P. DE REGLA (P. DESJARDIN).--_Jesus von Nazareth vom
wissenschaftlich. geschichtl. und gesellschaftlich. Standpunkt
aus Dargestellt_ (1891).
TH. BUCKLE.--_Geschichte der Civilisation in England_ (trad.
all.).
M. J. SAVAGE.--_Die Religion im Lichte der darwin'schen Lehre_
(trad. all.).
ED. HARTMANN.--_Die Selbstzersetzung des Christenthums_ (Berlin
1874).
Parmi les traits caractéristiques les plus saillants du XIXe siècle
finissant, il faut signaler la vivacité croissante du contraste entre
la science et le christianisme. C'est parfaitement naturel et
nécessaire; car dans la mesure même où les progrès victorieux de la
_Science de la nature_ moderne ont laissé loin derrière eux les
conquêtes scientifiques des siècles précédents, l'inadmissibilité de
toutes ces conceptions mystiques qui essaient de courber la raison
sous le joug de la prétendue _Révélation_ devenait manifeste, et la
religion chrétienne est du nombre. Plus l'astronomie, la physique et
la chimie modernes démontraient avec certitude que des lois naturelles
inflexibles règnent seules dans l'Univers, plus la botanique, la
zoologie et l'anthropologie démontraient à leur tour la valeur des
mêmes lois dans le domaine tout entier de la nature organique--plus la
religion chrétienne, d'accord avec la métaphysique dualiste, se refuse
énergiquement à reconnaître la valeur de ces lois naturelles dans le
domaine de la prétendue «vie de l'esprit», c'est-à-dire dans un
département de la physiologie cérébrale.
Nul n'a montré plus clairement, avec plus de courage et plus
irréfutablement, le conflit manifeste et irrémédiable de la science
moderne et de la tradition chrétienne--que le plus grand théologien du
XIXe siècle, DAVID FRÉDÉRIC STRAUSS. Sa dernière confession:
l'_Ancienne et la nouvelle croyance_ (9e éd. 1877) est l'expression
universelle des convictions sincères de tous les savants modernes qui
discernent le conflit irrémédiable entre les doctrines courantes du
christianisme dont on nous imprègne et les révélations lumineuses,
conformes à la raison, des sciences naturelles actuelles; ce livre
exprime les convictions de tous ceux qui ont le courage de défendre
les droits de la _raison_ contre les prétentions de la _superstition_
et qui éprouvent le besoin philosophique de se faire de la nature une
conception moniste. STRAUSS, libre penseur loyal et courageux, a
exposé, beaucoup mieux que je ne l'aurais cru, les contradictions les
plus importantes entre «l'ancienne et la nouvelle croyance». L'absolue
impossibilité de résoudre la contradiction, l'inévitabilité d'un
combat décisif entre les deux croyances--«question de vie ou de
mort»--ont été démontrées au point de vue philosophique, en
particulier par ED. HARTMANN dans son intéressant ouvrage sur
l'_Auto-dissolution du christianisme_ (1874).
Après avoir lu les oeuvres de STRAUSS et de FEUERBACH ainsi que
l'_Histoire des conflits entre la religion et la science_ de G. W.
DRAPER (1875), il pourrait paraître superflu de consacrer à ce sujet
un chapitre spécial. Il est cependant utile, nécessaire même, de jeter
ici un regard critique sur l'évolution historique de ce grand conflit
et cela pour cette raison que les _attaques_ de l'Eglise militante
contre la science en général et contre la théorie de l'évolution en
particulier, sont devenues, en ces derniers temps, particulièrement
vives et menaçantes. De plus, malheureusement, le relâchement
intellectuel qui sévit actuellement, de même que le flot montant de la
réaction sur le terrain politique, social et religieux, ne sont que
trop propres à augmenter encore ces dangers. Si quelqu'un en doutait,
il n'aurait qu'à lire les débats des synodes chrétiens et du Reichstag
allemand, en ces dernières années. C'est dans le même sens que
beaucoup de gouvernements s'efforcent de faire aussi bon ménage que
possible avec le régiment ecclésiastique, leur ennemi mortel,
c'est-à-dire de se soumettre à son joug; les deux alliés entrevoient
comme but commun l'oppression de la libre pensée et de la libre
recherche scientifique, dans le but de s'assurer ainsi, par le procédé
le plus facile, _l'absolue domination_.
Nous devons faire remarquer expressément qu'il s'agit ici d'un cas de
légitime _défense_ de la part de la science et de la raison, contre
les vives attaques de l'église chrétienne et de ses puissantes
légions--et non pas du tout d'un cas d'_attaque_ injustifiée des
premières contre la seconde.
En première ligne, nous devons parer au coup du _papisme_ ou de
l'_ultramontanisme_; car cette église catholique «qui seule sauve» et
«offre le salut à tous», est non seulement plus nombreuse et plus
puissante que les autres confessions chrétiennes, mais elle a surtout
l'avantage d'une organisation admirablement centralisée et d'une
politique rusée, sans égale. On entend souvent des naturalistes et
autres savants soutenir cette opinion que la superstition catholique
n'est pas pire que les autres formes de croyance au surnaturel et que
ces trompeuses «formes de la croyance» sont toutes au même titre les
ennemies naturelles de la raison et de la science. En théorie, comme
principe général, cette affirmation est exacte, mais quant aux
conséquences pratiques, elle est fausse; car les attaques faites avec
un but précis et que rien n'arrête, comme celles que dirige contre la
science l'église ultramontaine, soutenue par l'inertie et la bêtise
des masses, sont infiniment plus graves et plus dangereuses, à cause
de leur organisation puissante, que celles de toutes les autres
religions.
=Evolution du Christianisme.=--Pour apprécier exactement l'importance
inouïe du Christianisme dans toute l'histoire de la civilisation, mais
surtout son antagonisme radical avec la religion et la science, il
faut jeter un regard rapide sur les phases principales de son
évolution historique. Nous y distinguerons quatre périodes: