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Philosophie_ (Iéna 1890).

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de l'espèce humaine._

M. VERWORN.--_Psychophysiologische Protisten-Studien_

(experimentelle Untersuchungen), Iéna 1889.

E. HAECKEL.--_Systematische Phylogenie_ (3ter Teil), Berlin

1895.

La théorie de la descendance, appuyée sur l'anthropologie, nous a

fourni la conviction que l'organisme humain provient d'une longue

série d'ancêtres animaux et qu'il s'est développé par des

transformations progressives, effectuées lentement au cours de

plusieurs millions d'années. Comme, en outre, nous ne pouvons pas

séparer la vie psychique de l'homme de ses autres fonctions vitales,

mais qu'au contraire nous nous sommes convaincus de l'évolution

uniforme du corps et de l'esprit, la tâche s'impose à notre moderne

_Psychologie moniste_ de suivre l'évolution historique de l'âme

humaine à partir de l'âme animale. C'est la solution de cette tâche

que nous entreprenons dans notre _Phylogénie de l'âme_; on peut la

désigner aussi, en tant que rameau de la science générale de l'âme, du

nom de _psychologie phylogénétique_ ou encore--par opposition à la

_biontique_ (individuelle)--du nom de _psychogénie phylétique_. Bien

que cette science nouvelle vienne à peine d'être abordée sérieusement,

bien que son droit à l'existence soit même contesté par la plupart des

psychologues de profession, nous devons néanmoins revendiquer pour

elle une importance de premier rang et le plus grand intérêt. Car,

d'après notre ferme conviction, elle est appelée plus que tout autre à

résoudre la grande «Énigme de l'Univers», relative à son essence et à

son apparition.

=Méthodes de la psychogénie phylétique.=--Les voies et les moyens qui

nous doivent conduire au but, encore si lointain, de la _psychologie

phylogénétique_, à peine discernables pour beaucoup d'yeux dans le

brouillard de l'avenir, ne diffèrent pas des voies et des moyens

utilisés dans les autres recherches phylogénétiques. C'est, avant

tout, ici encore, l'anatomie comparée, la physiologie et l'ontogénie

qui sont du plus grand prix. Mais la paléontologie, elle aussi, nous

fournit un certain nombre de points d'appui solides; car l'ordre dans

lequel se succèdent les débris fossiles des classes de Vertébrés

appartenant aux diverses périodes de l'histoire organique de la terre,

nous révèle en partie, en même temps que leur enchaînement phylétique,

le développement progressif de leur activité psychique. Sans doute,

nous sommes forcés ici, comme dans toutes les recherches

phylogénétiques, de construire de nombreuses hypothèses destinées à

combler les notables lacunes de nos données empiriques; mais celles-ci

jettent un jour si lumineux et d'une telle importance, sur les stades

principaux de révolution historique, que nous sommes à même d'en

suivre assez clairement le cours général.

=Principaux stades de la psychogénie phylétique.=--La psychologie

comparée de l'homme et des animaux supérieurs nous permet, dès

l'abord, de reconnaître dans les groupes les plus élevés des

Mammifères placentaliens, chez les _Primates_, les progrès importants

qui ont marqué le passage de l'âme du singe anthropoïde à l'âme de

l'homme. La phylogénie des _Mammifères_ et, en remontant encore, celle

des Vertébrés inférieurs, nous montre la longue suite d'ancêtres

éloignés des Primates ayant évolué, au sein de ce groupe, depuis

l'époque silurienne.

Tous ces _Vertébrés_ se ressemblent quant à la structure et au

développement de leur organe psychique caractéristique, le _canal

médullaire_. Que ce canal médullaire provienne d'un _acroganglion_

dorsal ou _ganglion cérébroïde_ des ancêtres invertébrés, c'est ce que

nous apprend l'anatomie comparée des _Vers_. Remontant plus loin

encore, nous découvrons, par l'ontogénie comparée, que cet organe

psychique très simple dérive de la couche cellulaire du feuillet

germinatif externe de l'ectoderme des _Platodariés_; chez ces

Plathelminthes primitifs, qui ne possédaient pas encore de système

nerveux spécial, le revêtement cutané externe fonctionnait comme

organe universel, à la fois sensoriel et psychique.

Enfin, par l'embryologie comparée nous nous convaincrons que ces

Métazoaires, les plus simples, proviennent par gastrulation des

_Blastéadés_, c'est-à-dire de _sphères creuses_ dont la paroi était

formée par une simple couche cellulaire, _le blastoderme_; et cette

science nous apprend en même temps, à comprendre, avec l'aide de la

loi fondamentale biogénétique, comment ces cénobies de Protozoaires

proviennent d'animaux primitifs monocellulaires, des plus simples.

L'interprétation critique de ces diverses formes embryonnaires, dont

on peut suivre la filiation immédiate par l'_observation_

microscopique, nous fournit, au moyen de la loi fondamentale

biogénétique, les aperçus les plus importants sur les stades

principaux de la phylogénie de notre vie psychique; nous en pouvons

distinguer huit: 1. Protozoaires monocellulaires avec une simple _âme

cellulaire_: _Infusoires_; 2. Protozoaires pluricellulaires avec une

_âme cénobiale_: _Catallactes_; 3. Premiers Métazoaires avec une _âme

épithéliale_: _Platodariés_; 4. Ancêtres invertébrés avec un simple

_ganglion cérébroïde_: _Vers_; 5. Vertébrés acrâniens avec un simple

_canal médullaire_ sans cerveau: _Acraniotes_; 6. Crâniotes avec un

_cerveau_ (formé par cinq vésicules cérébrales): _Crâniotes_; 7.

