IV. Le moderne _Pseudo-christianisme_ (au XIXe siècle).

I. Le _christianisme primitif_ embrasse les trois premiers siècles.

Le Christ lui-même, ce prophète noble et illuminé, tout rempli de

l'amour des hommes, était bien au-dessous du niveau de culture de

l'antiquité classique; il ne connaissait que la tradition juive; il

n'a laissé aucune ligne de sa main. Il n'avait, d'ailleurs, aucun

soupçon du degré avancé, auquel la philosophie et la science grecques

s'étaient élevées cinq cents ans déjà avant lui. Ce que nous savons du

Christ et de la doctrine primitive, nous le puisons donc dans les

principaux écrits du Nouveau Testament: d'abord dans les quatre

Évangiles et ensuite dans les lettres de PAUL. Quant aux _quatre

Evangiles canoniques_, nous savons maintenant qu'ils ont été choisis

en 325, au concile de Nicée, par 318 évêques assemblés, parmi un tas

de manuscrits contradictoires et falsifiés, datant des trois premiers

siècles. Sur la première liste d'élection, figuraient quarante

évangiles, sur la seconde, restreinte, quatre restèrent. Comme les

évêques, se disputant, s'injuriant méchamment, ne pouvaient pas

s'entendre sur le choix définitif, on décida (après le _Synodikon_ de

PAPPUS) de laisser un miracle divin décider de ce choix: on posa tous

les livres sous l'autel et l'on pria le Ciel de faire que les écrits

apocryphes d'origine humaine, restassent sous l'autel tandis que les

écrits véridiques, émanés de Dieu lui-même, sautassent au contraire

sur l'autel. Et il en fut ainsi! Les trois Évangiles synoptiques (de

Matthieu, Marc et Lucas, tous trois rédigés non _par_ ces hommes, mais

d'_après_ eux, au commencement du _deuxième_ siècle)--ainsi que le

quatrième Évangile, tout différent (probablement composé d'_après_

Jean, au milieu du IIe siècle)--tous ensemble, ces quatre Évangiles

sautèrent sur la table et devinrent dès lors les bases _authentiques_

(se contredisant en mille endroits!)--de la doctrine chrétienne (cf.

Saladin). Si quelque «incrédule» moderne trouvait incroyable ce _Saut

des livres_ nous lui rappellerions que le tout aussi incroyable

_remuement des tables_ et les _coups frappés par les esprits_ trouvent

encore aujourd'hui, parmi les spirites «cultivés», des millions de

croyants; et des centaines de millions de croyants chrétiens ne sont

pas moins convaincus, à cette heure encore, de leur propre

immortalité, de «la résurrection après la mort» et de la «Trinité de

Dieu»--dogmes qui ne sont ni plus ni moins en contradiction avec la

raison pure que ce merveilleux saut des évangiles manuscrits.

A côté des Evangiles, on sait que les sources principales sont les

quatorze Épîtres différentes (en grande partie falsifiées!) de

l'apôtre PAUL. Les lettres authentiques de Paul (qui d'après la

critique moderne ne sont qu'au nombre de _trois_: celles aux Romains,

aux Galates et aux Corinthiens)--ont toutes été écrites antérieurement

aux quatre Évangiles canoniques et contiennent moins de légendes

miraculeuses incroyables que ceux-ci; on y démêle aussi, plus que dans

ces derniers, un effort pour se concilier avec une conception

rationnelle. Aussi la théologie moderne éclairée, construit-elle, en

partie, son _Christianisme idéal_ en s'appuyant plus sur les lettres

de Paul que sur les Evangiles, ce qui a fait désigner cette théologie

du nom de _Paulinisme_. La personnalité marquante de l'apôtre PAUL,

qui était beaucoup plus instruit et doué d'un sens pratique beaucoup

plus grand que le _Christ_, est intéressante, en outre, au point de

vue _anthropologique_ en ce que les _races originelles_ des deux

grands fondateurs de la religion chrétienne, sont à peu près les

mêmes.

Les parents de PAUL, eux aussi, (d'après les recherches historiques

récentes) appartenaient, le père à la race grecque la mère à la race

juive. Les métis, issus de ces deux races, qui à l'origine sont très

différentes (quoique rameaux, toutes deux, _d'une même espèce: homo

mediterraneus_) se distinguent souvent par un heureux mélange de

talents et de traits de caractère, ainsi qu'en font foi de nombreux

exemples, à une époque ultérieure à celle de Paul et de nos jours

encore. La fantaisie orientale, plastique, des _Sémites_ et la raison

occidentale, critique, des _Ariens_, se complètent souvent d'une façon

avantageuse. C'est ce dont témoigne la doctrine paulinienne qui acquit

bientôt une plus grande influence que la conception primitive du

christianisme originel. Aussi a-t-on voulu voir avec raison dans le

_Paulinisme_ une apparition nouvelle dont le père serait la

philosophie grecque et la mère, la religion juive; un mélange analogue

était déjà apparu dans le _Néoplatonisme_.

