On a dit, avec raison, que les victoires des alliés balkaniques peuvent
être attribuées, dans une large mesure, à l'excellente organisation du
service de ravitaillement. Il semble notamment que les Bulgares ont eu à
résoudre, sous ce rapport, des problèmes que nombre d'états-majors
européens eussent considérés comme presque insolubles.
Notre collaborateur, M. de Pennenrun, doit nous conter bientôt la façon
remarquable dont fonctionnèrent les chemins de fer bulgares. Mais, comme
le fait remarquer, dans la _Revue, générale des sciences_, le commandant
Lemarc, l'armée de la Maritza ne put utiliser que peu de temps la voie
ferrée Sofia--Philippopoli--Mustapha-Pacha. Au bout, de quelques jours,
elle se trouva à 90, 100, 150 kilomètres de la ligne.
Comment cette armée put-elle se ravitailler rapidement dans de telles
conditions? Les données sérieuses manquent encore pour l'expliquer. Le
commandant Lemarc nous indique du moins les facilités que put rencontrer
l'état-major et les difficultés qu'il eut à résoudre.
A l'entrée en campagne, l'armée de la Maritza comptait 8 divisions
formant un total de 225.000 hommes, soit à peu près la valeur de cinq
corps d'armée français. Le haut commandement avait, pour assurer la
nourriture du soldat, des ressources de divers ordres: les vivres du
pays, les vivres portés par les hommes, ceux transportés par des
voitures suivant les troupes, et ceux envoyés de l'arrière.
La guerre ayant commencé aussitôt après la récolte, l'armée bulgare
s'est trouvée dans des conditions exceptionnelles pour vivre aux dépens
des pays traversés. Les paysans de Thrace ont, en effet, l'habitude de
conserver d'une récolte à l'autre ce qui est nécessaire à la nourriture
de leur famille et de leurs animaux.
Or, l'expérience apprend que, dans un pays agricole moyennement peuplé,
60 à 70 habitants par kilomètre carré, une zone de 3 kilomètres carrés
au maximum peut faire vivre 1.000 hommes pendant un jour. En Thrace, où
la densité de la population ne dépasse guère 30 habitants par kilomètre
carré, il faudrait une zone de 5 kilomètres carrés. Dès lors, l'armée
bulgare avait besoin d'une zone d'environ 100 kilomètres de longueur sur
30 à 35 kilomètres de profondeur pour s'alimenter durant quatre jours,
sans rien recevoir de l'arrière et sans toucher à ses réserves. Cela
représentait 750 hommes pour 10 kilomètres carrés.
En ce qui concerne la viande, on admet qu'un pays, à moins d'être très
pauvre, possède 10 têtes de gros bétail par kilomètre carré (non compris
les moutons et les porcs). Une zone de 10 kilomètres carrés pouvait donc
fournir 100 têtes qui, à raison de 400 rations par tête, donnaient 4.000
rations pour les 750 hommes occupant cette surface.
[Illustration: Devant le monument de Buzenval: le maire de Rueil
embrassant l'ancienne cantinière du 11e bataillon de marche, Mme
Dietenbek, après lui avoir remis la médaille de 1870.]
Le commandant Lemarc estime que, dans ces conditions, la période de
concentration n'offrait aux Bulgares aucun problème d'alimentation
difficile; l'exploitation des ressources locales pouvait suffire.
Le ravitaillement par convois présentait d'autres difficultés. Disons
seulement qu'en supposant les huit divisions de l'armée de Thrace
éloignées de huit étapes de leur base, il fallait, pour assurer la
nourriture des troupes, 12.800 voitures avec 25.600 animaux de trait.
Examinons maintenant le chapitre des munitions.
Chaque division possédait comme artillerie: