H. SPENCER.--_Principes de Sociologie et de Morale._ (Trad.
franç.).
LESTER F. WARD.--_Dynamic Sociology, or applied social science_
(2 vol. New-York 1883).
B. CARNERI.--_Der moderne Mensch. Versuche einer Lebensführung_
(Bonn, 1891.)--_Sittlichkeit und Darwinismus. Drei Bücher Ethik_
(Wien 1871).--_Grundlegung der Ethik_ (Wien
1881).--_Entwickelung und Glückseligkeit_ (Stuttgart, 1886.)
B. VETTER.--_Die moderne Weltanschauung und der Mensch_ (6
Vorträge) 2te Aufl. 1896.
H. E. ZIEGLER.--_Die Naturwissenschaft und die
Socialdemokratische Theorie_ (1894).
OTTO AMMON.--_Die Gesellschaftsordnung und ihre natürlichen
Grundlagen. Entwurf einer Social Anthropologie_ (1895).
P. LILIENFED.--_Socialwissenschaft der Zukunft._ 5 theile
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E. GROSSE.--_Die Formen der Familie und die Formen der
Wirthschaft_ (1896).
F. HANSPAUL.--_Die Seelentheorie und die Gesetze des natürlichen
Egoïsmus und der Anpassung_ (1889).
MAX NORDAU.--_Les mensonges conventionnels de l'humanité
civilisée._ (Trad. franç.)
La vie pratique impose à l'homme une série d'obligations morales,
précises, qui ne peuvent être bien remplies et conformément à la
nature, que lorsqu'elles s'harmonisent avec la conception rationnelle
que l'homme se fait de l'Univers. Il suit de ce principe fondamental
de notre philosophie moniste, que notre _morale_ doit se trouver
d'accord, au point de vue de la raison, avec la conception unitaire du
«Cosmos» que nous avons acquise par la connaissance progressive des
lois de la nature. L'univers infini ne constituant pour notre Monisme
qu'un seul grand Tout, la vie intellectuelle et morale de l'homme ne
forme qu'une partie de ce _Cosmos_ et le réglement conforme à la
nature que nous lui appliquerons ne pourra être qu'unitaire. _Il n'y a
pas deux mondes distincts et séparés_: l'un _physique, matériel_ et
l'autre _moral, immatériel_.
La plupart des philosophes et des théologiens, aujourd'hui encore,
sont d'un tout autre avis; ils affirment avec KANT que le monde moral
est complètement indépendant du monde physique et soumis à de tout
autres lois; par suite, la _conscience morale de l'homme_, en tant que
base de la vie morale, serait complétement indépendante de la
_connaissance scientifique de l'Univers_ et devrait, au contraire,
s'appuyer sur les croyances religieuses. La connaissance du monde
moral doit donc s'effectuer par la _raison pratique_, laquelle croira,
tandis que la connaissance de la Nature ou du monde physique
s'effectuera par la _raison théorique_ pure.
Cet indéniable _dualisme_, dont il eut d'ailleurs conscience, fut la
plus grande et la plus _grave faute_ de KANT; elle a eu, à l'infini,
des suites fâcheuses, suites dont nous nous ressentons encore
aujourd'hui. Tout d'abord, le _Kant critique_ avait édifié le
grandiose et merveilleux palais de la raison pure et montré d'une
façon lumineuse que les trois grands _dogmes centraux de la
Métaphysique_, le dieu personnel, le libre arbitre et l'âme immortelle
n'y pouvaient trouver place nulle part et même qu'on ne pouvait pas
trouver de preuve rationnelle de leur réalité. Mais, plus tard, le
_Kant dogmatique_ construisit, à côté de ce palais de cristal réel de
la raison pure, le château de cartes idéal de la raison pratique,
brillant d'un éclat trompeur, dans lequel on fit trois nefs imposantes
pour abriter ces trois puissantes déesses mystiques. Après avoir été
chassées par la grande porte, par la science rationnelle, elles sont
revenues par la petite porte, introduites par la croyance
antirationnelle.
KANT couronna la coupole de sa grande cathédrale de foi par une
étrange idole, le célèbre _impératif catégorique_, par là,
l'obligation de la loi morale en général est _absolument
inconditionnée_, indépendante de toute considération de réalité ou de
possibilité; elle s énonce ainsi: «Agis toujours de telle sorte que la
maxime de ta conduite (ou le principe subjectif de ta volonté) puisse
être érigée en principe d'une législation universelle». Tout homme
normal devrait, par suite, avoir le même sentiment du devoir qu'un
autre. L'anthropologie moderne a cruellement dissipé ce beau rêve;
elle a montré que, parmi les peuples primitifs, les devoirs étaient
encore bien plus différents que parmi les peuples civilisés. Toutes
les moeurs, tous les usages que nous considérons comme des fautes
répréhensibles ou comme des crimes épouvantables (le vol, la fraude,
le meurtre, l'adultère, etc.) passent chez d'autres peuples, dans
certaines circonstances, pour des vertus ou même pour des devoirs.
