LITTÉRATURE

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Regnard).

Parmi toutes les manifestations de la vie psychique, il n'en est

aucune qui semble si merveilleuse et soit si diversement jugée que la

_conscience_. Les opinions les plus contradictoires sont encore aux

prises, aujourd'hui comme il y a des milliers d'années, non seulement

sur la question de la nature propre de cette fonction psychique et de

son rapport avec le corps, mais aussi quant à son extension dans le

monde organique, quant à son apparition et son évolution. Plus que

tout autre fonction psychique, la conscience a donné lieu à l'idée

erronée d'une «âme immatérielle» et, s'y rattachant, à la superstition

d'une «immortalité personnelle»; beaucoup des grossières erreurs qui

dominent encore aujourd'hui notre vie intellectuelle ont là leur

origine. C'est pourquoi j'ai déjà appelé autrefois la conscience, le

_mystère central psychologique_; c'est la résistante citadelle de

toutes les erreurs dualistes et mystiques contre les remparts de

laquelle les assauts de la plus solide raison sont en danger

d'échouer. Ces faits, à eux seuls, nous autorisent déjà à consacrer à

la conscience un examen critique spécial du point de vue de notre

monisme. Nous verrons que la conscience est un _phénomène naturel_ ni

plus ni moins que toute autre fonction psychique et qu'elle est

soumise, comme tous les autres phénomènes naturels, à la _loi de

substance_.

=Notion de conscience.=--Déjà, quand il s'agit de définir le terme

élémentaire de cette fonction psychique, son extension et sa

compréhension, les opinions des philosophes et des naturalistes les

plus éminents divergent complètement. La meilleure définition,

peut-être, qu'on puisse donner de la conscience c'est de l'appeler une

_intuition interne_ et de la comparer à une _réflexion_. On y peut

distinguer deux domaines principaux: la conscience objective et la

subjective, la conscience de l'univers et la conscience du moi.

La plus grande partie de l'activité psychique consciente, de beaucoup,

se rapporte, ainsi que SCHOPENHAUER l'a très justement reconnu, à la

conscience du monde extérieur, des «autres choses». Cette _conscience

de l'Univers_ comprend tous les phénomènes possibles du monde

extérieur, que notre connaissance peut atteindre. Beaucoup plus

restreinte est notre _conscience du Moi_, la réflexion interne de

notre propre activité psychique tout entière, de toutes nos

représentations, sensations et efforts volontaires.

=Conscience et vie psychique.=--Beaucoup de penseurs et des plus

éminents, surtout des physiologistes (WUNDT et ZIEHEN) regardent les

termes de conscience et de fonctions psychiques comme identiques:

_Toute activité psychique est consciente_; le domaine de la vie

psychique n'excède pas celui de la conscience. A notre avis, cette

définition accroît illégalement l'importance de celle-ci et donne lieu

à des erreurs et des malentendus nombreux. Nous sommes bien plutôt de

l'avis d'autres philosophes (ROMANES, FRITZ SCHULZE, PAULSEN) qui

pensent qu'à la vie psychique appartiennent, en outre, les

représentations, sensations et efforts volontaires inconscients; de

fait, le domaine de ces actions psychiques inconscientes (réflexes,

etc.) est même beaucoup plus étendu que celui des actions conscientes.

Les deux domaines sont d'ailleurs étroitement associés et ne sont

séparés par aucune frontière nette; à tout instant, une représentation

inconsciente peut nous devenir consciente; si l'attention que nous lui

portions est attirée par un autre objet, elle peut aussi rapidement

s'évanouir pour notre conscience.

=Conscience de l'homme.=--Notre unique source, quand il s'agit de

connaître la conscience, est celle-ci elle-même et c'est là, en

première ligne, ce qui fait l'extraordinaire difficulté de son étude

et de son interprétation scientifiques. _Sujet_ et _objet_ se

confondent ici en une même unité; le sujet connaissant se réfléchit

dans son propre être intérieur, qui doit devenir objet de

connaissance.

Relativement à la conscience d'autres individus, nous ne pouvons donc

jamais rien conclure avec une entière certitude objective, nous sommes

toujours réduits à comparer leurs états d'âme avec les nôtres. Tant

que cette comparaison ne porte que sur des _individus normaux_, nous

pouvons, sans doute, relativement à leur conscience, tirer quelques

conclusions dont nul ne contestera la validité. Mais déjà quand il

s'agit de personnes _anormales_ (génies ou excentriques, idiots ou

déments) ces raisonnements par analogie sont, ou incertains ou faux.

C'est encore bien pis quand nous comparons la conscience de l'homme

avec celle des animaux (d'abord des animaux supérieurs, puis des

inférieurs). Nous rencontrons là des difficultés matérielles si

grandes que les opinions des physiologistes et des philosophes les

plus éminents se trouvent sur ce point aux antipodes. Nous nous

contenterons ici de mettre, en regard les unes des autres, les

opinions les plus importantes émises sur ce sujet.

