Quand je remontais sur la place de Mehmed-Fatih, le soleil dorait en
plein l'immense mosquée, les portiques arabes et les minarets
gigantesques. Les oulémas qui sortaient de la prière du soir s'étaient
tous arrêtés sur le seuil, et s'étageaient dans la lumière sur les
grandes marches de pierre. La foule accourait vers eux et les entourait
: au milieu du groupe, un jeune homme montrait le ciel, un jeune homme
qui avait une admirable tête mystique. Le turban blanc des oulémas
entourait son beau front large; son visage était pâle, sa barbe et ses
grands yeux étaient noirs comme de l'ébène.
Il montrait en haut un point invisible, il regardait avec extase dans la
profondeur du ciel bleu et disait:
--Voilà Dieu! Regardez tous! Je vois Allah! Je vois l'Éternel!
Et nous courûmes, Achmet et moi, comme la foule, auprès de l'ouléma qui
voyait Allah.