Quoique la contradiction manifeste des deux «Raisons» de KANT,
l'antagonisme radical entre la raison _pure_ et la raison _pratique_
ait été reconnue et réfutée dès le commencement du siècle elle a
prévalu jusqu'à ce jour dans de nombreux milieux. L'école moderne des
_Néokantiens_ prêche, aujourd'hui encore, le «retour à Kant» avec
insistance, précisément _à cause de ce dualisme_ bienvenu, et l'Eglise
militante la soutient chaleureusement sur ce point, parce que cela
concorde très bien avec sa propre foi mystique. Une importante défaite
n'a commencé pour celle-ci qu'en la seconde moitié du XIXe siècle,
préparée par la science moderne de la nature; les prémisses de la
doctrine de la raison pratique ont été, par suite, renversées. La
cosmologie moniste a démontré, s'appuyant sur la loi de substance,
qu'il n'y a pas de «Dieu personnel»; la psychologie comparée et
génétique a montré qu'une «âme immortelle» ne peut pas exister et la
physiologie moniste a prouvé que l'hypothèse du «libre arbitre» repose
sur une illusion. Enfin la théorie de l'évolution nous a fait voir que
les «_éternelles lois d'airain de la nature_» qui régissent le monde
inorganique, valent encore dans le monde organique et dans le monde
moral.
Notre moderne connaissance de la Nature, cependant, n'agit pas
seulement sur la philosophie et la morale d'une manière _négative_, en
détruisant le dualisme kantien, elle agit aussi en un sens _positif_,
mettant à sa place le nouvel édifice du _Monisme éthique_. Elle montre
que le _sentiment du devoir_ chez l'homme, ne repose pas sur un
«_impératif catégorique_» illusoire, mais sur le _terrain réel des
instincts sociaux_, que nous trouvons chez tous les animaux supérieurs
vivant en sociétés. Elle reconnaît comme but suprême de la morale
d'établir une saine harmonie entre l'_égoïsme_ et l'_altruisme_, entre
l'amour de soi et l'amour du prochain. C'est avant tout au grand
philosophe anglais, SPENCER, que nous devons l'établissement de cette
morale éthique, par la doctrine de l'évolution.
=Egoïsme et altruisme.=--L'homme fait partie du groupe des _vertébrés
sociables_ et il a, par suite, comme tous les animaux sociables, deux
sortes de devoirs différents: premièrement envers lui-même et
secondement envers la société à laquelle il appartient. Les premiers
sont les commandements de _l'amour de soi_ (égoïsme), les seconds ceux
de _l'amour du prochain_ (altruisme). Ces deux sortes de commandements
naturels sont également légitimes, également normaux et également
indispensables. Si l'homme veut vivre dans une société ordonnée et s'y
bien trouver, il ne doit pas seulement rechercher son propre bonheur,
mais aussi celui de la communauté à laquelle il appartient et celui de
ses «prochains», lesquels constituent cette association sociale. Il
doit reconnaître que leur prospérité fait la sienne et leurs
souffrances les siennes. Cette loi sociale fondamentale est si simple
et d'une nécessité si bien imposée par la nature, qu'il est difficile
de comprendre qu'on la puisse contredire, théoriquement et
pratiquement; et cependant, cela se produit aujourd'hui encore, ainsi
que depuis des années cela s'est produit.
=Equivalence de l'égoïsme et de l'altruisme.=--L'égale légitimité de
ces deux penchants de la nature, l'égale valeur morale de l'amour de
soi et de l'amour du prochain, est le _principe fondamental_ le plus
important de _notre morale_. Le but suprême de toute morale
rationnelle est, par suite, très simple: c'est d'établir un
«_équilibre conforme à la nature entre l'égoïsme et l'altruisme_,
entre l'amour de soi et l'amour du prochain.» La règle d'or de la loi
morale nous dit: «Fais aux autres ce que tu veux qu'ils te fassent».
De ce commandement suprême du Christianisme s'ensuit de soi-même que
nous avons des devoirs aussi sacrés envers nous-mêmes qu'envers notre
prochain. J'ai déjà exposé en 1892, dans mon _Monisme_, la façon dont
je conçois ce principe fondamental et j'ai insisté surtout sur trois
propositions importantes: I. Les deux penchants en lutte sont des
_lois de la nature_ également importantes et également indispensables
au maintien de la famille et de la société; l'égoïsme permet la
conservation de l'_individu_, l'altruisme celle de l'_espèce_
constituée par la chaîne des individus périssables. II. Les _devoirs
sociaux_ que la constitution de la Société impose aux hommes associés
et par lesquels celle-ci se maintient, ne sont que des formes
d'évolution supérieures des _instincts sociaux_ que nous constatons
chez tous les animaux supérieurs vivant en sociétés (en tant
qu'«habitudes devenues héréditaires»). III. Pour tout homme civilisé,
la _morale_, aussi bien pratique que théorique, en tant que «Science
des Normes» est liée à la _conception philosophique_ et, partant,
aussi à la _religion_.