I. =Théorie anthropistique de la conscience.=--_Elle est le propre de

l'homme._ Cette idée très répandue que la conscience et la pensée sont

exclusivement propres à l'homme et que lui seul possède en même temps

une «âme immortelle», remonte à DESCARTES (1643). Ce profond

philosophe et mathématicien français (élevé dans un collège de

_Jésuites_!) posa une séparation complète entre l'activité psychique

de l'homme et celle de l'animal. L'âme de l'homme, substance pensante

et immatérielle, est, selon lui, complètement distincte de son corps,

substance étendue et matérielle. Cependant, il faut qu'elle soit unie

au corps en un point du cerveau (la glande pinéale!) pour y

recueillir les impressions venues du monde extérieur et, à son tour,

agir sur le corps. Les _animaux_, par contre, n'étant pas des

substances pensantes, ne doivent pas posséder d'âme, mais être de purs

_automates_, des machines construites avec infiniment d'art dont les

sensations, représentations et volitions se produisent tout

mécaniquement et obéissent aux lois physiques. Pour la psychologie de

_l'homme_, DESCARTES soutenait donc le pur _dualisme_, pour celle des

_animaux_ le pur _monisme_. Cette contradiction manifeste, chez un

penseur si clair et si pénétrant, doit paraître bien extraordinaire;

pour l'expliquer, on est en droit d'admettre que DESCARTES a tu sa

propre pensée, laissant aux penseurs indépendants le soin de la

deviner. Comme élève des Jésuites, DESCARTES avait été élevé de bonne

heure à taire la vérité, quand il la voyait plus clairement que

d'autres; peut-être craignait-il aussi la puissance de l'Eglise et ses

bûchers. D'autre part déjà, son principe sceptique que tout effort

vers la connaissance vraie doit partir d'un doute au sujet du dogme

traditionnel, lui avait attiré de fanatiques accusations de

scepticisme et d'athéisme. La profonde action que DESCARTES exerça sur

la philosophie ultérieure fut très remarquable et conforme à sa «tenue

de livres en partie double». Les _Matérialistes_ des XVIIe et XVIIIe

siècles, pour poser leur psychologie moniste, se réclamèrent de la

théorie cartésienne de l'âme des bêtes et de leur activité toute

mécanique de machines. Les _Spiritualistes_, au contraire, affirmèrent

que leur dogme de l'immortalité de l'âme et de son indépendance à

l'égard du corps avait été irréfutablement fondé par la théorie

cartésienne de l'âme humaine. Cette opinion est encore aujourd'hui

celle qui prévaut dans le camp des théologiens et des métaphysiciens

dualistes. La conception scientifique du XIXe siècle a complètement

triomphé de la précédente, avec l'aide des progrès empiriques

accomplis dans le domaine de la psychologie physiologiste et comparée.

II. =Théorie neurologique de la conscience.=--_Elle_ _n'existe que

chez l'homme et les animaux supérieurs_ qui possèdent un système

nerveux centralisé et des organes des sens. La conviction

qu'une grande partie des animaux--au moins les Mammifères

supérieurs,--possèdent une âme pensante et une conscience, tout comme

l'homme, a conquis toute la zoologie exacte et la psychologie moniste.