Mammifères avec développement proéminent de _l'écorce cérébrale des

hémisphères_: _Placentaliens_; 8. Singes anthropoïdes supérieurs et

homme, avec des _organes de la pensée_ (dans le cerveau proprement

dit): _Anthropomorphes_. Dans ces huit groupes historiques de la

phylogénie de l'âme humaine, on peut encore distinguer, avec plus ou

moins de clarté, un certain nombre de stades évolutifs secondaires.

Bien entendu, quand il s'agit de leur reconstruction, nous sommes

réduits aux témoignages très incomplets de la psychologie empirique,

que nous fournissent l'anatomie et la physiologie comparées de la

faune actuelle. Comme des Crâniotes du sixième stade, et même des

vrais Poissons se trouvent déjà à l'état fossile dans le système

silurien, nous sommes bien forcés d'admettre que les ancêtres des cinq

stades précédents (qui n'ont pu parvenir à se fossiliser!) ont évolué

à une époque antérieure, pendant la période présilurienne.

I. =L'âme cellulaire (Cytopsyche)=; _premier des stades principaux de

la psychogénèse phylétique_.--Les premiers ancêtres de l'homme, comme

de tous les autres animaux, étaient des _animaux primitifs_

monocellulaires (Protozoaires). Cette hypothèse fondamentale de la

phylogénie rationnelle se déduit, en vertu de la grande loi

biogénétique, de ce _fait_ embryologique bien connu, que tout

homme, comme tout autre _Métazoaire_ (tout «animal à tissus»,

pluricellulaire), est, au début de son existence individuelle, une

simple cellule, la _cellule souche_ (cytula) ou «ovule fécondé». Comme

celle-ci, depuis le premier moment, a été _animée_, ainsi faut-il

admettre qu'il en a été pour cette _forme ancestrale monocellulaire_

qui, dans la série des premiers ancêtres de l'homme, a été représentée

par toute une suite de _Protozoaires_ différents.

Nous sommes renseignés sur l'activité psychique de ces organismes

monocellulaires par la physiologie comparée des Protistes encore

vivants aujourd'hui; tant, d'une part, l'observation exacte, que de

l'autre, l'expérimentation bien conduite, nous ont ouvert, durant la

seconde moitié du XIXe siècle, un nouveau domaine fécond en phénomènes

du plus haut intérêt. Le meilleur exposé en a été donné en 1889 par

$1, dans ses profondes _Etudes_, appuyées sur des expériences

personnelles, études sur la _Psychophysiologie des Protistes_. Les

quelques observations antérieures sur la «vie psychique des Protistes»

sont réunies à ces études. VERWORN a acquis la ferme conviction que,

chez tous les Protistes, les processus psychiques sont encore

_inconscients_, que ceux de la sensation et du mouvement se confondent

encore ici avec les processus vitaux moléculaires du plasma lui-même,

et que les causes premières en doivent être cherchées dans les

propriétés des _molécules de plasma_ (des plastidules).

«Les processus psychiques, chez les Protistes, forment ainsi le pont

qui réunit les processus chimiques de la nature inorganique à la vie

psychique des animaux supérieurs; ils représentent l'embryon des

phénomènes psychiques les plus élevés, qu'on observe chez les

Métazoaires et chez l'homme».

Les observations soigneuses et les nombreuses expériences de VERWORN,

jointes à celles de W. ENGELMANN, W. PREYER, R. HERTWIG et autres

savants adonnés à l'étude des Protistes, fournissent une preuve

concluante à ma _théorie moniste de l'âme cellulaire_ (1866).

M'appuyant sur des recherches poursuivies pendant de longues années

sur divers Protistes, surtout des Rhizopodes et des Infusoires,

j'avais déjà, il y a 33 ans, formulé cette affirmation que toute

cellule vivante possède des propriétés psychiques et que, par suite,

la vie psychique des plantes et des animaux pluricellulaires n'est que

le résultat des fonctions psychiques des cellules composant leur

corps. Dans les groupes inférieurs (par exemple les algues et les

éponges) _toutes_ les cellules du corps y contribuent pour une part

égale (ou avec de très petites différences); au contraire, dans les

groupes supérieurs, en vertu de la loi de la division du travail, ce

rôle n'incombe qu'à une partie des cellules, les élues, les «cellules

psychiques». Les conséquences de cette _psychologie cellulaire_, de la

plus haute importance, ont été exposées en partie (1876) dans mon

travail sur la «Périgenèse des plastidules», en partie enfin (1877)

dans mon discours de Münich sur «la Théorie de l'évolution actuelle

dans son rapport avec l'ensemble de la science». On en trouvera un

exposé plus populaire dans mes deux conférences de Vienne (1878), sur

«l'Origine et l'évolution des instruments sensoriels» et sur «l'Ame

cellulaire et la cellule psychique»[31].

