[439] Op. Cit., V.
[440] Les parents et les proszci ayant achevé le contrat, on convient
du jour où l'époux devra envoyer le cortége nuptial pour recevoir la
prétendue. Dans cet intervalle le fiancé fait choix de deux parents ou
de deux amis, chargés de servir de parrains à sa future; ce sont les
djevers ou _paranymphes_ de l'ancienne Grèce. Il invite également tous
les jeunes gens de sa connaissance qui devront figurer dans le cortége
destiné à aller prendre la fiancée; ce sont les _svati_. Dès l'aube du
jour arrêté pour les épousailles, et même dès la veille, si la
rèsidence de la jeune fille est éloignée, la joyeuse compagnie des
_djevers_ et des _svati_, formée tout entière de cavaliers, quand on
le peut, et emmenant avec elle une monture destinée à la jeune épouse,
après avoir bu le coup de l'étrier, quitte la maison du futur, et,
précédés d'un porte-étendard ou _bariaktar_, chantant, caracolant,
tirant des coups de fusil, se porte à la rencontre d'un cortége
semblable envoyé par les parents de la fille. Au moment où les deux
troupes sont en vue l'une de l'autre, les deux _bariaktari_, se
portant en avant, simulent un combat de quelques instants, puis,
mettant pied à terre, dansent, s'embrassent et déchargent leurs
pistolets. Tous arrivent enfin devant la maison de l'épousée, sur le
seuil de laquelle ils trouvent, prêts à les recevoir, les parents de
la fille, à l'exception toutefois du père et de la mère. Les _djevers_
se présentant alors réclament la mère, l'informent de leur mission, et
demandent qu'il leur soit permis d'emmener la promise. La mère doit
s'opposer à leur dessein, pleurer à la rigueur, jusqu'à ce que, calmée
par les présents qui lui sont offerts, elle accorde un dernier
consentement. Le cortége des _svati_ pénètre alors dans la maison où
se trouve ouvert un coffre, don du fiancé, et géneralement acheté au
bazar de Rieka ou à Scutari. Ce grand bahut, peint en couleurs
voyantes, est destiné a recevoir les cadeaux que chacun se fait un
devoir d'apporter, et consistant en toute espèce d'objets de toilette
ou même d'ustensiles de cuisine, destinés à constituer à la fois et le
trousseau et le ménage de la jeune épouse. Pendant ce temps la mère et
les amies de la jeune fille ont emmené celle-ci, et s'occupent à la
revetir des atours qui ont été préparés, depuis la chemise de fine
soie de Scutari, aux larges manches brodées, jusq'à la _yaketa_ de
velours surchargée d'or. Au frère de la mariée incombe le devoir de
faire tomber de sa tête la kapa, emblème de verginité, qui couvrait
son front de jeune fille, et qui le voile sévère dè l'épouse va
désormais remplacer. Cependant la table est ouverte aux _svati_; les
_handjars_ entament à grands coups les moutons rôtis; le vin, le café
et l'eau-de-vie circulent; et tandis que devant la porte de la maison
retentissent, dans un cercle de danseur, les cris et les arquebusades,
de joyeux _brindisi_ saluent la mariée prête au départ.... Escortée à
droite et à gauche par ses _djevers_ et suivie par les bruyant svati,
la nouvelle épouse gagne enfin la maison où elle va commencer une
nouvelle vie. Sur le seuil de celle-ci elle aperçoit la starictchina
qui vient à sa rencontre, portant dans ses bras un jeune enfant qu'il
offre à ses caresses (conformemente al rito vedico, ed anche al
brettone); cérémonie emblématique et présage heureux des devoirs
maternels qu'elle aura bientôt à remplir. Au tour de sa belle mère de
lui offrir ensuite une pomme qu'elle doit, autant que possible, jeter
pardessus le faîte de la maison; si elle n'y réussit pas, c'est de
moins bon augure. Le cortége tout entier a envahi la maison des époux,
le festin des _svati_ commence, tandis que les djevers vont sans
façons s'asseoir sur le lit nuptial où le mari vient leur offrir les
mets et les libations. A leur tour de s'occuper de la jeune femme, et
de faire pour elle tous les frais de galanterie auxquels le mari, en
qualité de maître, ne saurait condescendre sortout sous des yeux
étrangers. Le soir venu, les parrains accompagnent encore la jeune
femme dans la chambre nuptiale où l'époux se rend à son tour, après
avoir reçu la bènédiction du chef de la famille. Les _djevers_
rejoignent enfin la compagnie joyeuse, qui, rassemblée autour du
foyer, en disperse les tisons et les cendres jusqu'à ce qu'on lui ait
servi l'eau-de-vie et les figues sèches.» Frilley et Wlahovitj. _Le
Montenegro contemporain_; Paris, Plon, 237 e seg.
[441] Cfr. SANT'AGOSTINO. _De Civitate Dei, VII_: «_Sed quid hic
dicam? cum ibi sit et Priapus nimis masculus; super cujus immanissimum
fascinum sedere nova nupta jubebatur, more honestissimo ac
religiosissimo matronarum_».