Les progrès grandioses accomplis en ces derniers temps dans divers

domaines de la biologie ont tous convergé pour nous amener à

reconnaître cette importante vérité. Nous nous bornerons, pour

l'apprécier, à l'examen des _Vertébrés_ supérieurs et, avant tout, des

Mammifères. Que les représentants les plus intelligents de ces

Vertébrés plus perfectionnés,--les singes et les chiens surtout--se

rapprochent énormément de l'homme dans toute leur activité psychique,

c'est un fait qui, depuis des milliers d'années est bien connu et a

excité l'admiration. Leur mode de représentation, d'activité

sensorielle, leurs sensations et leurs désirs se rapprochent tant de

ceux de l'homme que nous n'avons pas besoin de prouver ce que nous

avançons. Mais la fonction supérieure d'activité cérébrale, la

formation de jugements, leur enchaînement en raisonnements, la pensée

et la conscience au sens propre, sont développés chez les animaux tout

comme chez l'homme--la différence n'est que dans le degré, non dans la

nature. En outre, l'anatomie comparée et l'histologie nous apprennent

que la structure si complète du cerveau (aussi bien macroscopique que

microscopique) est au fond la même chez les _Mammifères_ supérieurs et

chez l'homme. L'ontogénie comparée nous montre la même chose quant à

l'apparition de ces organes de l'âme. La physiologie comparée nous

enseigne que les divers états de conscience se comportent, chez les

plus élevés des Placentaliens, de la même manière que chez l'homme et

l'expérience démontre qu'ils réagissent de la même manière aux actions

externes. On peut anesthésier les animaux supérieurs par l'alcool, le

chloroforme, l'éther, etc.; on peut, en s'y prenant comme il faut, les

hypnotiser tout comme l'homme. Mais, par contre, il n'est pas possible

de préciser nettement la _limite_ à laquelle, aux degrés inférieurs

de la vie animale, la conscience apparaît pour la première fois comme

telle. Certains zoologistes la font remonter très haut dans la série

animale, d'autres tout à la fin. DARWIN, qui distingue très exactement

les divers stades de la conscience, de l'intelligence et du sentiment

chez les animaux supérieurs et les explique par une évolution

croissante, remarque en même temps qu'il est très difficile et même

impossible de fixer les débuts de ces fonctions psychiques supérieures

chez les animaux inférieurs. Pour moi, entre les diverses théories

contradictoires, celle qui me semble la plus vraisemblable est celle

qui rattache la formation de la conscience à la _centralisation du

système nerveux_, laquelle fait encore défaut chez les animaux

inférieurs. La présence d'un organe nerveux central, d'organes des

sens très développés et d'une association très étendue entre les

groupes de représentations, me semblent les conditions nécessaires

pour rendre possible la conscience _synthétique_.

III. =Théorie animale de la conscience.=--_Elle existe chez tous les

animaux et chez eux seuls._ D'après cela, il y aurait une différence

profonde entre la vie psychique des animaux et celle des plantes;

c'est ce qui a été admis par beaucoup d'auteurs anciens et nettement

formulé par LINNÉ dans son capital _Systema Naturæ_ (1735); les deux

grands règnes de la nature organique se distinguent, selon lui, par

cela que les animaux ont la sensation et la conscience, les plantes

pas. Plus tard, SCHOPENHAUER, en particulier, a beaucoup insisté sur

cette différence: «La conscience ne nous est absolument connue que

comme la propriété des êtres _animaux_. Quand même elle s'élève et

progresse à travers toute la série animale pour atteindre jusqu'à

l'homme et sa raison, l'inconscience de la plante, d'où la conscience

est sortie, reste toujours le point de départ fondamental».

L'inadmissibilité de cette opinion est apparue dès le milieu du

siècle, alors qu'on a étudié de plus près la vie psychique chez les

animaux inférieurs, surtout chez les _Célentérés_ (Spongiaires et

Cnidiés): animaux véritables, qui pourtant présentent aussi peu de

traces d'une conscience claire que la plupart des plantes. La ligne de

démarcation entre les deux règnes s'est encore plus effacée à mesure

qu'on examinait plus soigneusement, dans chacun d'eux, les formes

vitales monocellulaires. Les _animaux primitifs_ plasmophages

(Protozoaires) et les _plantes primitives_ plasmodomes (Prosophytes)

ne présentent pas de différences psychologiques, pas plus au point de

vue de la conscience qu'à d'autres.

IV. =Théorie biologique de la conscience.=--_Elle est commune à tous

les organismes_, elle existe chez tous les animaux et toutes les

plantes, tandis qu'elle fait défaut chez tous les corps inorganiques

(cristaux, etc.). Cette opinion va d'ordinaire de pair avec celle qui

regarde tous les organismes (par opposition aux corps inorganiques)

comme animés; les trois termes: vie, âme, conscience marchent

d'ordinaire de front. Selon une modification de cette manière de voir,

les trois phénomènes de la vie organique, sans doute seraient liés

indissolublement, mais la conscience ne serait qu'une _partie_ de

l'activité psychique, de même que celle-ci n'est qu'une _partie_ de

l'activité vitale.

Que les plantes possèdent une «âme» au même sens que les animaux,

c'est ce que FECHNER en particulier s'est efforcé de montrer et

beaucoup d'auteurs attribuent à l'âme végétale une conscience de même

nature que celle de l'âme animale. De fait, on trouve chez les

_sensitives_ très impressionnables (mimosa, drosera, dionaea)

d'étonnants mouvements d'excitation des feuilles; chez d'autres

plantes (trèfle, pain de coucou, mais surtout l'hedysarum) des

mouvements autonomes; chez les «plantes dormeuses» (et aussi chez

quelques Papilionacées) des mouvements pendant le sommeil, qui

ressemblent étrangement à ceux des animaux inférieurs; celui qui

attribue à ces derniers la conscience ne peut la refuser aux autres.