=La loi fondamentale éthique.=--(La loi d'or de la morale). Notre
principe fondamental de la morale étant bien reconnu, il s'ensuit
immédiatement le suprême commandement de cette morale, ce devoir qu'on
désigne souvent aujourd'hui du nom de _loi d'or de la morale_ ou, plus
brièvement de «loi d'or». Le _Christ_ l'a énoncée à plusieurs reprises
par cette simple phrase: _Tu aimeras ton prochain comme toi-même_
(Math., 19, 19; 22, 39, 40: Romains, 139, etc.); l'évangéliste MARC
ajoutait très justement: «Il n'y a pas de plus grand commandement que
celui-ci»; et MATHIEU disait: «Ces deux commandements contiennent
toute la loi et les prophètes». Par ce commandement suprême, notre
_Ethique moniste_ concorde absolument avec la morale _chrétienne_.
Mais nous devons mentionner tout de suite ce fait historique que le
mérite d'avoir posé cette loi fondamentale ne revient pas au Christ,
comme l'affirment la plupart des théologiens chrétiens et comme
l'admettent aveuglément les croyants dépourvus de sens critique.
Cependant cette _règle d'or_ remonte à plus de cinq siècles avant le
Christ et elle avait été proclamée par de nombreux sages de la Grèce
et de l'Orient comme la règle la plus importante de la morale.
PITTAKUS de Mytilène, l'un des sept Sages de la Grèce, disait, 620 ans
avant J.-C.: «Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas
qu'il te fît.--CONFUCIUS, le grand philosophe et fondateur de la
religion de la Chine (qui niait la personnalité de Dieu et
l'immortalité de l'âme), disait 500 ans avant J.-C., «Fais à chacun
ce que tu voudrais qu'il te fît, et ne fais à personne ce que tu ne
voudrais pas qu'il te fît. Tu n'as besoin que de ce seul commandement;
il est _le fondement de tous les autres_.» ARISTOTE enseignait, au
milieu du IVe siècle avant J.-C. «Nous devons nous comporter envers
les autres de la manière dont nous désirons qu'ils se comportent
envers nous.» Dans le même sens et presque dans les mêmes termes, la
règle d'or est encore exprimée par THALÈS, ISOCRATE, ARISTIPPE, le
pythagoricien SEXTUS et autres philosophes de l'antiquité classique,
_plusieurs siècles avant le Christ_. On pourra consulter là-dessus
l'ouvrage excellent de SALADIN: «OEuvres complètes de Jehovah», dont
l'étude ne saurait être trop recommandée à tout _théologien_,
cherchant avec _sincérité_ la vérité. Il ressort de ces rapprochements
que la loi d'or fondamentale a une origine _polyphylétique_,
c'est-à-dire qu'elle a été posée à des époques différentes et en
différents lieux par plusieurs philosophes et indépendamment l'un de
de l'autre. D'autre part il faut admettre que Jésus a emprunté cette
loi à d'autres sources orientales (à des traditions plus anciennes,
sémites, hindoues, chinoises et surtout aux doctrines bouddhistes)
ainsi que la chose est aujourd'hui démontrée pour la plupart des
autres dogmes chrétiens. SALADIN résume les résultats de la théologie
critique moderne, en cette phrase: «Il n'est pas un principe moral,
raisonnable et pratique, enseigné par _Jésus_, qui n'ait pas, déjà
avant lui, été enseigné par _d'autres_.» (Thalès, Solon, Socrate,
Platon, Confucius, etc.).
=Morale chrétienne.=--Puisque la loi éthique fondamentale existe ainsi
depuis deux mille cinq cents ans et puisque le christianisme en a fait
expressément le précepte suprême, comprenant tous les autres, qu'il a
placé en tête de sa morale, il semblerait que notre _Ethique moniste_
concorde absolument sur ce point le plus important, non seulement avec
les antiques doctrines morales du paganisme, mais encore avec celles
du christianisme. Malheureusement cette heureuse harmonie est
détruite par le fait que les Évangiles et les Épîtres de Paul
contiennent beaucoup d'autres doctrines morales qui contredisent
ouvertement ce premier et suprême précepte. Les théologiens chrétiens
se sont, en vain, efforcés de résoudre par d'habiles interprétations
ces contradictions frappantes dont ils souffraient[63]. Nous n'avons
donc pas besoin de nous étendre là-dessus; nous ne ferons qu'indiquer
brièvement ces côtés regrettables de la doctrine chrétienne, qui sont
inconciliables avec la conception moderne, en progrès sur la
chrétienne et qui sont nettement nuisibles, quant à leurs conséquences
pratiques. De ce nombre est le mépris de la morale chrétienne pour
l'individu, pour le corps, la nature, la civilisation, la famille et
la femme.
[63] Cf D. STRAUSS _Gesammelte Schriften_ Auswahl in C. Bänden,
Bonn 1878. SALADIN _Jehovahs Gesammelte Werke_, 1886.