[31] E. HAECKEL, _Gesammelte populaere Vortraege aus dem Gebiete

der Entwickelungslehre_. Bonn, 1878.

La simple _âme cellulaire_ présente déjà, d'ailleurs, au sein du

groupe des Protistes, une longue suite de stades évolutifs, depuis des

états d'âme primitifs, très simples jusqu'à d'autres très parfaits et

élevés. Chez les plus anciens et les plus simples des Protistes, la

sensation et le mouvement sont répartis également sur le plasma tout

entier du corpuscule homogène; dans les formes supérieures, par

contre, des «instruments sensoriels spéciaux» se différencient en

organes physiologiques: ce sont des _Organelles_. Comme parties

cellulaires motrices analogues, nous citerons les pseudopodes des

Rhizopodes, les cils vibratiles, les flagellums et les cils des

Infusoires. On considère, dans la vie cellulaire, comme un organe

central interne le noyau, qui fait encore défaut chez les plus

anciens et les plus inférieurs des Protistes. Au point de vue

physiologico-chimique, ce qu'il faut surtout signaler, c'est que les

Protistes originels les plus anciens étaient des _Plasmodomes_ qui

échangeaient des matériaux nutritifs avec les plantes, par suite que

c'était des _Protophytes_ ou «plantes originelles»; c'est d'elles que

proviennent, secondairement, par métasitisme, les premiers

_plasmophages_, qui échangeaient des matériaux nutritifs avec les

animaux, par suite étaient des _Protozoaires_ ou «animaux

originels»[32]. Ce _métasitisme_, l'«inversion des matériaux

nutritifs» marque un important progrès psychologique, car c'est le

point de départ de l'évolution des traits caractéristiques de «l'âme

animale» qui font encore défaut à «l'âme végétale».

[32] E. HAECKEL: _Systematische Phylogénie_, Bd. 1 (1894), § 38.

Le plus haut degré de développement de l'âme cellulaire animale est

réalisé dans la classe des _Ciliés_ ou _Infusoires ciliés_. Lorsque

nous comparons ce que nous observons chez eux avec les fonctions

psychiques correspondantes d'animaux pluricellulaires, plus élevés,

il ne semble presque pas y avoir de différence psychologique; les

organelles sensibles et moteurs de ces Protozoaires paraissent

accomplir les mêmes fonctions que les organes sensoriels, les nerfs et

les muscles des Métazoaires. On a même regardé le _gros noyau

cellulaire_ (meganucleus) des Infusoires comme un organe central

d'activité psychique, qui jouerait, dans leur organisme

monocellulaire, un rôle analogue à celui du cerveau dans la vie

psychique des animaux supérieurs. Au reste, il est très difficile de

décider dans quelle mesure ces comparaisons sont légitimes; les

opinions des savants qui ont étudié d'une manière spéciale les

infusoires diffèrent beaucoup sur ce point. Les uns considèrent, chez

ces animaux, tous les mouvements spontanés du corps comme automatiques

ou impulsifs, tous les mouvements d'excitation comme des réflexes; les

autres voient là en partie des mouvements volontaires et

intentionnels. Tandis que ces derniers auteurs attribuent déjà aux

Infusoires une certaine conscience, une représentation d'un moi

synthétique--les premiers se refusent à les leur reconnaître. De

quelque façon qu'on résolve cette difficile question, ce qui est en

tous cas certain, c'est que ces Protozoaires monocellulaires nous

présentent une _âme cellulaire_ des plus développées qui est du plus

haut intérêt pour l'appréciation exacte de ce qu'était l'âme chez nos

premiers ancêtres monocellulaires.

II. =Ame d'une colonie cellulaire= ou âme cénobiale (Cenopsyche);

_deuxième des stades principaux de la psychogénèse phylétique_.

--L'évolution individuelle commence chez l'homme, comme

chez tous les autres animaux pluricellulaires, par des divisions

répétées chez une simple cellule. La _cellule souche_ (Cytula) ou

«ovule fécondé» se divise, d'après le processus de la division

indirecte ordinaire, tout d'abord en deux cellules filles; ce

processus venant à se répéter, il se produit (par des «sillons

équatoriaux»), successivement 4, 8, 16, 32, 64 «cellules par

sillonnement, ou blastomères» identiques. D'ordinaire, chez la plupart

des animaux, survient, plus ou moins tard, à la place de cette

division primitive régulière, un accroissement irrégulier. Mais dans

tous les cas le résultat est le même: formation d'une masse (le plus

souvent sphérique), d'un ballot de cellules non différenciées, toutes

identiques au début. Nous appelons ce stade _Morula_ (cf.

_Anthropogénie_, p. 159).

D'ordinaire s'amasse alors à l'intérieur de cet agrégat cellulaire, en

forme de petite mûre, un liquide, par suite de quoi la morula se

transforme en une petite vésicule sphérique; toutes les cellules se

portent à la surface et s'ordonnent en une simple couche cellulaire,

le _blastoderme_. La _sphère creuse_ ainsi constituée est le stade le

plus important de la _blastula_ ou _blastosphère_ (_Anthropogénie_, p.

150).