En ce qui concerne la doctrine originelle et le but que se proposait

le Christ--de même qu'en ce qui touche à beaucoup de points importants

de sa vie--les opinions des théologiens en conflit ont divergé de plus

en plus à mesure que la critique historique (STRAUSS, FEUERBACH, BAUR,

RENAN, etc.) a remis dans leur vrai jour les faits qu'il lui était

donné de connaître et en a tiré des conclusions impartiales. Ce qui

demeure comme certain, c'est le noble principe de l'amour universel du

prochain et le principe suprême de la morale, qui s'en déduit: la

_règle d'or_--tous deux d'ailleurs connus et pratiqués plusieurs

siècles avant J.-C. (cf. chap. XIX.) Au reste, les _premiers

chrétiens_, ceux des premiers siècles, étaient en grande partie de

simples communistes, en partie des _démocrates-socialistes_ qui,

d'après les principes aujourd'hui en vigueur en Allemagne, auraient

dûs être exterminés par le feu et par le fer.

II. =Le papisme.=--Le _Christianisme latin_ ou _papisme_, l'«Église

catholique romaine», appelée souvent aussi _Ultramontanisme_, ou,

d'après la résidence de son chef, _vaticanisme_ ou plus brièvement

papisme, est, entre tous les phénomènes de l'histoire de la

civilisation humaine, l'un des plus grandioses et des plus

remarquables, une «grandeur de l'histoire universelle», de premier

ordre; en dépit des assauts du temps, elle jouit aujourd'hui encore

d'une immense influence. Sur les 410 millions de chrétiens répandus

actuellement sur la terre, la plus grande moitié, à savoir 225

millions, professent le catholicisme romain, 75 millions seulement le

catholicisme grec et 110 millions sont protestants. Pendant une durée

de douze cents ans, du IVe au XVIe siècle, le papisme a presque

entièrement dominé et empoisonné la vie intellectuelle de l'Europe;

par contre, il n'a gagné que très peu de terrain sur les grands

systèmes religieux anciens de l'Asie et de l'Afrique. En Asie, le

bouddhisme compte, aujourd'hui encore, 503 millions d'adhérents, la

religion de Brahma, 138 millions, l'islamisme 120 millions. C'est

surtout la suprématie du papisme qui a imprimé au _moyen âge_ son

caractère sombre; son vrai sens, c'est la mort de toute libre vie

intellectuelle, le recul de toute vraie science, la ruine de toute

pure moralité. De la brillante splendeur où s'était élevée la vie

intellectuelle dans l'antiquité classique, pendant le premier siècle

avant J.-C. et durant les premiers siècles du christianisme, elle

tombe bientôt, sous le règne du papisme, jusqu'à un niveau qu'on ne

peut caractériser autrement, en ce qui concerne la _connaissance de la

vérité_, que du nom de _barbarie_. On fait bien valoir qu'au moyen

âge, d'autres côtés de la vie intellectuelle trouvèrent un riche

déploiement: la poésie et les arts plastiques, l'érudition

scholastique et la philosophie patristique. Mais cette production

intellectuelle était au service de l'Église régnante et elle était

employée, non comme un levier, mais comme un instrument d'oppression

vis-à-vis de la libre recherche. Le souci exclusif de se préparer à

une «vie éternelle dans l'au-delà» inconnu, le mépris de la nature,

l'aversion pour son étude, inhérents au principe de la religion

chrétienne, devinrent des devoirs sacrés pour la hiérarchie romaine.

Une transformation en mieux n'eut lieu qu'au commencement du XVIe

siècle, grâce à la _Réforme_.

=État arriéré de la culture au moyen âge.=--Nous serions entraînés

trop loin si nous voulions décrire ici le déplorable recul qui s'opéra

dans la culture et dans les moeurs, pendant douze siècles, sous la

domination intellectuelle du papisme. L'illustration la plus frappante

nous en sera fournie par une phrase du plus grand et du plus spirituel

des HOHENZOLLERN: FRÉDÉRIC LE GRAND résumait sa pensée en disant que

l'_étude de l'histoire_ conduisait à cette conclusion que depuis

Constantin jusqu'à l'époque de la Réforme, _l'Univers entier_ avait

été _en proie au délire_. Une courte mais excellente peinture de cette

«période de délire» nous a été donnée en 1887 par BUCHNER dans son

traité sur «les conceptions religieuses et scientifiques». Nous

renvoyons celui qui voudrait approfondir ces questions aux ouvrages

historiques de RANKE, DRAPER, KOLB, SVOBODA, etc. La peinture conforme

à la vérité, que nous donnent ces historiens et d'autres non moins

impartiaux, en ce qui concerne l'horrible état de choses du _moyen âge

chrétien_, est continuée par toutes les sources d'information

véridiques et par les monuments historiques que cette période, la

_plus triste de toutes_, a laissés partout derrière elle. Les

catholiques instruits qui cherchent _loyalement_ la vérité ne

sauraient trop être renvoyés à l'étude de ces sources. Nous devons

d'autant plus insister là-dessus qu'actuellement encore la littérature

ultramontaine exerce une grande influence; le vieil artifice qui

consiste à dénaturer impudemment les faits et à inventer des histoires

miraculeuses pour duper le «peuple croyant», est employé aujourd'hui

encore avec succès par l'ultramontanisme: qu'il nous suffise de

rappeler _Lourdes_ et la «roche sainte» de Trèves (1898). Jusqu'où la

déformation de la vérité peut aller, même dans les ouvrages

scientifiques, c'est ce dont le professeur ultramontain, J. JANSSEN de

Francfort, nous fournit un exemple frappant; ses ouvrages très

répandus (surtout l'«_Histoire du peuple allemand depuis la fin du

moyen âge_», qui a de nombreuses éditions) poussent à un degré

incroyable _l'impudente falsification de l'histoire_[60]. Le mensonge

de ces falsifications jésuitiques marche de pair avec la crédulité et

l'absence de sens critique du simple peuple allemand qui les accepte

comme de l'argent comptant.