I. _Le mépris de soi-même professé par le christianisme._--La plus
importante et la suprême erreur de la morale chrétienne, qui annule
complètement la règle d'or, c'est l'_exagération_ de l'amour du
prochain aux dépens de l'amour de soi-même. Le christianisme combat et
rejette en principe l'_égoïsme_ et pourtant ce penchant de la nature
est absolument indispensable à la conservation de l'individu; on peut
même dire que l'_altruisme_, son contraire en apparence, n'est au fond
qu'un égoïsme raffiné. Rien de grand, rien de sublime n'a jamais été
accompli sans égoïsme et sans la _passion_ qui nous rend capable des
grands sacrifices. Seules les _déviations_ de ces penchants sont
répréhensibles. Parmi les préceptes chrétiens qui nous ont été
inculqués dans la première jeunesse comme importants entre tous et
dont, dans des millions de sermons, on nous fait admirer la beauté, se
trouve cette phrase (Matth. 5, 44): «Aimez vos ennemis, bénissez ceux
qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, implorez
pour ceux qui vous offensent et vous poursuivent.» Ce précepte est
d'un haut idéal, mais il est aussi contraire à la nature que dénué de
valeur pratique. SALADIN (op. cit. p. 205) dit excellemment: «Faire
cela est injuste, quand bien même ce serait possible; et ce serait
quand bien même impossible, au cas où ce serait juste.» Il en va de
même de l'exhortation: «Si quelqu'un prend ta robe, donne lui aussi
ton manteau»; c'est à dire, traduit en langage moderne: «Si quelque
coquin sans conscience te vole la moitié de ta fortune, donne-lui
encore l'autre moitié» ou bien, transposé en politique pratique:
«Allemands à l'esprit simple, si les pieux Anglais, là-bas en Afrique,
vous enlèvent l'une après l'autre vos nouvelles et précieuses
colonies, donnez-leur, en outre, vos autres colonies--ou mieux encore;
donnez-leur l'Allemagne par-dessus le marché!» Puisque nous touchons
ici à la politique toute-puissante et tant admirée de l'Angleterre
moderne, faisons remarquer, en passant, _la contradiction flagrante_
de cette politique par rapport à toutes les doctrines fondamentales de
la charité chrétienne, que cette grande nation, plus qu'aucune autre,
a toujours _à la bouche_. D'ailleurs le contraste évident entre la
morale recommandée _idéale_ et altruiste, de l'homme _isolé_--et la
morale _réelle_, purement égoïste, des _sociétés_ humaines, et en
particulier des états chrétiens civilisés, est un fait connu de tous.
Il serait intéressant d'établir mathématiquement, à partir de quel
_nombre_ d'hommes réunis, l'idéal moral altruiste de toute personne
prise isolément, se transforme en son contraire, en la «politique
réelle» purement _égoïste_ des états et des nations.
II. _Le mépris du corps professé par le christianisme._--La foi
chrétienne envisageant l'organisme humain d'un point de vue absolument
dualiste et n'assignant à l'âme immortelle qu'un séjour passager dans
le corps mortel, il est tout naturel que la première se soit vu
assigner une bien plus haute valeur que le second. Il s'ensuit cette
négligence des soins du corps, de l'éducation physique et des soins de
propreté, par où le moyen-âge chrétien se distingue, fort à son
désavantage, de l'antiquité classique et païenne. On ne rencontre pas,
dans la doctrine chrétienne, ces préceptes sévères d'ablutions
quotidiennes, de soins minutieux du corps que nous trouvons dans les
religions mahométane, hindoue ou autres, non seulement établis
théoriquement, mais encore pratiquement exécutés. L'idéal du pieux
chrétien, dans beaucoup de cloîtres, c'est l'homme qui jamais ne se
lave, ni ne s'habille soigneusement, qui ne change jamais son froc
quand il sent mauvais, et qui, au lieu de travailler, passe
paresseusement sa vie dans des prières sans pensée, des jeûnes
ineptes, etc. Rappelons enfin comme de monstrueux excès de ce mépris
du corps, les odieux exercices de pénitence des flagellants et autres
ascètes.