Les _phénomènes psychologiques_ que nous pouvons constater

immédiatement, dans la formation de la blastula, sont en partie des

mouvements, en partie des sensations de cette colonie cellulaire. Les

_mouvements_ se répartissent en deux groupes: I. Mouvements internes,

qui se répètent partout suivant un mode essentiellement analogue, dans

le phénomène de la division cellulaire ordinaire (indirecte):

formation du fuseau nucléaire, mytose, caryokinèse, etc.; II.

mouvements externes, qui apparaissent dans le changement normal de

position des cellules assemblées et dans leur groupement pour former

le blastoderme. Nous tenons ces mouvements pour _héréditaires_ et

inconscients, parce qu'ils sont partout conditionnés de la même

manière, grâce à l'hérédité transmise à eux par les premières séries

ancestrales de Protistes. Quant aux _sensations_, on en peut

distinguer également deux groupes: I. Sensations des cellules isolées,

qu'elles expriment par l'affirmation de leur indépendance individuelle

et par leur attitude à l'égard des cellules voisines (avec lesquelles

elles sont en contact, reliées même en partie directement par des

ponts de plasma). II. La sensation synthétique de la colonie

cellulaire ou _cénobium_ tout entier, qui se manifeste par la

formation individuelle de la _blastula_ en _sphère creuse_

(_Anthropogénie_, p. 491).

La compréhension de la cause de la formation de la _blastula_ nous est

facilitée par la _loi fondamentale biogénétique_, qui en explique les

phénomènes immédiatement observables par l'_hérédité_, et les ramène à

des processus historiques analogues qui se seraient accomplis à

l'origine, lors de l'apparition des premières cénobies de Protistes,

des _Blastéadés_ (_Pylog. Syst._, III, 22-26). Mais ces processus

physiologiques et psychologiques importants ayant eu leur siège dans

les premières _associations cellulaires_, nous deviennent clairs par

l'observation et l'expérimentation faites sur les cénobies encore

aujourd'hui vivantes. Ces _colonies cellulaires_ stables ou hordes

cellulaires (désignées encore des noms de «communautés cellulaires»,

«pied de cellules»,) sont aujourd'hui encore très répandues, tant parmi

les _plantes originelles plasmodomes_ (paulotomées, diatomées,

volvocinées) que parmi les _animaux originels plasmophages_

(Infusoires et Rhizopodes). Dans toutes ces cénobies nous pouvons déjà

distinguer, à côté l'un de l'autre, deux stades divers d'activité

psychique: I. _L'âme cellulaire_ des individus cellulaires isolés (en

tant qu'«organismes élémentaires») et II. _l'âme cénobiale_ de la

colonie cellulaire tout entière.

III. =Ame des tissus (Histopsyche)=; _troisième des stades principaux

de la psychogénèse phylétique_.--Chez toutes les plantes

pluricellulaires possédant des tissus (métaphytes ou _plantes à

tissus_), de même que chez les _animaux à tissus_ (Métazoaires)

inférieurs, dépourvus de système nerveux, nous pouvons distinguer de

suite deux formes différentes d'activité psychique, à savoir: A. l'âme

des _cellules_ isolées qui composent les tissus, et B. l'âme des

_tissus_ eux-mêmes ou de la «république cellulaire» constituée par les

cellules. Cette _âme des tissus_ est partout la fonction psychologique

la plus élevée, celle qui nous révèle dans l'organisme pluricellulaire

complexe, un _bion_ synthétique, un _individu physiologique_, une

véritable «république cellulaire». Elle gouverne toutes les «âmes

cellulaires» isolées des cellules sociales qui, en tant que «citoyens»

indépendants, constituent la république cellulaire unifiée. Cette

_duplicité fondamentale de la psyche_ chez les Métaphytes et chez les

Métazoaires inférieurs, dépourvus de système nerveux, est chose très

importante; on en démontre l'existence immédiatement par une

observation impartiale et des expériences bien conduites: tout

d'abord, chaque cellule isolée possède sa sensation et son mouvement

et ensuite chaque tissu et chaque organe, composé d'un certain nombre

de cellules identiques, témoigne d'une excitabilité spéciale et d'une

unité psychique (par exemple, le pollen et les étamines).

III. _A._ =L'âme des plantes (phytopsyche).=--C'est pour nous le terme

qui résume toute l'activité psychique des _plantes pluricellulaires_,

possédant des tissus (Métaphytes, à l'exclusion des Protophytes

monocellulaires); elle a été l'objet des opinions les plus diverses

jusqu'à ce jour. On trouvait autrefois une différence fondamentale

entre les plantes et les animaux en ce qu'on attribuait d'ordinaire à

ceux-ci une «âme» qu'on refusait à celles-là. Cependant, une

comparaison impartiale de l'excitabilité et des mouvements, chez

diverses plantes supérieures et chez des animaux inférieurs, avait

convaincu, dès le commencement du siècle, quelques chercheurs isolés,

que les uns et les autres devaient être pareillement animés.