V. =Théorie cellulaire de la conscience.=--_C'est une propriété vitale

de toute cellule._ L'application de la théorie cellulaire à toutes les

branches de la biologie exige aussi qu'on la rattache à la

psychologie. Aussi légitimement qu'en anatomie et en physiologie on

considère la cellule vivante comme l' «organisme élémentaire» d'où

l'on dérivera la connaissance du corps pluricellulaire des plantes et

des animaux supérieurs--de même et aussi légitimement on peut

considérer «_l'âme cellulaire_» comme l'élément psychologique et

l'activité psychique complexe des organismes supérieurs, comme le

résultat de la réunion des vies psychiques cellulaires constituantes

de l'organisme. J'ai déjà esquissé cette _psychologie cellulaire_ en

1866 dans ma _Morphologie générale_ et j'ai repris la question plus en

détails, par la suite, dans mon travail sur les _Ames cellulaires et

cellules psychiques_[37]. J'ai été conduit par mes longues recherches

sur les organismes monocellulaires, à pénétrer plus avant dans cette

«psychologie élémentaire». Beaucoup de ces petits Protistes (la

plupart microscopiques) donnent des marques de sensation et de

volonté, trahissent des instincts et des mouvements semblables à ceux

qu'on observe chez les animaux supérieurs; cela est vrai en

particulier des impressionnables et remuants Infusoires. Tant dans

l'attitude de ces minuscules et excitables cellules à l'égard du monde

extérieur, que dans beaucoup d'autres manifestations de vie de leur

part (par exemple la merveilleuse formation de l'habitacle chez les

Rhizopodes, les Thalamophores et les Infusoires) on pourrait croire

discerner des marques nettes d'activité psychique consciente. Si

maintenant on accepte la théorie biologique de la conscience (no 4) et

si l'on tient chaque fonction psychique pour accompagnée d'un peu de

conscience, on devra alors attribuer aussi la conscience à chaque

cellule protiste, considérée individuellement. Le principe matériel de

la conscience serait, en ce cas, ou le _plasma_ tout entier de la

cellule, ou son noyau, ou une partie de celui-ci. Dans la _Théorie des

Psychades_ de FRITZ SCHULZE, la conscience élémentaire de la psychade

se comporte vis-à-vis de la cellule individuelle de la même manière

que, chez les animaux supérieurs et chez l'homme, la conscience

personnelle vis-à-vis de l'organisme pluricellulaire de la personne.

Cette hypothèse, que j'ai défendue autrefois, ne se peut réfuter

définitivement. Aujourd'hui, je me range à l'avis de MAX VERWORN qui

admet, dans ses remarquables _Etudes psychophysiologiques sur les

Protistes_ qu'il leur manque probablement à tous la «conscience du

moi» développée et que leurs sensations, comme leurs mouvements, ont

un caractère d'_inconscience_».

[37] E. HAECKEL. _Gesammelte populäre Vortraege_, Bonn, 1878.

VI. =Théorie atomistique de la conscience.=--_C'est une propriété

élémentaire de tout atome._ Parmi toutes les différentes manières de

voir relatives à l'extension de la conscience, c'est cette hypothèse

atomistique qui pousse les choses le plus loin. Elle est sans doute

née principalement de la difficulté qu'ont rencontrée beaucoup de

philosophes et de biologistes en abordant la question de la première

_apparition_ de la conscience. Ce phénomène, en effet, présente un

caractère si particulier, qu'il paraît des plus douteux qu'on le

puisse dériver d'autres fonctions psychiques; on a cru par suite que

le moyen le plus aisé de surmonter la difficulté était d'admettre que

la conscience était une propriété élémentaire de la matière analogue à

l'attraction de la masse ou aux affinités chimiques. Il y aurait dès

lors, autant de formes de conscience élémentaire qu'il y a d'éléments

chimiques; chaque atome d'hydrogène aurait sa «conscience

d'hydrogène», chaque atome de carbone sa «conscience de carbone», etc.

Beaucoup de philosophes ont attribué aussi la conscience aux quatre

anciens éléments d'EMPÉDOCLE, dont le mélange, sous l'influence de

«l'amour et de la haine», engendrait le devenir des choses.

Pour ma part, je n'ai _jamais_ adopté cette hypothèse d'une

_conscience des atomes_; je suis obligé de le déclarer ici, parce que

DU BOIS REYMOND m'attribue faussement cette opinion. Dans la vive

polémique que celui-ci a engagée avec moi (1880) par son discours sur

les «Sept énigmes de l'Univers», il combat violemment ma «Philosophie

de la nature, fausse et corruptrice» et il affirme que j'ai posé,

comme un axiome métaphysique, dans mon travail sur la Périgenèse des

plastidules, cette «hypothèse que les atomes ont une conscience

individuelle». J'ai, au contraire, déclaré expressément que je me

représentais comme _inconscientes_ les fonctions psychiques

élémentaires de sensation et de volonté qu'on peut attribuer aux

atomes, aussi inconscientes que la mémoire élémentaire, qu'à l'exemple

du distingué physiologiste $1 (1870), je considère comme «une fonction

générale de la matière organisée» (ou mieux «de la substance

vivante»). DU BOIS REYMOND confond ici très évidemment «Ame» et

«Conscience»; je laisserai en suspens la question de savoir s'il ne

commet cette confusion que par mégarde. Puisqu'il considère lui-même

la conscience comme un phénomène transcendant (ainsi que nous allons

le voir) tandis qu'une partie des autres fonctions de l'âme (par

exemple l'activité sensorielle) ne le serait pas,--je dois admettre

qu'il tient les deux termes pour différents. Le contraire, il est

vrai, semble ressortir d'autres passages de ses élégants discours,

mais ce célèbre rhéteur, précisément en ce qui touche aux importantes

questions de principes, se contredit souvent de la façon la plus

manifeste. Je répète ici encore une fois que pour moi la conscience ne

constitue _qu'une partie_ des phénomènes psychiques, observables chez

l'homme et les animaux supérieurs, tandis que de beaucoup la plus

grande partie de ces phénomènes sont inconscients.