III. _Le mépris de la Nature professé par le christianisme._--Une
quantité innombrable d'erreurs théoriques et de fautes pratiques, de
grossièretés admises et de lacunes déplorables, prennent leur source
dans le faux _anthropisme du christianisme_, dans la position
exclusive qu'il assigne à l'homme en tant qu'«image de Dieu», par
opposition à tout le reste de la Nature. Ceci a contribué à amener,
non seulement un éloignement très préjudiciable à l'égard de notre
merveilleuse mère, la «Nature», mais encore un regrettable mépris de
notre part, pour les autres organismes. Le christianisme ignore ce
louable _amour des animaux_, cette pitié envers les mammifères, nos
proches et nos amis (les chiens, les chevaux, le bétail), qui font
partie des lois morales de beaucoup d'autres religions et, avant tout,
de celle qui est le plus répandue, du _bouddhisme_. Ceux qui ont
habité longtemps le sud de l'Europe catholique, ont été souvent
témoins de ces horribles tortures infligées aux animaux et qui
éveillent en nous, leurs amis, la plus profonde pitié et le plus vif
courroux; et s'il leur est arrivé de faire à ces barbares «chrétiens»,
des reproches de leur cruauté, on leur aura fait cette ridicule
réponse: «Quoi, les animaux ne sont pourtant pas des chrétiens!» Cette
erreur, malheureusement, a été confirmée par DESCARTES qui n'accordait
qu'à l'homme une âme sentante et la refusait aux animaux. Le
_darwinisme_ nous enseigne que nous descendons directement des
Primates et, si nous remontons plus loin, d'une série de mammifères,
qui sont «nos frères»; la physiologie nous démontre que ces animaux
possèdent les mêmes nerfs et les mêmes organes sensoriels que nous;
qu'ils éprouvent du plaisir et de la douleur tout comme nous. Aucun
naturaliste moniste, compatissant, ne se rendra jamais coupable envers
les animaux, de ces mauvais traitements que leur inflige étourdiment
le chrétien croyant qui, dans son délire anthropique des grandeurs, se
considère comme l'«enfant du Dieu de l'amour.» En outre, le mépris
radical de la nature prive le chrétien d'une foule des joies
terrestres les plus nobles et avant tout de _l'amour de la Nature_, ce
sentiment si beau et si élevé.
IV.--_Le mépris de la civilisation, professé par le
christianisme._--La doctrine du Christ faisant de la terre une vallée
de larmes, de notre vie terrestre, sans valeur par elle-même, une
simple préparation à la «vie éternelle» dans un au-delà meilleur,
cette doctrine se trouvait logiquement amenée à exiger de l'homme
qu'il renonce à tout bonheur en cette vie et qu'il fasse peu de cas de
tous les _biens terrestres_ qu'on demande à cette existence. Dans ces
«biens terrestres», cependant, rentrent pour l'homme civilisé moderne,
les innombrables secours de la chimie, de l'hygiène, des moyens de
communication qui rendent, aujourd'hui, notre vie civilisée agréable
et plaisante;--dans ces «biens terrestres» rentrent toutes les
jouissances élevées des beaux-arts, de la musique, de la poésie, qui
déjà pendant le moyen âge chrétien (et en dépit de ses principes)
avaient atteint un brillant épanouissement et que nous apprécions si
hautement, en tant que «biens idéals»;--dans ces «biens terrestres»
rentrent enfin les inappréciables progrès de la science et surtout de
la connaissance de la nature dont le développement inespéré permet à
notre XIXe siècle d'être fier à juste titre. Tous ces «biens
terrestres» d'une culture raffinée auxquels nous attachons la plus
haute valeur dans notre conception moniste, sont, dans la doctrine
chrétienne, sans valeur aucune, répréhensibles même en grande partie,
et la morale chrétienne rigoureuse doit désapprouver la recherche de
ces biens, juste autant que notre éthique humaniste l'approuve et la
recommande. Le christianisme se montre donc encore, sur ce domaine
pratique, hostile à la culture, et la lutte que la civilisation et la
science moderne sont obligées de soutenir contre lui, est encore en ce
sens _la lutte pour la civilisation_.
V.--_Le mépris de la famille professé par le christianisme._--Un des
points les plus déplorables de la morale chrétienne, c'est le peu de
cas qu'elle fait de la _vie de famille_, c'est-à-dire de cette vie
commune, conforme à la nature, partagée avec ceux qui nous sont le
plus proches par le sang, et qui est aussi indispensable à l'homme
normal qu'à tous les animaux supérieurs sociables. La «famille» passe
à bon droit chez nous pour la «base de la société» et la vie de la
famille honnête, pour la première condition d'une vie sociale
florissante. Tout autre était l'opinion du Christ, dont le regard,
dirigé vers l'«au-delà», faisait aussi peu de cas de la femme et de la
famille que de tous les autres biens de «cette vie». Les évangiles ne
nous disent que très peu de chose des rares points de contact du
Christ avec ses parents ou ses frères et soeurs; ses rapports avec sa
mère, Marie, n'étaient nullement aussi tendres et intimes que des
milliers de beaux tableaux nous représentent les choses, _embellies
par la poésie_; lui-même n'était pas marié. L'amour sexuel, qui est
pourtant le premier fondement de la constitution de la famille,
semblait plutôt à Jésus un mal nécessaire. Son apôtre le plus zélé,
PAUL, allait plus loin encore, quand il déclarait que ne pas se marier
valait mieux que se marier: «Il est bon pour l'homme de ne point
toucher une femme» (1 Corinth. 7, 1, 28-38). Si l'humanité suivait ce
bon conseil, il est sûr qu'elle serait bientôt délivrée de toute
souffrance et de toute douleur terrestre; par cette cure radicale,
elle s'éteindrait dans l'espace d'un siècle.