Plus tard, FECHNER, LEITGEB entre autres, défendirent vivement

l'hypothèse d'une _Ame des plantes_. On n'en comprit mieux la nature

qu'après que la _théorie cellulaire_ (1838) eût démontré, dans les

plantes et les animaux, l'identité de structure élémentaire, et

surtout depuis que la _théorie du plasma_ de MAX SCHULZE (1859) eût

reconnu, chez les uns et les autres, la même attitude du plasma actif

et vivant. La physiologie comparée récente (en ces 30 dernières

années) a montré, en outre, que l'attitude physiologique, en réaction

aux diverses excitations (lumière, électricité, chaleur, pesanteur,

frottement, influences chimiques) était absolument la même dans les

parties _sensibles_ du corps de beaucoup de plantes et d'animaux,--que

les _mouvements réflexes_, enfin, provoqués par les excitations, se

produisaient absolument de la même manière. Si donc on attribue ces

modes d'activité chez les Métazoaires inférieurs, dépourvus de système

nerveux (éponges, polypes), à une «âme» particulière, on est autorisé à

admettre la présence de cette même âme chez beaucoup de Métaphytes

(même chez tous), au moins chez les très «sensibles» plantes

impressionnables (mimosa), chez les attrape-mouches (dionaea, drosera)

et chez les nombreuses plantes grimpantes.

Il est vrai, la physiologie végétale récente a donné de ces

«mouvements d'excitation» ou _tropismes_ une explication toute

physique, les ramenant à des rapports particuliers de croissance, à

des oscillations de tension, etc. Mais ces causes mécaniques ne sont

ni plus ni moins _psychophysiques_ que les «mouvements réflexes»

analogues chez les éponges, les polypes et autres Métazoaires

dépourvus de système nerveux, même si le mécanisme était ici tout

différent. Le caractère de l'histopsyche ou _âme cellulaire_ se

manifeste également dans les deux cas par ce fait que les cellules du

tissu (de l'association cellulaire régulièrement ordonnée) conduisent

les excitations reçues en un point et provoquent ainsi des mouvements

en d'autres points ou dans tout l'organe. Cette _conduction de

l'excitation_ peut aussi bien être regardée comme une «activité

psychique», que la forme plus parfaite qu'elle présente chez les

animaux pourvus de système nerveux; elle s'explique anatomiquement

parce que les cellules sociales du tissu (ou association cellulaire),

loin d'être, comme on le supposait autrefois, séparées les unes des

autres, sont partout reliées entre elles par de fins filaments ou

ponts de plasma. Lorsque les plantes impressionnables nuisibles

(mimosa), qu'on vient à toucher ou ébranler, replient leurs feuilles

étalées et laissent pencher leurs pétioles--lorsque les excitables

attrape-mouches (dionaea) au contact imprimé à leurs feuilles, les

referment vivement et attrapent la mouche,--la sensation semble,

certes, plus vive, la conduction de l'excitation plus rapide et le

mouvement plus énergique que la réaction réflexe d'une éponge

officinale (ou d'autres éponges) excitée.

III. _B._ =Ame des Métazoaires dépourvus de système

nerveux.=--L'activité psychique de ces _Métazoaires inférieurs_ qui

possèdent, il est vrai, des tissus et souvent même des organes

différenciés, mais ni nerfs ni organes des sens spéciaux, est d'un

intérêt tout particulier pour la psychologie comparée en général, et

pour la phylogénie de l'âme animale en particulier. On distingue,

parmi eux, quatre groupes différents de _Coelentérés_ primitifs, à

savoir: 1. Les _Gastréadés_; 2. les _Platodariés_; 3. les _Eponges_;

4. les _Hydropolypes_, formes inférieures des Cnidiés.

_Les Gastréadés ou animaux à intestin primitif_ forment ce petit

groupe des Coelentérés les plus inférieurs qui présente une haute

importance, comme étant le groupe originel commun de tous les

Métazoaires. Le corps de ces petits animaux nageurs a la forme d'une

vésicule (le plus souvent ovoïde) contenant une simple cavité avec une

ouverture (intestin primitif et bouche primitive). La paroi de la

cavité digestive est constituée par deux assises cellulaires simples,

dont l'interne (feuillet intestinal) remplit les fonctions végétatives

de nutrition et l'externe (feuillet épidermique), les fonctions

animales de sensation et de mouvement. Les cellules sensibles, toutes

pareilles, de ce feuillet épidermique, portent de fins flagellums, de

longs cils dont les vibrations effectuent le mouvement volontaire de

natation. Les quelques seules formes encore vivantes de Gastréadés,

les _Gastrémariés_ (trichoplacides) et les _Cyémariés_ (orthonectides)

sont très intéressantes par ce fait qu'elles restent, leur vie durant,

à ce stade de développement que traversent, au début de leur

évolution embryonnaire, les germes de tous les autres Métazoaires,

depuis les éponges jusqu'à l'homme.