=Théories moniste et dualiste de la conscience.=--Si divergentes que

soient les diverses opinions relatives à la nature et à l'apparition

de la conscience, elles se laissent pourtant ramener toutes, en fin de

compte--si l'on traite la question clairement et logiquement--à deux

conceptions fondamentales opposées: la _transcendante_ (_dualiste_) et

la _physiologique_ (_moniste_). J'ai toujours, quant à moi, soutenu

cette dernière, éclairé par la _théorie de l'évolution_ et cette

manière de voir est aujourd'hui partagée par un grand nombre de

naturalistes éminents, bien qu'il s'en faille de beaucoup qu'elle le

soit par tous. La première conception est la plus ancienne et de

beaucoup la plus répandue; elle s'est acquis de nouveau, en ces

derniers temps un grand renom, grâce à DU BOIS-REYMOND et à son

célèbre _Discours de l'Ignorabimus_ lequel a fait de cette question

une de celles dont on parle le plus de nos jours dans les «Discussions

sur les énigmes de l'Univers». Vu l'extraordinaire importance de cette

capitale question, nous ne pouvons faire autrement que de revenir ici

sur ce qui en constitue le coeur.

=Transcendance de la conscience.=--Dans le célèbre discours «sur les

limites de la connaissance de la Nature», que DU BOIS-REYMOND fit le

14 août 1872 au Congrès des naturalistes à Leipzig, il posa deux

_limites absolues_ à notre connaissance de la nature, limites que

l'esprit humain, au degré le plus avancé de sa connaissance de la

nature, ne peut jamais franchir--_jamais_, selon le mot final souvent

cité de ce discours, concluant emphatiquement sur notre impuissance:

«_Ignorabimus!_» L'une de ces absolues et insolubles «énigmes de

l'Univers», c'est «le lien entre la matière et la force» et l'essence

propre de ces phénomènes fondamentaux de la nature; nous traiterons à

fond de ce «_problème de la substance_» au chapitre XII du présent

ouvrage. Le second obstacle insurmontable à la philosophie, serait le

problème de la _conscience_, cette question: comment notre activité

intellectuelle peut-elle s'expliquer par des conditions matérielles,

par des mouvements? Comment la «substance (qui fait le fond commun de

la matière et de la force) dans certaines conditions, sent-elle,

désire-t-elle et pense-t-elle?»

Pour être bref et en même temps pour caractériser d'un mot décisif la

nature du discours de Leipzig, je l'ai désigné du nom de _Discours de

l'Ignorabimus_. Cela m'est d'autant mieux permis que DU BOIS-REYMOND

lui-même, huit ans plus tard (1880, dans le Discours sur les sept

énigmes du monde) se louant avec un légitime orgueil du succès

extraordinaire qu'il avait remporté, ajoutait: «La critique a fait

entendre tous les sons, depuis le joyeux éloge approbateur jusqu'au

blâme qui rejette tout et le mot _Ignorabimus_ qui couronnait mes

recherches, est devenu une sorte de parole symbolique pour la

philosophie naturelle». Il est vrai de dire que les sons retentissants

«des joyeux éloges approbateurs» partaient des amphithéâtres de la

philosophie spiritualiste et moniste, surtout du camp retranché de

l'_Ecclesia militans_ (de l'«Internationale noire»); mais tous les

spiritistes, également, toutes les natures crédules, qui pensèrent que

l'_Ignorabimus_ sauverait l'immortalité de leur chère «âme» furent

ravis du discours. Le «blâme qui rejette tout» ne vint, par contre, au

brillant discours de l'_Ignorabimus_ que de la part de quelques

naturalistes et philosophes (au début du moins); de la part des

quelques esprits possédant à la fois une connaissance suffisante de la

philosophie naturelle et le courage moral exigé pour tenir tête aux

arrêts sans appel du dogmatique et tout puissant secrétaire et

dictateur de l'Académie des Sciences de Berlin.