[60] _Lenz, «Janssen's Geschichte des deutschen Volks_», 1883.

=Papisme et science.=--Parmi les faits historiques qui démontrent de

la manière la plus éclatante l'odieux de la tyrannie intellectuelle

exercée par l'ultramontanisme, ce qui nous intéresse avant tout c'est

la lutte énergique et méthodiquement menée contre la science comme

telle. Cette lutte, il est vrai, dès son point de départ, était

déterminée par ceci, que le Christianisme plaçait la foi au-dessus de

la raison et exigeait l'aveugle soumission de celle-ci devant la

première; et non moins par cette autre raison que le Christianisme

considérait toute la vie terrestre comme une simple préparation à

l'«au-delà» imaginaire et déniait par conséquent toute valeur à la

recherche scientifique en soi-même. Mais la lutte victorieuse, menée

conformément à un plan, ne commença contre la science qu'au début du

IVe siècle, surtout à la suite du célèbre Concile de Nicée (327),

présidé par l'empereur CONSTANTIN--nommé _le grand_ parce qu'il fit du

Christianisme la religion d'Etat et fonda la ville de Constantinople,

ce qui ne l'empêcha pas d'être un caractère sans valeur, un faux

hypocrite et plusieurs fois assassin. Les succès du papisme dans la

lutte contre toute pensée et toute recherche scientifique

indépendantes sont bien mis en lumière par l'état déplorable de la

connaissance de la nature et de la littérature s'y rapportant, au

moyen âge. Non seulement les riches trésors intellectuels légués par

l'antiquité classique furent en grande partie détruits ou soustraits à

la publicité, mais, en outre, des bourreaux et des bûchers veillaient

à ce que chaque «hérétique», c'est-à-dire tout penseur indépendant,

gardât pour soi ses pensées raisonnables. S'il ne le faisait pas, il

devait s'attendre à être brûlé vif, ce qui fut le sort du grand

philosophe moniste GIORDANO BRUNO, du réformateur $1 et de plus de

cent mille autres «témoins de la vérité». L'histoire des sciences au

moyen âge nous apprend, de quelque côté que nous nous tournions, que

la pensée indépendante et la recherche scientifique, empirique, sont

restées pendant douze tristes siècles, réellement enterrées sous

l'oppression du tout-puissant papisme.