Ainsi que je l'ai montré dans ma _Théorie gastréenne_ (1872), chez

tous les animaux à tissus, la _blastula_, dont nous avons déjà parlé,

donne naissance tout d'abord à une forme embryonnaire des plus

caractéristiques, la _gastrula_. Le blastoderme, représenté par la

paroi de la sphère creuse, forme d'un côté une excavation en forme de

fosse qui devient bientôt une invagination si profonde que la cavité

interne de la vésicule disparaît. La moitié invaginée (interne) du

blastoderme s'accole étroitement à la moitié non invaginée (externe);

celle-ci forme le _feuillet épidermique_ ou feuillet germinatif

externe (ectoderme, épiblaste), la première, par contre, forme le

_feuillet intestinal_ ou feuillet germinatif interne (entoderme,

hypoblaste). L'espace vide ainsi constitué dans le corps en forme de

gobelet est la cavité digestive, l'_intestin primitif_ (progaster),

son ouverture, la _bouche primitive_ (prostoma)[33]. Le feuillet

épidermique ou ectoderme est, chez tous les Métazoaires, le premier

_organe de l'âme_; car il donne naissance, chez tous les animaux

pourvus de système nerveux, non seulement au revêtement cutané externe

et aux organes des sens, mais aussi au système nerveux. Chez les

Gastréadés, où ce dernier n'existe pas encore, toutes les cellules qui

composent l'assise épithéliale simple de l'ectoderme sont à la fois

des organes de sensation et de mouvement: l'âme des tissus se

manifeste ici sous sa forme la plus simple.

[33] Cf. _Anthropogenie_, p. 161, 497; _Nat. Schopf-Gesch._, p.

300.

La même formation primitive semble aussi exister chez les

_Platodariés_, formes les plus anciennes et les plus simples des

_Platodes_. Quelques-uns de ces Cryptocèles (convoluta, etc.), n'ont

pas encore de système nerveux distinct, tandis que chez leurs proches

épigones, les _Turbellariés_, le système nerveux se distingue déjà de

l'épiderme et un ganglion cérébroïde apparaît.

=Les Spongiaires= représentent un groupe indépendant du règne animal

qui diffère de tous les autres Métazoaires par son organisation

caractéristique; les très nombreuses espèces de cette classe vivent

presque toutes fixées au fond de la mer. La forme la plus simple,

l'olynthus, n'est en somme qu'une Gastrea dont la paroi du corps est

percée, à la façon d'une passoire, de petits pores qui laissent entrer

le courant d'eau, porteur des matériaux nutritifs. Chez la plupart des

éponges (entre autres chez la plus connue, l'éponge officinale), le

corps, en forme de bosse, forme un pied composé de milliers de ces

Gastréadés (corbeilles vibratiles) et traversé par un système de

canaux nutritifs. La sensation et le mouvement n'existent qu'à un très

faible degré chez les Spongiaires; les nerfs, les organes sensoriels

et les muscles n'y existent pas. Il est donc très naturel que l'on ait

autrefois considéré ces animaux fixés, informes et insensibles, comme

des «plantes». Leur vie psychique (pour laquelle il n'y a pas d'organe

spécial différencié), est bien inférieure à celle des mimosas et des

autres plantes sensibles.

=L'âme des Cnidiés= présente une importance tout à fait capitale pour

la psychologie comparée et phylogénétique. Car c'est au sein de ce

groupe, aux formes si riches, que s'accomplit, sous nos yeux, le

passage de l'_âme des tissus_ à l'_âme du système nerveux_. A ce

groupe appartiennent les classes si variées des Polypes et des Coraux

fixés, des Méduses et des Siphonophores libres. On peut regarder en

toute certitude comme la forme originelle commune à tous les Cnidiés,

un hypothétique _Polype_ des plus simples, rappelant, dans ses traits

essentiels, le Polype vulgaire d'eau douce actuelle, l'hydre. Mais ces

hydres, de même que les _Hydropolypes_ fixés qui s'en rapprochent

beaucoup, ne possèdent ni nerfs ni organes des sens supérieurs, bien

qu'elles soient très sensibles. Au contraire, les Méduses qui nagent

librement et qui dérivent des animaux précédents (auxquels elles

restent liées aujourd'hui encore par le fait des générations

alternantes), ces Méduses possèdent déjà un système nerveux

indépendant et des organes des sens distincts.

Nous pouvons donc constater ici l'origine historique de l'_âme du

système nerveux_ (neuropsyche), provenant immédiatement par ontogénèse

de l'âme des tissus (histopsyche), en même temps que nous apprenons à

en comprendre la phylogénèse. Ces connaissances sont d'autant

plus intéressantes que ces processus fort importants sont

_polyphylétiques_, c'est-à-dire qu'ils se sont accomplis plusieurs

fois (au moins deux) indépendamment l'un de l'autre.

Ainsi que je l'ai démontré, les _Hydroméduses_ (craspédotes) dérivent

des _Hydropolypes_ selon un autre mode que les _Skyphoméduses_ (ou

acraspédotes) des _Skyphopolypes_; le mode de bourgeonnement est

terminal chez ceux-ci, latéral chez les autres. Les deux groupes

présentent, en outre, des différences héréditaires caractéristiques

dans la structure microscopique de leurs organes psychiques. Une

classe très intéressante aussi pour la psychologie est celle des

_Siphonophores_. Dans ces magnifiques colonies animales, nageant

librement, dérivées des Hydroméduses, nous pouvons observer une

_double âme_: l'âme individuelle (_âme personnelle_) des nombreuses

personnes qui la constituent et l'âme commune synthétique et active de

la colonie tout entière (_âme cormale_).

