Le Plongeon.
Le plongeon est un oiseau de mer, qui nage à la surface de l'eau et qui
disparaît dans les flots à l'instant même où part l'amorce du fusil qui
le vise. Un moment après il relève sa tête et semble braver un autre
coup et défier l'inconstance de l'onde sur laquelle ou dans laquelle il
se joue. Un observateur disait que c'était moins un oiseau aquatique
qu'un oiseau politique.
Le plongeon vole difficilement, et ne parcourt qu'un fort petit espace,
mais il nage au mieux entre deux eaux. Dans les mauvais temps, il
disparaît sous les ondes, et ne montre sa tête que lorsque l'orage est
dissipé, et qu'il y a quelque chose à avaler à la surface plane.
Cet oiseau, dont les plumes sont enduites de la substance huileuse
particulière aux bipèdes de son espèce, change, dit-on, annuellement de
couleur. Celui qu'on a vu blanc une année, paraît noir l'année suivante.
Mais il ne peut changer que d'une de ces couleurs à l'autre. C'est
peut-être un malheur attaché à sa condition; mais tous les êtres ne
peuvent pas prétendre à la commode mobilité des nuances du caméléon ou
de la dorade.
C'est sur les hauts fonds qu'on remarque le plus de plongeons, parce que
là ils atteignent facilement le fond, si la mer est grosse, et sa
surface tranquille si elle est calme. Il y a toujours pour eux un beau
côté dans leur position.
On a remarqué encore qu'ils nagent ordinairement le nez dans le vent:
preuve incontestable qu'ils savent d'où le vent tourne. Est-ce calcul?
est-ce prévision instinctive? Ce n'est pas sur les girouettes qu'ils ne
voient pas qu'ils peuvent se diriger! Il est à croire que les plongeons
sont connaisseurs en vent.
Selon toute probabilité, cet oiseau doit atteindre une extrême
longévité: peu accessible, par l'épaisseur de sa peau, et sa fourrure
graisseuse, à toutes les impressions extérieures, doué de la faculté
d'échapper avec une vitesse comparable à la rapidité de l'éclair, à la
balle qu'on lui destine, quelle cause accidentelle pourrait couper le
fil de ses destinées? Les poissons? il les évite en volant; les oiseaux
de proie? il les brave en plongeant; il n'y a que les indigestions à
craindre pour lui; mais il digère avec chaleur s'il avale avec
gloutonnerie; peu estimé, il ne craint pas les piéges dont l'industrie
du chasseur entoure nos gibiers marins les plus recherchés. Enfin dans
la condition animale du plongeon, je cherche en vain un côté
malheureux, le ciel semble avoir fait pour eux, ce qu'il refuse hélas! à
bien des animaux de mérite, à deux pieds et sans plumes.