=Papisme et Christianisme.=--Tout ce que nous tenons en haute estime

dans le véritable christianisme, selon l'esprit de son fondateur et

des successeurs les plus élevés de celui-ci et ce que, dans la ruine

inévitable de cette «religion universelle», nous cherchons à sauver en

le transportant dans notre religion moniste,--tout cela appartient au

côté _éthique et social_ du Christianisme. Les principes de la

véritable humanité, de la règle d'or, de la tolérance, de l'amour du

prochain au sens le meilleur et le plus élevé du mot: tous ces beaux

côtés du Christianisme n'ont sans doute pas été inventés ni posés pour

la première fois par lui, mais ils ont été mis en pratique avec succès

lors de cette période critique pendant laquelle l'antiquité classique

marchait à sa dissolution. Pourtant le papisme a su trouver le moyen

de transformer toutes ces vertus en leur _contraire_ direct, tout en

conservant l'_ancienne enseigne_. A la place de la charité chrétienne

s'installa la haine fanatique contre tous ceux dont les croyances

étaient différentes; le feu et le fer furent employés à exterminer non

seulement les païens, mais aussi ces sectes chrétiennes qui puisaient

dans une meilleure instruction des objections qu'elles osaient élever

contre les dogmes de la superstition ultramontaine qui leur étaient

imposés. Partout en Europe florissaient les tribunaux de l'Inquisition

réclamant d'innombrables victimes dont les tortures procuraient un

plaisir particulier à ces pieux bourreaux tout pénétrés d'un

«fraternel amour chrétien». La puissance papale à son apogée fit rage

pendant des siècles, sans pitié pour tout ce qui était un obstacle à

sa suprématie. Sous le célèbre Grand Inquisiteur Torquemada (1481 à

1498), rien qu'en Espagne, huit mille hérétiques furent brûlés vifs,

quatre-vingt-dix mille eurent leurs biens confisqués et furent

condamnés aux pénitences publiques les plus irritantes,--tandis qu'aux

Pays-Bas, sous le règne de Charles-Quint, cinquante mille hommes au

moins tombaient, victimes de la soif sanguinaire du clergé. Et pendant

que les hurlements des martyrs emplissaient l'air, à Rome, dont le

monde chrétien tout entier était tributaire, les richesses de la

moitié de l'univers venaient affluer et les prétendus représentants

de Dieu sur terre, ainsi que leurs suppôts (eux-mêmes, souvent

poussant l'athéisme à ses derniers degrés) se vautraient dans les

débauches et les crimes de toutes sortes. «Quels avantages», disait

ironiquement le frivole et syphilitique pape Léon X, «nous a pourtant

valus cette _fable de Jésus-Christ_!» En dépit de la dévotion à

l'Eglise et de la dévotion à Dieu, la condition de la société en

Europe était déplorable. Le féodalisme, le servage, les ordres

mendiants et le monarchisme régnaient par tout le pays et les pauvres

hilotes étaient heureux lorsqu'il leur était permis d'élever leurs

misérables huttes sur les terres appartenant aux châteaux ou aux

cloîtres de leurs oppresseurs et exploiteurs laïques et

ecclésiastiques. Nous souffrons aujourd'hui encore des restes et des

suites douloureuses du triste état de choses d'alors, de cette époque

où il ne pouvait être question qu'exceptionnellement et en cachette de

l'intérêt de la science et d'une haute culture intellectuelle.

L'ignorance, la pauvreté et la superstition se joignaient au

déplorable effet du _célibat_, introduit au XIe siècle, pour fortifier

toujours davantage la puissance absolue de la papauté (BÜCHNER). On a

calculé que pendant cette période d'éclat du papisme, plus de dix

millions d'hommes avaient été victimes des fanatiques haines de

religion de la _charité chrétienne_; et à combien de millions a dû

s'élever le nombre des victimes humaines qu'ont faites le _célibat_,

la _confession auriculaire_, l'_oppression des consciences_, ces

institutions préjudiciables et maudites entre toutes, de l'absolutisme

papiste! Les philosophes «incrédules» qui ont réuni les preuves

_contre_ l'existence de Dieu en ont oublié une des plus fortes: le

fait que les _représentants du Christ_ à Rome ont pu impunément,

pendant douze siècles, exercer les pires crimes et commettre les pires

infamies _au nom de Dieu_.

II. =La Réforme.=--L'histoire des peuples civilisés que nous appelons

d'ordinaire «histoire universelle», fait commencer sa troisième

période, les «temps modernes», avec la Réforme de l'Eglise chrétienne,

comme elle fait commencer le moyen âge avec la fondation du

Christianisme: elle a en cela raison, car avec la Réforme commence la

_renaissance de la raison enchaînée_, le réveil de la science, que la

poigne de fer du papisme chrétien avait comprimée pendant douze cents

ans. La propagation générale de la culture avait déjà commencé, il est

vrai, vers le milieu du XVe siècle, grâce à l'imprimerie et vers la

fin du même siècle, plusieurs grands événements, surtout la découverte

de l'Amérique (1492), vinrent se joindre à la _Renaissance_ des arts

pour préparer aussi la Renaissance des sciences. En outre, de la

première moitié du seizième siècle, datent des progrès infiniment

importants, dans la connaissance de la Nature, qui sont venus ébranler

dans ses fondements la conception régnante: tels la première

navigation autour de la terre par MAGELLAN, qui fournit la preuve

empirique de la forme sphérique de notre planète (1522), puis la

fondation du nouveau système cosmique par COPERNIC (1543). Mais le 31

octobre 1517, jour où MARTIN LUTHER cloua ses 95 thèses sur la porte

de bois de l'église du château de Wittenberg, n'en reste pas moins un

jour marquant dans l'histoire universelle; car Luther brisait la porte

de fer du cachot dans lequel l'absolutisme papiste avait tenu pendant

douze cents ans la raison enchaînée. Les mérites du grand réformateur

qui traduisit la Bible à la Wartburg ont été en partie exagérés, en

partie méconnus; on a d'ailleurs fait ressortir avec raison combien

LUTHER, pareil en cela aux autres réformateurs, était encore resté

captif de la superstition. C'est ainsi que, de toute sa vie il ne put

s'affranchir d'une croyance figée à la lettre de la Bible; il défendit

chaleureusement les dogmes de la résurrection, du péché originel et de

la prédestination, le salut par la foi, etc. Il rejeta comme une

sottise la puissante découverte de COPERNIC parce que dans la Bible

«Josué ordonne au Soleil de s'arrêter et non à la Terre».

Il ne prenait aucun intérêt aux grandes révolutions politiques de son

temps, le grandiose et si légitime mouvement des paysans, en

particulier, le laissa complètement indifférent. Le fanatique

réformateur de Genève, CALVIN, fit pis encore en faisant brûler vif le

remarquable médecin espagnol SERVETO (1553) parce qu'il avait attaqué

la croyance inique en la Trinité. D'ailleurs, les «orthodoxes»

fanatiques de l'Eglise réformée ne s'engagèrent que trop souvent dans

les sentiers ensanglantés tracés par leurs ennemis mortels, les

papistes, ainsi qu'ils le font encore aujourd'hui. Malheureusement

aussi la Réforme entraîna bientôt à sa suite des cruautés inouïes: la

nuit de la Saint-Barthélemy et la persécution des Huguenots en France,

les sanglantes chasses aux hérétiques en Italie, de longues guerres

civiles en Angleterre, la guerre de Trente ans en Allemagne. Mais les

XVIe et XVIIe siècles gardent malgré tout la gloire d'avoir les

premiers rouvert librement la route à la pensée humaine et d'avoir

délivré la raison de l'oppression étouffante de la domination papiste.