IV. =Ame du système nerveux (neuropsyche)=; _quatrième des stades

principaux de la psychogénèse phylétique_.--La vie psychique de tous

les animaux supérieurs, comme celle de l'homme, s'effectue au moyen

d'un _appareil psychique_ plus ou moins compliqué et celui-ci comprend

toujours trois parties principales: les _organes des sens_ qui rendent

possibles les diverses sensations; les _muscles_ qui permettent les

mouvements; les _nerfs_ qui établissent une communication entre les

premiers et les seconds à l'aide d'un organe central spécial,

_cerveau_ ou ganglion (noeud de nerfs).

On compare d'ordinaire la disposition et le fonctionnement de cet

appareil psychique à un télégraphe électrique; les nerfs sont les

fils de fer conducteurs, le cerveau la station centrale, les muscles

et les organes des sens les stations locales secondaires. Les fibres

nerveuses motrices conduisent les ordres de la volonté ou impulsions,

suivant une direction centrifuge, de ce centre nerveux aux muscles et,

par la contraction de ceux-ci, produisent des mouvements; les fibres

nerveuses sensibles, au contraire, conduisent les diverses

impressions, suivant une direction centripète, des organes sensoriels

périphériques au cerveau et y rendent compte des impressions reçues du

monde extérieur. Les cellules ganglionnaires ou «cellules psychiques»,

qui constituent l'organe nerveux central, sont les plus parfaites de

toutes les parties élémentaires organiques, car elles rendent

possibles, non seulement les rapports entre les muscles et les organes

des sens, mais aussi les plus hautes fonctions de l'âme animale, la

formation de représentations et de pensées et, au-dessus de tout, la

conscience.

Les grands progrès de l'anatomie et de la physiologie, de l'histologie

et de l'ontogénie en ces derniers temps, ont enrichi nos connaissances

relatives à l'appareil psychique d'une foule de découvertes

intéressantes. Si la philosophie spéculative s'était emparée, ne

fût-ce que des principales de ces importantes conquêtes de la biologie

empirique, elle présenterait dès aujourd'hui une tout autre

physionomie qu'elle ne le fait malheureusement. Aborder ce sujet d'une

manière approfondie nous entraînerait trop loin, aussi me

contenterai-je de souligner seulement les faits essentiels.

Chacun des groupes animaux supérieurs possède son organe psychique

propre; chez chacun, le système nerveux central est caractérisé par

une forme, une situation et une constitution spéciales. Parmi les

_Cnidiés_ rayonnés, les Méduses présentent un anneau nerveux, au bord

de l'ombrelle, pourvu le plus souvent de quatre ou huit ganglions.

Chez les _Echinodermes_ à cinq rayons, la bouche est entourée d'un

anneau nerveux duquel partent cinq troncs nerveux. Les _Platodes_ à

symétrie bilatérale et les _Vers_ possèdent un ganglion cérébroïde ou

acroganglion, composé d'une paire de ganglions situés dorsalement,

au-dessus de la bouche; de ces «ganglions sus-oesophagiens» partent

latéralement deux troncs nerveux qui se rendent à la peau et aux

muscles. Chez une partie des Vers et chez les _Mollusques_ s'ajoutent

à cela une paire de «ganglions sous-oesophagiens» ventraux reliés aux

autres par un anneau qui entoure l'oesophage. Cet «anneau oesophagien»

reparaît chez les _Arthropodes_ (Articulata), mais se continue ici du

côté ventral du corps allongé par une «moelle ventrale», un double

cordon en forme d'échelle, qui se renfle à chaque segment en un double

ganglion. Les _Vertébrés_ nous présentent une disposition toute

contraire de l'organe psychique; chez eux, on trouve toujours, du côté

dorsal du corps, dont la segmentation n'est plus qu'interne, une

moelle dorsale; c'est un renflement de sa partie antérieure qui

formera plus tard le cerveau caractéristique, en forme de

vésicule[34].

[34] Cf. mon _Hist. de la Créat. Nat._, 9e éd. (1898), tabl. 18

et 19, p. 512.

Bien que les organes psychiques, ainsi qu'on le voit, présentent, dans

les groupes animaux supérieurs, des différences très caractéristiques

de situation, de forme et de constitution--cependant l'anatomie

comparée est à même de démontrer, dans la plupart des cas, une origine

commune qu'il faut chercher dans le _ganglion cérébroïde_ des

_Platodes_ et des _Vers_; et tous ces organes divers ont cela de

commun qu'ils dérivent de la couche cellulaire la plus externe de

l'embryon, du _feuillet épidermo-sensoriel_ (ectoderme). De même nous

retrouvons, dans toutes les formes d'organes nerveux centraux, la même

structure essentielle: un mélange de cellules ganglionnaires ou

_cellules psychiques_ (organes élémentaires proprement actifs, de la

_psyche_ et de _fibres nerveuses_), qui établissent des connexions et

sont les instruments de l'action.

