ROBERT VAUCHER.

LES GRANDES PUISSANCES

ET LA TURQUIE

La note collective des grandes puissances qui, ainsi que nous l'avons

indiqué la semaine dernière, conseillait à la Turquie de céder

Andrinople et d'abandonner à l'Europe la solution de la question des

îles, a été remise à la Porte par les ambassadeurs le jour même où

paraissait notre précédent numéro. Les représentants des six grandes

puissances s'étaient donné rendez-vous, le 17 janvier, à 3 heures, à la

Sublime-Porte où le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie

et doyen du corps diplomatique, a pris seul la parole: «Au nom de nos

gouvernements, a-t-il dit au ministre des Affaires étrangères ottoman,

nous avons l'honneur de vous remettre la présente note à laquelle nous

vous prions de répondre le plus tôt possible.»--«Le gouvernement

impérial répondra dans le plus bref délai», dit Noradounghian Gabriel

effendi, en recevant le document.

L'entrevue, très courtoise, ne dura que quelques minutes et les

ambassadeurs se retirèrent, tandis qu'un de nos confrères italiens, le

docteur Renzo Larco, correspondant du _Corriere della Sera_, réussissait

à prendre un cliché du groupe sortant de la, Sublime-Porte.

L'impression générale, sur le moment, était que l'on se heurterait, du

côté du gouvernement turc, à une résistance traduite par un refus poli

de céder Andrinople. Mais ces derniers jours, après la démarche

collective, il semble bien que de nouvelles instances individuelles et

pressantes dis plusieurs des ambassadeurs ont fortement influencé les

ministres ottomans, qui sont maintenant résignés aux suprêmes

sacrifices, le haut conseil de dignitaires et de fonctionnaires convoqué

par le gouvernement s'étant prononcé, comme on le prévoyait, en faveur

de la paix.

Il faut cependant aussi tenir compte, en ces circonstances, du sentiment

de l'armée, dont l'état moral, depuis l'arrivée à Tchataldja d'Enver

bey, de Fethi bey et des héros de Tripoli, se serait complètement

transformé et qui, avec ses 200.000 hommes campés entre Tchataldja et

Gallipoli à moins de 50 kilomètres de Constantinople, constitue une

puissance qu'on ne saurait négliger dans les décisions actuelles.

L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913 · 第 22 / 51 题