C'est seulement grâce à cela que redevint possible le riche

déploiement, en des directions diverses, de la critique philosophique

et de l'étude de la nature, qui a valu au siècle suivant le glorieux

nom de _siècle des lumières_.

IV. =Le pseudo-christianisme du XIXe siècle.=--Dans une quatrième et

dernière période de l'histoire du Christianisme, notre XIXe siècle

vient s'opposer aux précédents. Si pendant ceux-ci déjà, les

_lumières_ venues de toutes les directions avaient fait avancer la

philosophie critique et si les sciences naturelles florissantes

avaient déjà fourni à cette philosophie les armes empiriques les plus

redoutables, cependant, dans les deux directions, le progrès accompli

durant notre XIXe siècle nous paraît encore colossal. Avec ce siècle

recommence une période toute nouvelle de l'histoire de l'esprit

humain, caractérisée par le développement de la _philosophie naturelle

moniste_. Dès le début du siècle furent posés les fondements d'une

anthropologie nouvelle (par l'anatomie comparée de CUVIER) et d'une

nouvelle biologie (par la «philosophie zoologique» de LAMARCK). Ces

deux grands Français furent bientôt suivis par deux de leurs pairs

allemands, BAER, le fondateur de l'embryologie (1828) et J. MÜLLER

(1834), le fondateur de la morphologie et de la physiologie comparées.

Un élève de celui-ci, TH. SCHWANN, posa en 1838, avec M. SCHLEIDEN la

théorie cellulaire, fondamentale. Auparavant déjà (1830), LYELL avait

ramené l'histoire de l'évolution de la terre à des causes mécaniques

et confirmé par là, en ce qui concerne nos planètes, la valeur de

cette cosmogénie mécanique que KANT, en 1755, avait déjà ébauchée

d'une main hardie. Enfin, R. MAYER et HELMHOLZ (1842) établirent le

principe de l'énergie qui complétait, comme sa seconde moitié, la

grande loi de substance dont la première moitié, la constance de la

matière, avait déjà été découverte par LAVOISIER. Tous ces aperçus

profonds sur l'essence intime de la Nature reçurent leur couronnement,

il y a quarante ans, par la nouvelle théorie de l'évolution de CH.

DARWIN, le plus grand événement du siècle pour la philosophie de la

Nature (1859).

Comment se comporte maintenant, en face de ces immenses progrès dans

la connaissance de la nature, dépassant de si loin tout ce qui avait

été fait jusqu'alors, le _Christianisme moderne_? D'abord, et c'était

naturel, l'abîme s'est creusé de plus en plus profond entre ses deux

directions principales, entre le _papisme_ conservateur et le

_protestantisme_ progressiste. Le clergé ultramontain et, d'accord

avec lui, l'«Alliance Evangélique» orthodoxe, devaient naturellement

opposer la résistance la plus vive à ces grandes conquêtes du libre

esprit; ils s'entêtaient, indemnes, dans leur rigoureuse croyance

littérale et réclamaient la soumission absolue de la raison à leur

dogme. Le _protestantisme_ libéral, par contre, se réfugiait de plus

en plus dans un panthéisme moniste et s'efforçait de réconcilier les

deux principes opposés; il cherchait à allier l'inévitable réalité des

lois naturelles démontrées empiriquement, avec une forme de religion

épurée dans laquelle, il est vrai, ne restait presque plus rien d'une

doctrine proprement dite. Entre les deux extrêmes, de nombreux essais

de compromis s'intercalaient; mais au-dessus d'eux pénétrait toujours

plus avant cette conviction que le christianisme dogmatique, en

général, avait perdu toutes ses racines et qu'il n'y avait plus qu'à

sauver sa grande valeur éthique en la transportant dans la nouvelle

religion moniste du XXe siècle. Mais comme, en même temps, les formes

extérieures de la religion chrétienne régnante survivaient, comme

elles étaient même, en dépit des progrès de révolution politique,

rattachées de plus en plus étroitement aux besoins pratiques de

l'Etat,--il se développa cette forme de conception religieuse, si

répandue dans les milieux instruits, que nous ne pouvons désigner

autrement que du nom de _Pseudo-christianisme_--«mensonge religieux»,

au fond, de la nature la plus douteuse. Les grands dangers qu'entraîne

à sa suite ce profond conflit entre les convictions véritables et les

fausses manifestations des modernes Pseudo-chrétiens ont été

excellemment décrits par M. NORDAU dans son intéressant ouvrage: _Les

mensonges conventionnels de l'humanité civilisée_ (12e édition 1886).

