L'ACADÉMICIEN

M. Raymond Poincaré est, depuis 1909, membre de l'Académie française où

il a remplacé cet autre Lorrain admirable, Émile Gebhart et où l'a

accueilli M. Ernest Lavisse.

En dehors des classiques thèses de doctorat, en dehors même de son

oeuvre oratoire, plaidoiries, discours politiques, d'une pensée si forte

et d'une forme littéraire si parfaite, il était désigné au choix de

l'illustre Compagnie par un ouvrage qui, sous le titre _Idées

contemporaines_, publié en 1906, contient une série d'études sur des

sujets très divers, du «Courage fiscal» à un «Éloge d'Arago», d'un

chapitre sur «l'Éducation des jeunes filles» à un autre sur «Jeanne

d'Arc et l'idée nationale», où son esprit pénétrant, son talent sobre et

de grand style se montrent sous les aspects les plus variés et les plus

captivants.

Et, détail piquant, celui qui, dans quelques semaines, va porter en

écharpe le grand cordon de la Légion d'honneur n'était, jusqu'à présent,

pas même chevalier de l'ordre... Que, d'ailleurs, on n'en prenne pas

texte pour récriminer contre l'injustice de ceux qui récompensent les

mérites. La vérité est que M. Raymond Poincaré était entré dans la

politique, était ministre même avant l'âge où les plus ambitieux peuvent

songer à la croix,--et qu'une loi sévère interdit aux parlementaires en

fonctions de la recevoir, quels que soient les services qu'ils puissent

rendre à la République.

L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913 · 第 13 / 51 题