Le remarquable succès du discours de l'_Ignorabimus_ (que l'orateur

lui-même a plus tard justifié d'illégitime et d'exagéré) s'explique

par deux raisons, l'une externe, l'autre interne. Considéré

extérieurement, ce discours était incontestablement «un remarquable

chef-d'oeuvre de rhétorique, un _joli sermon_, d'une haute perfection

de forme et offrant une variété surprenante d'images empruntées à la

philosophie naturelle. C'est un fait connu, que la majorité--et

surtout le «beau sexe!»--jugent un joli sermon non pas d'après sa

richesse réelle en idées, mais d'après la valeur esthétique de

l'entretien». (_Monisme_, p. 44). Analysé au point de vue interne,

par contre, le discours de l'_Ignorabimus_ contient très net, le

programme du _dualisme métaphysique_; le monde est «_doublement_

incompréhensible: d'abord en tant que monde matériel dans lequel la

«matière et la force» déploient leur essence--et ensuite, en regard et

tout à fait séparé du précédent, le monde en tant que monde immatériel

de l'«esprit» dans lequel «la pensée et la conscience sont

inexplicables par des conditions matérielles» ainsi que l'étaient les

phénomènes du premier monde. Il était tout naturel que le dualisme et

le mysticisme régnants se saisissent ardemment de cet aveu qu'il

existait deux mondes différents, car cela leur permettait de démontrer

la double nature de l'homme et l'immortalité de l'âme. Le ravissement

des spiritualistes était d'autant plus pur et plus légitime que DU

BOIS-REYMOND avait passé jusqu'alors pour un des défenseurs redoutés

du matérialisme scientifique le plus absolu; et cela il l'avait, en

effet, été et l'est encore resté (malgré ses «beaux discours»?) tout

comme les autres naturalistes contemporains, comme tous ceux qui sont

versés dans leur science, dont la _pensée est nette et qui restent

conséquents avec eux-mêmes_.

D'ailleurs, l'auteur du Discours de l'_Ignorabimus_ soulevait en

terminant, la question de savoir si les deux «énigmes de l'Univers»,

opposées l'une à l'autre: le problème général de la substance et le

problème particulier de la conscience ne se confondaient pas. Il dit

en effet: «Sans doute cette idée est la plus simple et doit être

préférée à celle qui nous ferait apparaître le monde comme double et

incompréhensible. Mais il est inhérent à la nature des choses que nous

ne parvenions pas sur ce point à la clarté, et tout autre discours

ci-dessus reste vain».--C'est à cette dernière opinion que je me suis,

dès le début, opposé énergiquement, m'efforçant de montrer que les

deux grandes questions indiquées plus haut ne constituaient pas deux

énigmes de l'Univers différentes. _Le problème neurologique de la

conscience n'est qu'un cas particulier du problème cosmologique

universel, celui de la substance_ (_Monisme_, 1892, p. 23).

Ce n'est pas ici le lieu de revenir sur la polémique engagée à ce

sujet ni sur la littérature très riche qui en est résultée. J'ai

déjà, il y a vingt-cinq ans, dans la préface de la première édition de

mon _Anthropogénie_, protesté énergiquement contre le Discours de

l'_Ignorabimus_, ses principes dualistes et ses sophismes

métaphysiques et j'ai justifié explicitement mon attitude dans mon

écrit sur: _La science libre et l'enseignement libre_. (Stuttgart,

1878). J'ai effleuré de nouveau le sujet dans le _Monisme_ (p. 23 à

44). DU BOIS-REYMOND, touché là à son point sensible, répondit par

divers discours où perçait l'irritation[38]; ceux-ci, comme la plupart

de ses Discours si répandus, sont éblouissants par leur style, d'une

élégance toute française et captivants par la richesse des images et

les surprenantes tournures de phrases. Mais la façon superficielle

dont les choses sont envisagées ne fait point faire de progrès

essentiel à notre connaissance de l'Univers. Il en est ainsi, du

moins, pour le _Darwinisme_, dont le physiologiste de Berlin s'est

déclaré plus tard conditionnellement l'adhérent, quoiqu'il n'ait

_jamais fait la moindre chose_ pour en étendre les conquêtes; les

remarques par lesquelles il conteste la valeur de la loi fondamentale

biogénétique, le fait qu'il rejette la phylogénie, etc., montrent

assez que notre auteur n'est ni assez familier avec les faits

empiriques de la morphologie et de l'embryologie comparées, ni capable

d'apprécier philosophiquement leur importance théorique.

[38] DU BOIS-REYMOND. _Darwin Versus Galiani_ 1876. _Die sieben

Weltraetsel._

=Physiologie de la conscience.=--La nature particulière du phénomène

naturel qu'est la conscience n'est pas, comme l'affirment DU BOIS

REYMOND et la philosophie dualiste, un problème complètement et

«absolument transcendant»; mais elle constitue, ainsi que je l'ai déjà

montré il y a trente ans, un _problème physiologique_, ramenable,

comme tel, aux phénomènes qui ressortissent à la physique et à la

chimie. Je l'ai désigné plus tard, d'une manière encore plus précise,

du nom de _problème neurologique_, parce que je suis d'avis que la

vraie conscience (la pensée et la raison) ne se trouve que chez les

animaux supérieurs qui possèdent un _système nerveux centralisé_

et des organes des sens ayant atteint un certain degré de

perfectionnement. Cette proposition peut s'affirmer avec une absolue

certitude en ce qui concerne les Vertébrés supérieurs et par-dessus

tout les Mammifères Placentaliens, tronc dont est issue la race

humaine elle-même. La conscience chez les plus perfectionnés d'entre

les singes, les chiens, les éléphants, etc., ne diffère de celle de

l'homme qu'en degré, non en nature et les différences graduelles de

conscience entre ces Placentaliens «raisonnables» et les plus

inférieures des races humaines (Weddas, nègres de l'Australie) sont

moindres que les différences correspondantes entre celles-ci et ce qui

existe chez les hommes raisonnables les plus supérieurs (SPINOZA,

GOETHE, LAMARCK, DARWIN, etc.). La conscience n'est ainsi qu'une

_partie de l'activité psychique supérieure_ et comme telle elle dépend

de la structure normale de l'organe de l'âme auquel elle est liée, du

_cerveau_.