Au milieu de l'insincérité manifeste du Pseudo-christianisme régnant,

c'est un fait appréciable pour le progrès de la connaissance de la

nature fondée sur la raison, que son adversaire le plus décidé et le

plus puissant, le _papisme_, ait rejeté, vers le milieu du siècle, le

vieux masque d'une prétendue haute culture intellectuelle pour

déclarer à la _science_ indépendante, un combat «question de vie ou de

mort». Il y eut ainsi trois importantes déclarations de guerre faites

à la raison, pour lesquelles la science et la culture modernes ne

peuvent qu'être reconnaissantes envers le «représentant du Christ» à

Rome, car ces attaques ont été aussi décisives que peu ambiguës: I. En

décembre 1854, le pape proclama le dogme de _l'Immaculée conception de

Marie_. II. Dix ans plus tard, en décembre 1864, le «Saint Père»

prononça dans _l'encyclique_ célèbre, un _jugement de damnation

plénière sur toute la civilisation et toute la culture intellectuelle

modernes_; dans le _syllabus_ qui accompagnait l'encyclique, le pape

énumérait et anathémisait l'une après l'autre les affirmations de la

raison et les principes philosophiques que la science moderne tient

pour des _vérités_ claires comme le jour. III. Enfin six ans plus

tard, le 13 juillet 1870, le belliqueux prince de l'Eglise mettait le

comble à son extravagance, en prononçant pour lui et pour tous ceux

qui l'avaient précédé dans ses fonctions papales _l'infaillibilité_.

Ce triomphe de la curie romaine fut annoncée au monde stupéfait, cinq

jours plus tard, le 18 juillet 1870, en ce jour mémorable où la France

déclarait la guerre à l'Allemagne! Deux mois après, à la suite de

cette guerre, le pouvoir temporel du pape était supprimé.

=Infaillibilité du pape.=--Ces trois actes, essentiels entre tous, de

la part du papisme au XIXe siècle, étaient si manifestement des coups

de poing donnés en plein visage à la raison qu'ils ont, dès le début,

soulevé les plus grandes hésitations dans le sein même du catholicisme

orthodoxe. Lorsque le Concile du Vatican se réunit le 13 juillet 1870

pour voter, au sujet du dogme de _l'infaillibilité_, les trois quarts

seulement des princes de l'Eglise se prononcèrent en faveur de ce

dogme, à savoir 451 votants sur 601; il manquait, en outre, beaucoup

d'autres évêques qui avaient voulu se soustraire à ce vote dangereux.

Pourtant on s'aperçut bientôt que le pape, rusé connaisseur des

hommes, avait calculé plus juste que les «catholiques réfléchis» et

timorés; car, dans la masse ignorante et crédule, ce dogme monstrueux

fut accueilli aveuglément.

_L'histoire de la papauté_ tout entière, telle qu'elle ressort

nettement tracée de milliers de sources dignes de foi et de documents

historiques d'une évidence palpable, apparaît à tout juge impartial

comme un tissu de mensonges et d'impudences, comme un effort sans

scrupule pour conquérir l'absolue domination intellectuelle avec la

puissance temporelle, comme la dénégation frivole de tous les

commandements moraux élevés, prescrits par le véritable christianisme:

Amour du prochain et patience, véracité et chasteté, pauvreté et

renoncement. Si l'on applique à la longue série des papes et des

princes de l'Eglise romaine parmi lesquels on les choisissait, la

mesure de la pure morale chrétienne, il ressort clairement que la

plupart de ces hommes étaient d'impudents et fourbes charlatans, et

beaucoup d'entre eux des criminels méprisables. Ces _faits

historiques_ bien connus n'empêchent pourtant pas qu'aujourd'hui

encore, des millions de catholiques croyants et «instruits» ne croient

à «l'infaillibilité» que ce «saint père» s'est octroyée à lui-même;

cela n'empêche pas, aujourd'hui encore, des princes protestants

d'aller à Rome témoigner leur vénération au «Saint Père» (leur ennemi

le plus dangereux); cela n'empêche pas aujourd'hui encore, dans

l'empire allemand, les valets et les suppôts de ce «Saint Charlatan»

de décider des destinées du peuple allemand--grâce à son incroyable

incapacité politique et à sa crédulité sans critique!

=Encyclique et Syllabus.=--Des trois grands actes d'autorité par

lesquels nous avons vu le papisme moderne, en la seconde moitié du

XIXe siècle, essayer de sauver et d'affermir son autorité absolue, le

plus intéressant pour nous est la proclamation de l'_encyclique_ et du

_Syllabus_ (décembre 1864); car dans ces pièces mémorables, la raison

et la science se voient refuser toute activité indépendante et l'on

exige leur absolue soumission à la «foi qui seule sauve» c'est-à-dire

aux décrets du «pape infaillible». L'incroyable agitation provoquée

par cette impudence sans borne dans tous les milieux cultivés où l'on

pense avec indépendance, correspondait bien au contenu inouï de

l'encyclique; une excellente discussion nous a été donnée de sa portée

politique et intellectuelle par DRAPER, dans son _Histoire des

conflits entre la religion et la science_ (1875).

=Immaculée conception de la Vierge Marie.=--Ce dogme paraît peut-être

de moindre conséquence et moins effrontément hardi que celui de

l'infaillibilité du pape. Cependant la plus grande importance est

attachée à cet article de foi, non seulement par la hiérarchie

romaine, mais aussi par une partie du protestantisme orthodoxe (par

exemple l'alliance évangélique). Ce qu'on appelle le _Serment

d'immaculation_ c'est-à-dire l'affirmation par _serment_ de la foi en

l'immaculée conception de Marie est encore un devoir sacré pour des

millions de chrétiens! Beaucoup de croyants réunissent sur ce point

deux idées: ils prétendent que la mère de la Vierge Marie a été

fécondée par le «Saint Esprit» comme Marie elle-même. Par suite, cet

étrange Dieu aurait vécu à la fois avec la mère et avec la fille dans

les rapports les plus intimes; il devrait, par suite, être son propre

beau-père (SALADIN). La théologie critique et comparée a récemment

démontré que ce mythe, comme la plupart des autres légendes de la

mythologie chrétienne, n'était aucunement original, mais avait été

emprunté à des religions plus anciennes, en particulier au

_bouddhisme_. Des fables analogues étaient déjà très répandues

plusieurs siècles avant la naissance du Christ, dans l'Inde, en Perse,

en Asie Mineure et en Grèce. Lorsque des filles de roi ou autres

jeunes filles de haute condition, sans être légitimement mariées,

donnaient le jour à un enfant, on désignait comme le père de ce

rejeton illégitime un «Dieu» ou un «demi-Dieu», qui était en ce cas le

mystérieux «Saint Esprit».

