III

Je me retrouvai appuyé contre une fontaine de marbre, près de la maison

peinte de tulipes et de papillons jaunes qu'Aziyadé avait habitée;

j'étais assis et la tête me tournait; les maisons sombres et désertes

dansaient devant mes yeux une danse macabre; mon front frappait sur le

marbre et s'ensanglantait; une vieille main noire, trempée dans l'eau

froide de la fontaine, faisait matelas à ma tête ... Alors, je vis la

vieille Kadidja près de moi qui pleurait; je serrai ses mains ridées de

singe;--elle continuait de verser de l'eau sur mon front ...

Des hommes qui passaient ne prenaient pas garde à nous; ils causaient

avec animation, en lisant des papiers qu'on distribuait dans les rues,

des nouvelles de la première bataille de Kars. On était aux mauvais

jours des débuts de la guerre, et les destinées de l'islam semblaient

déjà perdues.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 187 / 190 题