Un attroupement fut aussitôt formé autour de moi; c'était une bande de
ces hommes qui vivent à la belle étoile sur les quais de Salonique,
bateliers ou portefaix, qui désiraient savoir pourquoi j'étais resté à
terre et attendaient là, dans l'espoir que peut-être j'aurais besoin de
leurs services.
Dans ce groupe de Macédoniens, je remarquai un homme qui avait une drôle
de barbe, séparée en petites boucles comme les plus antiques statues de
ce pays; il était assis devant moi par terre et m'examinait avec
beaucoup de curiosité; mon costume et surtout mes bottines paraissaient
l'intéresser vivement. Il s'étirait avec des airs câlins, des mines de
gros chat angora, et bâillait en montrant deux rangées de dents toutes
petites, aussi brillantes que des perles.
Il avait d'ailleurs une très belle tête, une grande douceur dans les
yeux qui resplendissaient d'honnêteté et d'intelligence. Il était tout
dépenaillé, pieds nus, jambes nues, la chemise en lambeaux, mais propre
comme une chatte.
Ce personnage était Samuel.