L'observation physiologique et l'expérience nous ont, depuis vingt

ans, fourni la preuve certaine que l'étroite région du cerveau des

Mammifères, que l'on désigne en ce sens comme le _siège_ (ou mieux

l'_organe_) de la conscience, est une partie des _hémisphères_, à

savoir cette «écorce grise» ou «écorce cérébrale», qui se développe

très tardivement et aux dépens de la partie dorsale convexe de la

première vésicule primaire, du cerveau antérieur. Mais la preuve

_morphologique_ de ces faits physiologiques a pu être établie grâce

aux progrès merveilleux de l'_anatomie microscopique du cerveau_, dont

nous sommes redevables aux méthodes de recherches perfectionnées de

ces derniers temps (KÖLLIKER, FLECHSIG, GOLGI, EDINGER, WEIGERT).

Le plus important de ces faits et de beaucoup c'est, sans contredit,

la découverte qu'a faite P. FLECHSIG des _organes de la pensée_; il a

démontré l'existence, dans l'écorce grise du cerveau, de quatre

régions d'organes sensoriels centraux--de quatre «sphères internes de

sensation»: sphère de sensation du corps dans le lobe pariétal, sphère

olfactive dans le lobe frontal, sphère visuelle dans le lobe

occipital, sphère auditive dans le lobe temporal. Entre ces quatre

_foyers sensoriels_ sont les quatre grands _foyers de la pensée_ ou

centres d'association, _organes réels de la vie de l'esprit_; ce sont

ces instruments les plus parfaits de l'activité psychique qui sont les

instruments de la _pensée_ et de la _conscience_: en avant, le cerveau

frontal ou centre d'association frontal, en arrière et au-dessus de

lui, le cerveau pariétal ou centre d'association pariétal, en arrière

et au-dessous, le cerveau principal ou «grand centre d'association

occipito-temporal» (le plus important de tous!) et enfin, tout à fait

en bas, caché à l'intérieur, le cerveau insulaire ou «îlot de Reil»,

centre d'association insulaire.

Ces quatre foyers de la pensée qui se distinguent par une structure

nerveuse particulière et des plus compliquées, des foyers sensoriels

intercalés entre eux sont les véritables _organes de la pensée_, les

seuls organes de notre conscience. Tout dernièrement, FLECHSIG a

démontré qu'une partie de ces organes présentent, chez l'homme, une

structure tout particulièrement compliquée, qu'on ne rencontre pas

chez les autres Mammifères et qui explique la supériorité de la

conscience humaine.

=Pathologie de la conscience.=--Cette découverte capitale de la

physiologie moderne que les hémisphères sont, chez l'homme et les

Mammifères supérieurs, l'organe de la vie psychique et de la

conscience, est confirmée d'une manière lumineuse par la Pathologie,

par l'étude des _maladies_ de cet organe. Quand les parties en

question des hémisphères sont détruites, leur fonction disparaît et

l'on peut même ainsi obtenir une démonstration partielle de la

_localisation_ des fonctions cérébrales; lorsque des points isolés de

cette région sont malades, on constate la suppression des éléments de

la pensée et de la conscience qui étaient liés aux parties concernées.

L'expérimentation pathologique donne les mêmes résultats: la

destruction de tel point connu (par exemple le centre du langage)

détruit la fonction (le langage). D'ailleurs, il suffit de rappeler

les phénomènes bien connus qui se produisent journellement dans le

domaine de la conscience, pour acquérir la preuve qu'ils sont sous la

dépendance absolue des changements _chimiques_ de la substance

cérébrale. Beaucoup d'aliments de luxe (café, thé) stimulent notre

pensée; d'autres (le vin, la bière) nous mettent d'humeur gaie; le

musc et le camphre, en tant qu'«excitants» raniment la conscience

faiblissante; l'éther et le chloroforme la suspendent, etc. Comment

tout cela serait-il possible si la conscience était une essence

immatérielle, indépendante des organes anatomiques dont nous avons

parlé? Et où résidera la conscience de «l'âme immortelle» quand elle

ne possédera plus ces organes?

Tous ces faits et d'autres bien connus démontrent que la conscience

chez l'homme (et absolument de même chez les Mammifères proches de

lui) est _changeante_ et que son activité peut être modifiée à tout

instant par des causes internes (échanges nutritifs, circulation

sanguine) et des causes externes (blessure du cerveau, excitation).

