M. Tittoni, ministre des affaires étrangères italien, et le comte
Goluchowski, ministre des affaires étrangères autrichien, se sont
rencontrés à Venise, le 29 avril. Ils y passèrent une journée ensemble,
visitèrent l'Exposition internationale d'Art, eurent des entretiens
cordiaux, en présence du duc d'Avara, ambassadeur d'Italie à Vienne et
du comte Lützow, ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Rome; enfin M. Tittoni
offrit, en l'honneur du comte Goluchowski, un dîner de vingt-deux
couverts, où des toasts non moins cordiaux furent échangés.
Le ministre de Victor-Emmanuel avait fait, en avril 1904, à Abbazia, une
visite au ministre de François Joseph; son éminent collègue la lui
rendait: rien de plus naturel. Mais peut-on jamais considérer l'entrevue
de deux hommes d'État, de deux hauts diplomates, comme un simple acte de
courtoisie? Le but réel de celle-ci, assurent les gens bien informés,
était de dissiper des malentendus entre les deux puissances.
[BALLES ET ÉCLATS D'OBUS EXTRAITS DU CORPS DES BLESSÉS A L'HOPITAL
JAPONAIS DE MATSUYAMA. _Photographie de notre correspondant J.-C.
Balet._]
Notre correspondant, qui a pu visiter les hôpitaux japonais où sont
soignés les blessés des deux armées, évacués de Mandchourie, a
photographié de nombreuses vitrines semblables. Nous n'en reproduisons
qu'une: elle contient pourtant à elle seule une variété déjà grande des
projectiles que les chirurgiens nippons ont retirés des membres confiés
à leurs soins. Ces informes morceaux de métal, soigneusement étiquetés,
ne sont pas très effrayants à première vue: mais que l'on songe aux
affreuses blessures que chacun d'eux a faites, à la somme de souffrances
qu'ils représentent, et l'on ne pourra plus les regarder sans un frisson
d'horreur.
[Illustration: RETOUR DE MANDCHOURIE.--A la gare de Moscou: transport
d'un blessé à l'hôpital militaire. _Photographie Smirnof._]