VI.--_Le mépris de la femme professé par le christianisme._--Le Christ
lui-même n'ayant pas connu l'amour de la femme, ignora toujours
personnellement ce délicat anoblissement de ce qui fait le fond de la
nature humaine et qui ne jaillit que par une intime communauté de vie
entre l'homme et la femme. Les rapports sexuels intimes, sur lesquels
seuls repose la perpétuité de l'espèce humaine sont aussi importants
pour l'amour élevé, que la pénétration intellectuelle des deux sexes
et le complément réciproque que chacun des deux fournit à l'autre,
tant dans les besoins pratiques de la vie quotidienne, que dans les
fonctions idéales les plus élevées de l'activité psychique. Car
l'homme et la femme sont deux organismes différents mais d'égale
valeur, ayant chacun ses avantages et ses défectuosités. Plus la
culture est allée se développant, plus a été reconnue cette valeur
idéale de l'amour sexuel et plus est allée croissant l'estime pour la
femme, surtout dans la race germanique; n'est-ce pas la source d'où
ont jailli les plus belles fleurs de la poésie et de l'art? Ce point
de vue, au contraire, est resté étranger au Christ, comme à presque
toute l'antiquité; il partageait l'opinion généralement répandue en
_Orient_, selon laquelle la femme est inférieure à l'homme et le
commerce avec elle «impur». La nature offensée s'est terriblement
vengée de ce mépris, dont les tristes conséquences, principalement
dans l'histoire de la civilisation du moyen-âge papiste, sont
inscrites en lettres de sang.
=Morale papiste.=--La merveilleuse hiérarchie du papisme romain, qui
ne négligeait aucun moyen pour s'assurer la domination absolue des
esprits, trouva un excellent instrument dans l'exploitation de cette
idée d'«impureté» et dans la propagation de cette théorie ascétique
que l'abstention de tout commerce avec la femme constituait en
soi-même une vertu. Dès les premiers siècles après Jésus-Christ,
beaucoup de prêtres s'abstinrent volontairement du mariage et bientôt
la valeur présumée de ce _célibat_ augmenta tellement qu'on le déclara
obligatoire. L'immoralité qui, par suite, se propagea, est un fait
universellement connu depuis les recherches récentes de l'histoire de
la civilisation[64]. Dès le Moyen-Age, la séduction des femmes et des
filles honnêtes par le clergé catholique (la confession jouait là un
rôle important) était un sujet public de mécontentement; beaucoup de
communautés insistaient pour que, dans le but d'éviter ces désordres,
on permit aux «chastes» prêtres, le _concubinat_! C'est d'ailleurs ce
qui se produisit, sous diverses formes, souvent fort romantiques.
C'est ainsi, par exemple, que la loi canonique exigeant que la
cuisinière du prêtre n'eût pas moins de quarante ans, fut très
judicieusement «interprétée» en ce sens, que le chapelain prenait deux
«cuisinières», l'une à la cure, l'autre dehors; si l'une avait 24 ans
et l'autre 18, cela faisait en tout 42, c'est-à-dire 2 ans de plus
qu'il n'était nécessaire. Pendant les conciles chrétiens, où les
hérétiques incroyants étaient brûlés vifs, les cardinaux et les
évêques assemblés festoyaient avec toute une troupe de filles de joie.
Les désordres publics et privés du clergé catholique étaient devenus
si impudents et constituaient un danger général si grand, que déjà
avant LUTHER l'indignation était universelle et qu'on réclamait à
grands cris une «Réforme de l'Eglise dans ses chefs et dans ses
membres». On sait d'ailleurs que ces moeurs immorales existent
aujourd'hui encore (quoique plus clandestines) dans les pays
catholiques. Autrefois, on en revenait toujours, de temps à temps, à
proposer la suppression définitive du célibat, par exemple dans les
Chambres du Duché de Bade, de la Bavière, du Hesse, de la Saxe et
d'autres pays. Malheureusement, jusqu'ici, cela a été en vain! Au
Reichstag allemand, où le centre ultramontain propose aujourd'hui les
moyens les plus ridicules pour éviter l'immoralité sexuelle, aucun
parti ne pense encore à demander l'abolition du célibat dans
l'intérêt de la morale publique. Le prétendu _libéralisme_ et la
_social-démocratie_ utopiste briguent les faveurs de ce centre!
[64] CF. Les histoires de la civilisation de Kolb, Hellwald,
Scheer, etc.
L'état civilisé moderne, qui ne doit pas seulement élever à un degré
supérieur la vie pratique du peuple, mais aussi sa vie morale, a le
droit et le devoir de faire cesser un état de choses si indigne et
qui est nuisible à tous. Le _célibat obligatoire_ du clergé catholique
est aussi pernicieux et immoral que la _confession auriculaire_ et le
_commerce des indulgences_; ces trois institutions n'ont _rien_ à voir
avec le _christianisme originel_; toutes trois insultent à la pure
morale chrétienne; toutes trois sont d'indignes inventions du
_papisme_, combinées en vue de maintenir son absolue puissance sur les
masses crédules et de les exploiter matériellement autant que
possible.