Très instructifs sont aussi ces phénomènes merveilleux de _conscience

double_ ou alternante, qui rappellent les «générations alternantes de

représentations»; le même homme manifeste, à des jours différents,

dans des circonstances variées, une conscience toute différente; il ne

sait plus aujourd'hui ce qu'il a fait hier; hier il pouvait dire: je

suis moi;--aujourd'hui il est obligé de dire: je suis un autre. Ces

intermittences de la conscience peuvent durer non seulement des jours,

mais des mois et des années; ils peuvent même devenir définitifs[39].

[39] L. BÜCHNER. _Force et Matière_ et _Physiologische Bilder_

(2ter Band).

=Ontogénie de la conscience.=--Ainsi que chacun sait, l'enfant

nouveau-né n'a encore aucune conscience et, ainsi que PREYER l'a

montré, celle-ci ne se développe que tardivement, après que le petit

enfant a commencé à parler; longtemps il parle de lui-même à la

troisième personne. C'est seulement au moment très important où il

dit pour la première fois _Moi_, où le _Sentiment du Moi_ lui devient

clair, que commence à germer sa conscience personnelle en même temps

que son opposition au monde extérieur. Les progrès rapides et profonds

que fait l'enfant en connaissance, grâce à l'instruction qu'il reçoit

de ses parents et à l'école pendant ses dix premières années, se

rattachent étroitement aux innombrables progrès que fait en croissance

et en développement sa _conscience_ et à ceux du _cerveau_, organe de

celle-ci. Et même lorsque l'écolier a obtenu son «Certificat de

maturité», il s'en faut, à la vérité, de beaucoup que sa conscience

soit mûre, et c'est seulement alors que, grâce à la diversité des

rapports avec le monde extérieur, la _Conscience de l'Univers_

commence vraiment à se développer. C'est seulement alors, dans les

années qui précèdent la trentaine, que s'accomplit dans toute sa

maturité le complet déploiement de la pensée raisonnable et de la

conscience, qui donneront ensuite, dans les conditions normales,

pendant les trente années suivantes, des fruits réellement mûrs. Et

c'est alors, après la soixantaine (tantôt avant, tantôt après), que

commence d'ordinaire cette lente et graduelle régression des facultés

psychiques supérieures qui caractérise la vieillesse. La mémoire, les

facultés réceptives, celle de s'intéresser à des sujets spéciaux

décroissent de plus en plus; par contre, les facultés productrices, la

conscience mûre et l'intérêt philosophique pour les sujets généraux se

conservent souvent longtemps encore. L'évolution individuelle de la

conscience dans la première jeunesse confirme la valeur générale de la

_loi fondamentale biogénétique_; mais dans les dernières années, on en

trouve encore bien des marques. En tous cas, l'ontogénèse de la

conscience nous convainc clairement de ce fait qu'elle n'est point une

«essence immatérielle», mais une fonction physiologique du cerveau et

qu'elle ne constitue pas, par conséquent, une exception à la loi de

substance.

=Phylogénie de la conscience.=--Le fait que la conscience, comme

toutes les autres fonctions psychiques, est liée au développement

normal d'organes déterminés et que, chez l'enfant, cette conscience se

développe graduellement, parallèlement à ces organes cérébraux--nous

permet déjà de conclure qu'elle s'est développée historiquement pas à

pas à travers la série animale. Pour certaine que soit, en principe,

cette _phylogénie naturelle de la conscience_, nous ne sommes

malheureusement pas en état, néanmoins, de la poursuivre fort avant ni

d'édifier sur elle des hypothèses précises. Pourtant, la paléontologie

nous fournit d'intéressants points de repère qui ne sont pas sans

importance. Un fait très frappant, par exemple, c'est l'énorme

développement (quantitatif et qualitatif) du cerveau chez les

Mammifères placentaliens, pendant l'_époque tertiaire_. La cavité

crânienne de beaucoup de crânes fossiles de cette époque, nous est

exactement connue et nous fournit de précieux documents sur la

grandeur, et en partie aussi sur la structure du cerveau qui y était

renfermé. On constate là, dans une seule et même légion (par exemple

celle des Ongulés, celle des Carnivores, celle des Primates) un

important progrès entre les représentants d'un même groupe, au début,

pendant la période de l'éocène et de l'oligocène, et plus tard pendant

la période du miocène et du pliocène; chez ces derniers, le cerveau

(par rapport à la grandeur du corps) est de six à huit fois plus grand

que chez les premiers.

Et ce point culminant de l'évolution de la conscience, qu'atteint seul

l'_homme civilisé_, ne résulte, lui aussi, que d'un développement

graduel--accompli grâce aux progrès de la culture elle-même--à partir

d'états inférieurs que nous trouvons réalisés, aujourd'hui encore,

chez les peuples primitifs. C'est ce que nous montre déjà la

comparaison de leurs _langues_, liée étroitement à celle de leurs

_idées_. Plus se développe, chez l'homme civilisé qui pense, la

formation des idées, plus il devient capable d'abstraire les

caractères communs à plusieurs objets divers pour les exprimer par un

terme général, et plus, en même temps, sa conscience devient claire et

intense.

Les énigmes de l'Univers · 第 55 / 160 题