on excepte les épreuves mémorable; d'aviation, jamais peut-être, à
Paris, une manifestation sportive n'attira la même foule, ne suscita le
même enthousiasme que la course cycliste des six jours, organisée au
Vélodrome d'hiver. Imaginée en 1896 par un Américain, cette épreuve
comportait à l'origine une course individuelle de six jours, soit cent
quarante-quatre heures; trois fois, elle fut disputée à New-York dans
ces conditions d'une sévérité outrancière. Depuis plusieurs années la
course a lieu par équipes de deux hommes ayant le droit de se relayer à
leur guise.
Seize équipes, la plupart françaises, quelques-unes belges, américaines,
ou mixtes, prirent le départ lundi 13 janvier, à 6 heures du soir. Ce
nombre était peu à peu réduit à six équipes qui, fait extraordinaire
mais s'étant déjà produit, terminèrent le parcours _ex-aequo_, après
avoir couvert exactement 4.467 kil. 580, ce qui représente 17.870 fois
le tour de la piste de 250 mètres. Pour stimuler l'ardeur des coureurs,
plusieurs spectateurs avaient eu l'idée d'offrir des primes de 100, 200,
500 francs--notre confrère l'_Auto_ alla jusqu'à 1.000 francs--au
coureur terminant en tête tel ou tel tour de piste. Les primes
succédaient aux primes et, à la lueur de milliers de lampes électriques,
l'épreuve s'acheva dans un enthousiasme indescriptible. Mais le résultat
était nul. Une nouvelle course de vitesse, sur dix tours de piste, qui
donna lieu à une lutte passionnante entre les deux champions qui
tenaient la tête, le Français Dupré et l'Australien Goullet, fit
attribuer la victoire à ce dernier.
La foule qui, au cours des six jours, a apporté aux guichets du
vélodrome près de 250.000 francs, acclama le vainqueur et sembla oublier
que, dans l'épreuve réelle des cent quarante-quatre heures, il y a six
ou plutôt douze vainqueurs qui firent preuve d'uni; endurance
mathématiquement égale. Ne sommes-nous pas habitués, en effet, à voir
les grandes victoires sportives reposer sur des fractions de seconde?