La Némésis de l'histoire prononcera tôt ou tard, contre le papisme
romain un châtiment terrible et les millions d'hommes à qui cette
religion dégénérée aura enlevé les joies de la vie, serviront à lui
porter, au XXe siècle, le coup mortel--du moins dans les véritables
«états civilisés». On a récemment calculé que le nombre d'hommes ayant
perdu la vie dans les persécutions papistes contre les hérétiques,
pendant l'Inquisition, les guerres de religion, etc., s'élevait bien
au-delà de dix millions. Mais que signifie ce nombre à coté de celui,
dix fois plus grand, des malheureux qui sont devenus les victimes
_morales_ des règlements et de la domination des prêtres de l'Eglise
chrétienne dégénérée,--à côté du nombre infini de ceux dont la haute
vie intellectuelle a été tuée par cette religion, dont la conscience
naïve a été torturée, la vie de famille brisée par elle? Vraiment, le
mot de GOETHE dans son superbe poème «La fiancée de Corinthe» est bien
digne d'être médité:
«Des victimes tombent; ni l'agneau ni le taureau
Mais _des victimes humaines, spectacle inouï_!»
=Etat et Eglise.=--Dans la grande «_lutte pour la civilisation_» qui,
par suite de ce triste état de choses, doit toujours être poursuivie,
le premier but que l'on devrait se proposer devrait être la
_séparation complète de l'Eglise et de l'Etat_. L'«Eglise libre» doit
exister dans l'«Etat libre», c'est-à-dire toute Eglise doit être libre
dans l'exercice de son culte et de ses cérémonies, de même que dans la
construction de ses poèmes fantaisistes et de ses dogmes
superstitieux--à la _condition_, cependant, qu'elle ne menace pas par
là l'ordre public ni la moralité. Et alors le même droit doit régner
pour tous! Les communautés libres et les sociétés religieuses monistes
doivent être tolérées et laissées libres de leurs actes, tout comme
les associations protestantes libérales ou les communautés
ultramontaines orthodoxes. Mais, pour tous les «croyants» de ces
confessions différentes, la _religion doit rester chose privée_;
l'Etat ne doit que la surveiller et empêcher ses écarts, mais il ne
doit ni l'opprimer ni la soutenir. Avant tout, les contribuables ne
devraient pas être tenus de donner leur argent pour le maintien et la
propagation d'une «_croyance_» étrangère, qui, d'après leur conviction
sincère, n'est qu'une _superstition_ funeste. Dans les Etats-Unis
d'Amérique la «séparation complète de l'Eglise et de l'Etat» est, en
ce sens, depuis longtemps réalisée et cela à la satisfaction de tous
les intéressés. Cela a entraîné, dans ce pays, la séparation non
moins importante de l'Eglise et de l'Ecole, raison capitale,
incontestablement, du puissant essor que la science et la vie
intellectuelle supérieure, en général, ont pris en ces derniers temps
en Amérique.
=Eglise et Ecole.=--Il va de soi que l'abstention de l'Eglise dans les
choses de l'Ecole, ne doit frapper que la _confession_, la forme
spéciale de croyance que le cycle légendaire de chaque Eglise a
constituée au cours du temps. Cet «enseignement confessionnel» est
chose toute privée, c'est un devoir qui incombe aux parents ou aux
tuteurs, ou bien aux prêtres et précepteurs en qui les premiers ont
mis personnellement leur confiance. Mais à la place de la «confession»
éliminée, il reste à l'école deux importants sujets d'enseignement:
premièrement, la morale moniste et secondement, l'histoire comparée
des religions. La nouvelle _Esthétique moniste_, édifiée sur le
fondement solide de la connaissance moderne de la nature--et avant
tout de la _doctrine de l'évolution_--a fourni matière, en ces trente
dernières années, à une littérature très étudiée[65]. Notre nouvelle
_histoire comparée des religions_ se rattache, naturellement, à
l'enseignement élémentaire, tel qu'il existe actuellement, de
l'«histoire de la Bible» et de la mythologie de l'antiquité grecque et
romaine. Tous deux restent, comme jusqu'à ce jour, des éléments
essentiels dans l'éducation de l'esprit. Ce qui se comprend déjà par
ce seul fait, que tout notre _art plastique_, domaine principal de
notre _Esthétique moniste_, est intimement mêlé aux mythologies
chrétienne, hellénique et romaine. Une différence essentielle sera
seule introduite dans l'enseignement: c'est que les légendes et mythes
chrétiens ne seront plus présentés comme des «_vérités_», mais comme
des _fantaisies poétiques_, au même titre que les grecs et les
romains; la haute valeur du contenu éthique et esthétique qu'ils
renferment ne sera pas pour cela diminuée, mais accrue. Quant à la
_Bible_, ce «Livre des livres», elle ne devrait être mise entre les
mains des enfants que sous forme d'extraits soigneusement choisis
(sous forme de «Bible scolaire»); on éviterait ainsi que l'imagination
enfantine ne soit souillée des nombreuses histoires impures et récits
immoraux dont l'Ancien Testament, en particulier, est si riche.
