XIX

La mosquée du sultan Mehmed-fatih (Mehmed le conquérant) nous voit

souvent assis, Achmet et moi, devant ses grands portiques de pierres

grises, étendus tous deux au soleil et sans souci de la vie, poursuivant

quelque rêve indécis, intraduisible en aucune langue humaine.

La place de Mehmed-fatih occupe, tout en haut du vieux Stamboul, de

grands espaces où circulent des promeneurs en cafetans de cachemire,

coiffés de larges turbans blancs. La mosquée qui s'élève au centre est

une des plus vastes de Constantinople et aussi une des plus vénérées.

L'immense place est entourée de murailles mystérieuses, que surmontent

des files de dômes de pierres, semblables à des alignements de ruches

d'abeilles; ce sont des demeures de softas, où les infidèles ne sont

point admis.

Ce quartier est le centre d'un mouvement tout oriental; les chameaux le

traversent de leur pas tranquille en faisant tinter leurs clochettes

monotones; les derviches viennent s'y asseoir pour deviser des choses

saintes, et rien n'y est encore arrivé d'Occident.

Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877. · 第 92 / 190 题