Les dons tout particuliers de l'esprit ou du corps qui distinguaient

souvent ces «enfants de l'amour» des enfants des hommes ordinaires,

étaient en même temps expliqués partialement par l'_hérédité_. Ces

éminents «fils des dieux» jouissaient, tant dans l'antiquité qu'au

moyen âge, d'une haute considération, tandis que le code moral de la

civilisation moderne leur impute, comme une flétrissure, le manque de

parents «légitimes». Cela s'applique encore bien davantage aux «filles

des dieux», quoique ces pauvres jeunes filles soient tout aussi

innocentes du fait qu'il manquait un titre à leur père. D'ailleurs,

tous ceux qui se sont délectés des beautés de la mythologie de

l'antiquité classique savent que ce sont précisément les prétendus

fils et filles des «dieux» grecs et romains, qui se sont le plus

rapprochés de l'idéal suprême du pur type humain; qu'on pense à la

nombreuse famille légitime et à la famille illégitime plus nombreuse

encore de Zeus, père des dieux (Cf. SHAKESPEARE)!

En ce qui concerne spécialement la fécondation de la Vierge Marie par

le Saint-Esprit, nous sommes renseignés par le témoignage des

Évangiles eux-mêmes. Les deux Évangélistes qui seuls nous en parlent,

MATTHIEU et LUCAS s'accordent pour nous raconter que Marie, la Vierge

juive, était fiancée au charpentier Joseph, mais devint enceinte sans

qu'il y fût pour rien et «par l'opération du Saint-Esprit». MATTHIEU

dit expressément (Chap. I., vers. 19): «Cependant Joseph, son époux,

était pieux et ne voulait pas la perdre de réputation, mais il

songeait à la quitter secrètement; il ne fut apaisé que lorsque

«l'ange du Seigneur» lui annonça: «Ce qui a été conçu en elle, l'a été

par le Saint-Esprit.» LUCAS est plus explicite (Chap. I, vers. 26-38);

il nous raconte l'annonciation faite à Marie par l'archange Gabriel

«L'esprit saint descendra sur toi et la force du Très Haut te couvrira

de son ombre»--à quoi Marie répond: «Voici, je suis la servante du

Seigneur, qu'il soit fait selon ce que tu dis». Ainsi qu'on sait,

cette visite de l'ange Gabriel et son Annonciation ont fourni à

beaucoup de peintres le sujet d'intéressants tableaux. SVOBODA nous

dit: «L'archange parle ici avec une exactitude que la peinture, par

bonheur, ne pouvait pas reproduire. Nous avons un cas nouveau

d'anoblissement d'un sujet prosaïque tiré de la Bible, par les arts

plastiques. Il s'est, d'ailleurs trouvé des peintres dont les toiles

ont rendu facile la compréhension des considérations embryologiques de

l'archange Gabriel.»

Ainsi que nous l'avons dit, les quatre Evangiles canoniques qui,

seuls, ont été reconnus pour authentiques par l'Eglise chrétienne et

qui ont été élevés au rang de fondements de la foi, ont été choisis

arbitrairement parmi un nombre beaucoup plus grand d'Evangiles dont

les données précises ne se contredisent pas moins entre elles que les

légendes des quatre autres. Les Pères de l'Église eux-mêmes ne

comptent pas moins de 40 à 50 de ces Évangiles inauthentiques ou

apocryphes; quelques-uns existent encore en grec et en latin, tels

l'Évangile de Jacob, celui de Thomas, de Nicodème, etc. Les récits que

font ces Évangiles apocryphes sur la vie de Jésus, en particulier sur

sa naissance et sur son enfance, peuvent prétendre tout autant (ou

plutôt tout aussi peu) à la véracité historique, que ceux que nous

fournissent les quatre Évangiles canoniques, prétendus «authentiques».

Or il se trouve dans un de ces Évangiles apocryphes un récit

historique, confirmé d'ailleurs par le _Sepher Toldoth Jeschua_ et qui

nous donne, probablement, une solution toute naturelle de l'_énigme_

de la conception surnaturelle et de la naissance du Christ. Cet

historien raconte, très franchement, en une phrase, l'anecdote

singulière qui contient cette solution: «JOSEPHUS PANDERA, chef romain

d'une légion calabrienne établie en Judée, séduisit _Mirjam_ de

Bethléem, une jeune fille hébraïque, et devint le _père de Jésus_».

D'autres récits du même auteur sur _Mirjam_ (le nom hébraïque de

_Marie_) rendent bien équivoque la réputation de la «pure reine du

Ciel»!