[65] Cf. les ouvrages précédemment cités de _Spencer_, _Carneri_,
_Vetter_, _Ziegler_, _Ammon_, _Nordau_, etc.
=État et École.=--Après que notre État civilisé moderne se sera
délivré et l'École avec lui, des chaînes où l'Église les tenait
esclaves, il ne pourra que mieux consacrer ses forces et ses soins à
l'organisation de l'_école_. Nous avons d'autant mieux pris conscience
de l'inappréciable valeur d'une bonne instruction, qu'au cours du XIXe
siècle, toutes les branches de la culture sont allées se déployant
plus richement et réalisant des progrès plus grandioses. Mais
l'évolution des méthodes d'enseignement est loin d'avoir marché du
même pas. La nécessité d'une _réforme scolaire_ générale se fait
sentir à nous toujours plus vive. Sur cette grave question également
on a beaucoup écrit au cours de ces quarante dernières années. Nous
nous contenterons de relever quelques-uns des points de vue généraux
qui nous ont paru les plus importants: 1º dans l'enseignement tel
qu'on l'a donné jusqu'à nos jours, c'est l'_homme_ qui a joué le rôle
principal et en particulier l'étude grammaticale de sa _langue_;
l'étude de la Nature a été complètement négligée; 2º dans l'école
moderne, la _nature_ deviendra l'objet principal des études; l'homme
devra se faire une idée juste du monde dans lequel il vit; il ne devra
pas rester en dehors de la Nature ou en opposition avec elle, mais il
devra s'apparaître comme son produit le plus élevé et le plus noble;
3º l'étude des _langues classiques_ (latin et grec) qui a absorbé
jusqu'ici la plus grande partie du temps et du travail des élèves,
demeure sans doute précieuse mais doit être fort restreinte et réduite
aux éléments (le grec facultatif, le latin obligatoire); 4º il n'en
faudra cultiver que plus, dans toutes les écoles supérieures, les
_langues modernes_ des peuples civilisés (l'anglais et le français
obligatoires, mais l'italien facultatif); 5º l'enseignement de
l'histoire doit s'attacher davantage à la vie intellectuelle, à la
civilisation intérieure et moins à l'histoire extérieure des peuples
(sort des dynasties, guerres, etc.); 6º les grands traits de la
_doctrine de l'évolution_ doivent être enseignés conjointement avec
ceux de la _cosmologie_, la géologie en même temps que la géographie,
l'anthropologie avec la biologie; 7º les grands traits de la
_biologie_ doivent être possédés par tout homme instruit;
«l'enseignement de la contemplation» moderne favorise l'attrayante
initiation aux sciences biologiques (anthropologie, zoologie,
botanique). Au commencement, on partira de la systématique descriptive
(simultanément avec l'oecologie ou bionomie), plus tard, on y ajoutera
des éléments d'anatomie et de physiologie; 8º en outre tout homme
instruit devra connaître les grands points de la _physique_ et de la
_chimie_, de même que leur validation exacte par les mathématiques; 9º
tout élève devra apprendre à bien _dessiner_ et à le faire d'après
nature; si possible il peindra aussi à l'aquarelle. Les esquisses de
dessins et d'aquarelles d'après nature (de fleurs, d'animaux, de
paysages, de nuages, etc.), éveillent non seulement l'intérêt pour la
Nature et conservent le souvenir du plaisir éprouvé à la contempler,
mais, en outre, ce n'est que comme cela que les élèves apprennent à
bien _voir_ et à _comprendre_ ce qu'ils ont vu; 10º on devra consacrer
beaucoup plus de soin et de temps qu'on ne l'a fait jusqu'ici à
l'_éducation corporelle_, à la gymnastique et à la natation; il y aura
avantage à faire chaque semaine, des _promenades_ en commun et à
entreprendre chaque année, pendant les vacances, plusieurs _voyages à
pied_; la leçon de contemplation, qui s'offrira dans ces
circonstances, aura la plus grande valeur.
Le but principal de la culture supérieure donnée dans les écoles est
resté jusqu'à ce jour, dans la plupart des États civilisés, la
préparation à la profession ultérieure, l'acquisition d'une certaine
dose de connaissances et le dressage aux devoirs de citoyen. L'école
du XXe siècle, au contraire, poursuivra comme but principal, le
développement de la _pensée indépendante_, la claire compréhension des
choses acquises et la découverte de l'enchaînement naturel des
phénomènes. Puisque l'état civilisé moderne reconnaît à tout citoyen
un droit égal à l'éligibilité, il doit aussi lui fournir les moyens,
par une bonne préparation donnée à l'école, de développer son
intelligence afin que chacun l'emploie raisonnablement pour le plus
grand bien de tous.