Je me retrouvai appuyé contre une fontaine de marbre, près de la maison
peinte de tulipes et de papillons jaunes qu'Aziyadé avait habitée;
j'étais assis et la tête me tournait; les maisons sombres et désertes
dansaient devant mes yeux une danse macabre; mon front frappait sur le
marbre et s'ensanglantait; une vieille main noire, trempée dans l'eau
froide de la fontaine, faisait matelas à ma tête ... Alors, je vis la
vieille Kadidja près de moi qui pleurait; je serrai ses mains ridées de
singe;--elle continuait de verser de l'eau sur mon front ...
Des hommes qui passaient ne prenaient pas garde à nous; ils causaient
avec animation, en lisant des papiers qu'on distribuait dans les rues,
des nouvelles de la première bataille de Kars. On était aux mauvais
jours des débuts de la guerre, et les destinées de l'islam semblaient
déjà perdues.