Naturellement ces récits historiques sont soigneusement passés sous

silence par les théologiens officiels, car ils s'accorderaient mal

avec le mythe traditionnel et lèveraient le voile qui recouvre le

secret de ce mythe, d'une façon trop simple et trop naturelle. La

_recherche objective de la vérité_ n'en a que d'autant plus le droit,

et la _raison pure_ le devoir sacré, de faire de ces récits importants

un examen critique. Il en résulte qu'ils peuvent, à beaucoup plus

juste titre que les autres récits, prétendre à la véracité en ce qui

concerne les origines du Christ. Ne pouvant, au nom des principes

scientifiques connus, que repousser la conception surnaturelle par

l'«ombre protectrice du Très Haut,» comme un pur mythe, il ne reste

plus que l'opinion très répandue de la «théologie rationnelle»

moderne, à savoir que le charpentier juif, _Joseph_, aurait été le

père réel du Christ. Mais cette opinion est expressément contredite

par plusieurs passages de l'Évangile; le Christ lui-même était

persuadé d'être le _Fils de Dieu_ et n'a jamais reconnu son père

adoptif, Joseph, comme l'ayant engendré. Quant à Joseph, il songea à

quitter sa fiancée Marie lorsqu'il s'aperçut qu'elle était enceinte

sans qu'il y fût pour rien. Il ne renonça à ce projet qu'après qu'_en

rêve_ un «ange du Seigneur» lui fût apparu et l'eût tranquillisé.

Ainsi que Matthieu le fait remarquer expressément (Chap. I, vers. 24,

25) l'union sexuelle de Joseph et de Marie eut lieu pour la première

fois _après que Jésus fut né_.

Le récit des Evangiles apocryphes d'après lequel le chef romain

PANDERA aurait été le vrai père du Christ, paraît d'autant plus

vraisemblable, quand on examine la _personne du Christ_ du point de

vue strictement _anthropologique_. On le considère, d'ordinaire, comme

un pur juif. Mais précisément les traits de son caractère qui font sa

personnalité si haute et si noble et qui impriment son sceau à «sa

religion de l'amour», ne sont sûrement _pas sémites_; ils semblent

être bien plutôt les traits distinctifs de la _race arienne_, plus

élevée et en particulier de son rameau le plus noble, de

l'_hellénisme_. De plus, le nom du véritable père du Christ:

«PANDERA», indique indubitablement une origine grecque; dans le

manuscrit, il est même écrit PANDORA. Or PANDORA était, comme on sait,

d'après la légende grecque, la première femme née de l'union de

Vulcain avec la Terre, dotée par les dieux de tous les charmes, qui

épousa Epiméthée et que Dieu le père envoya vers les hommes avec la

terrible «boîte de Pandore» où tous les maux étaient contenus, en

punition de ce que PROMÉTHÉE, porteur de lumière, avait ravi du ciel

le feu divin (la «raison»).

Il est intéressant, d'ailleurs, de comparer la manière différente dont

a été conçu et apprécié le roman d'amour de Mirjam, par les quatre

grandes nations cultivées et chrétiennes de l'Europe. Conformément aux

austères idées morales de la race _germanique_, celle-ci le rejette

entièrement; l'honnête Allemand et le prude Anglais croient plus

volontiers l'impossible légende de la conception par le

«Saint-Esprit». Ainsi qu'on sait, l'austère pruderie de la société

distinguée, soigneusement étalée (surtout en Angleterre!) ne

correspond aucunement à ce qu'est, en réalité, la moralité au point de

vue sexuel, dans le «High life» d'Outre-Manche. Les révélations, par

exemple, que nous a faites là-dessus, il y a une douzaine d'années, le

_Pall Mall Gazette_ nous rappellent fort les moeurs de _Babylone_.

Les races _romanes_ qui se rient de cette pruderie et jugent avec plus

de légèreté les rapports sexuels, trouvent ce _roman de Marie_ très

charmant et le culte spécial, dont jouit justement en France et en

Italie «notre chère Madone», se rattache souvent, avec une naïveté

remarquable, à cette histoire d'amour. C'est ainsi, par exemple que P.

DE REGLA (Dr DESJARDIN), qui nous a donné (1894) un «_Jésus de

Nazareth, du point de vue scientifique, historique et social_,» trouve

précisément dans la _naissance illégitime du Christ_ un «droit spécial

à l'apparence de _sainteté_ qui se dégage de sa sublime figure!»

Il m'a semblé nécessaire de mettre ici dans tout leur jour,

franchement et dans le sens de la _science historique objective_,

cette importante question des origines du Christ, parce que l'église

belliqueuse attache elle-même la plus grande importance à cette

question et parce qu'elle emploie la croyance au miracle, qu'elle

appuie là-dessus, comme l'arme la plus redoutable contre la conception

moderne de l'univers. La haute valeur éthique du pur christianisme

originel, l'influence anoblissante que cette «religion de l'amour» a

exercée sur la civilisation, sont choses indépendantes de ce dogme

mythologique; les prétendues _révélations_ sur lesquelles s'appuient

ces mythes sont inconciliables avec les résultats les plus certains de

notre moderne science de la nature.

Les énigmes de l'Univers · 第 105 / 160 题