_De tous les lambeaux_ arrachés _à l'Empire des Tsars, l'Ukraine est,
sans contredit, de beaucoup le plus précieux. On comprend, dès lors,
que ses maîtres d'autrefois et ses adversaires d'aujourd'hui unissent
leurs efforts, luttent de toute leur énergie, contre le mouvement
national qui pousse le peuple ukrainien à vivre désormais libre et
indépendant._
_Cette lutte, violente sur le territoire de l'Ukraine où le peuple
tout entier, hommes, femmes et enfants doit soutenir des combats
acharnés, se livre en France, surtout à Paris, sous forme d'articles de
journaux, d'informations tendancieuses, et trop souvent mensongères,
de brochures, de mémorandums et de tracts dont le but unique est
d'influencer les membres de la Conférence de la Paix, les hommes d'Etat
de l'Entente et surtout le public français._
_La question ukrainienne est donc à l'ordre du jour: elle semble avoir
remplacé la question balkanique, autrefois si épineuse et comme elle,
donne lieu à des polémiques violentes dont toute courtoisie et tout
sentiment de vérité et de justice semblent bannis._
_Comme de très gros intérêts français sont engagés en Ukraine, que
leur avenir dépend entièrement de la solution qui sera apportée à la
question ukrainienne et comme, d'autre part, il est impossible que
la France prenne à l'égard d'une nation opprimée, une attitude en
contradiction flagrante avec tout son passé historique et nullement
conforme au droit et à la justice, il paraît du devoir de tout Français
revenant de ces régions trop ignorées, non seulement de dire ce qu'il a
vu, mais aussi de formuler un jugement sur les événements qui se sont
déroulés sous ses yeux: le public français pourra alors juger sainement
sur des faits concrets et les hommes politiques qui détiennent en leurs
mains l'honneur de la France pourront faire, en connaissance de cause,
le geste qui s'impose._
_C'est pour remplir ce devoir qu'ont été écrites ces pages, sous
le seul patronage du respect de la vérité et de la plus stricte
impartialité._
Ch. D.
_Paris, le 15 Août 1919._