=Organe de l'âme chez les Vertébrés.=--La première chose qui nous

frappe, dans la psychologie comparée des Vertébrés et qui devrait être

le point de départ empirique de toute étude scientifique de l'âme

humaine, c'est la structure caractéristique de leur système nerveux

central. De même que cet organe psychique central présente, dans

chacun des groupes animaux supérieurs, une position, une forme et une

constitution spéciales, propres à ce groupe, de même il en va chez les

Vertébrés. Partout, ici, nous trouvons une _moelle dorsale_, un gros

cordon nerveux cylindrique, situé sur la ligne médiane du dos,

au-dessus de la colonne vertébrale (ou de la corde dorsale qui y

supplée). Partout nous voyons partir, de cette moelle dorsale, de

nombreux troncs nerveux qui se distribuent d'une façon régulière et

segmentaire, toujours une paire par segment. Partout nous voyons ce

«canal médullaire» se produire chez l'embryon suivant le même mode:

sur la ligne médiane de l'épiderme dorsal se forme un fin sillon, une

gouttière; les deux bords parallèles de cette _gouttière médullaire_

se soulèvent, se courbent l'un vers l'autre et s'accolent sur la ligne

médiane pour former un canal.

Le long canal médullaire dorsal et cylindrique, ainsi formé, est tout

à fait caractéristique des _Vertébrés_; il est partout le même au

début, chez l'embryon, et il est le point de départ commun de toutes

les différentes formes d'organes psychiques auxquels il donnera

naissance par la suite. Un petit groupe d'Invertébrés présente seul

une disposition analogue; ce sont les étranges _Tuniciers_ marins, les

_Copélates_, les _Ascidies_ et les _Thalidies_. Ils présentent, en

outre, par d'autres particularités importantes de leurs corps (en

particulier par la présence de la chorda et de l'intestin branchial),

des différences frappantes avec les autres Invertébrés et des

analogies avec les Vertébrés. Nous admettons donc que ces deux groupes

animaux, les _Vertébrés_ et les _Tuniciers_, proviennent d'un groupe

ancestral commun et plus ancien qu'il faut chercher parmi les _Vers_:

les _Prochordoniens_[35]. Une différence importante entre les deux

groupes, c'est que le corps des Tuniciers ne se segmente pas et

conserve une organisation très simple (la plupart se fixent plus tard

au fond de la mer et entrent en régression). Chez les Vertébrés, au

contraire, survient de bonne heure une _segmentation interne_ du

corps, très caractéristique, la _première formation des Vertébrés_

(Vertebratio). Celle-ci permet le développement morphologique et

physiologique beaucoup plus élevé de l'organisme, qui finit par

atteindre chez l'homme le degré suprême de perfection. Elle se révèle,

de très bonne heure déjà, dans la structure plus fine du canal

médullaire, dans le développement d'un plus grand nombre de paires

segmentaires de nerfs qui, sous le nom de nerfs de la moelle dorsale

ou de «nerfs spinaux», se rendent à chacun des segments du corps.

[35] HAECKEL. _Anthropogenie_, 4te Aufl. 1891, Vortrag 16 und 17

(_Korperbau und keimesgesch. der Amphioxus und der Ascidie_).

=Stades de développement phylétique du canal médullaire.=--La longue

histoire phylogénétique de notre «âme des Vertébrés» commence avec le

développement du simple canal médullaire chez les premiers Acraniotes;

elle nous conduit, lentement et graduellement, à travers un espace de

temps de plusieurs millions d'années jusqu'à cette merveille

compliquée qu'est le cerveau humain, merveille qui semble autoriser la

forme la plus perfectionnée des Primates à revendiquer dans la Nature

une place tout à fait exceptionnelle. Une idée claire de cette marche

lente et continue de notre psychogénie phylétique étant la première

condition d'une _psychologie conforme à la nature_, il nous a paru

utile de subdiviser ce vaste espace de temps en un certain nombre de

grandes phases; dans chacune de celles-ci, en même temps que la

structure du système nerveux central, sa fonction, la «psyche» est

allée se perfectionnant. Je distingue donc huit _périodes dans la

phylogénie du canal médullaire_, caractérisées par huit groupes

principaux de Vertébrés; ce sont: I. les Acraniotes; II. les

Cyclostomes; III. les Poissons; IV. les Amphibies; V. les Mammifères

implacentaliens (Monotrêmes et Marsupiaux); VI. les premiers

Mammifères placentaliens, en particulier les Prosimiens; VII. les

Primates plus récents, les vrais Singes ou Simiens; VIII. les Singes

anthropoïdes et l'homme (Anthropomorphes).

I. Premier stade: les _Acrâniens_, représentés aujourd'hui encore par

l'amphioxus; l'organe psychique reste au stade de simple canal

médullaire, nous trouvons une moelle épinière régulièrement segmentée,

sans cerveau.--II. Deuxième stade: les _Cyclostomes_, le groupe le

plus ancien des Crâniotes, représenté aujourd'hui encore par les

petromyzontes et les myxinoïdes; l'extrémité antérieure de la moelle

épinière se renfle en une vésicule qui se différencie en cinq

vésicules cérébrales situées l'une derrière l'autre (cerveau

antérieur, cerveau intermédiaire, cerveau moyen, cervelet et

arrière-cerveau); ces cinq vésicules sont le point de départ commun

d'où sortira le cerveau de tous les Crâniotes, depuis le pétromyzonte

jusqu'à l'homme.--III. Troisième stade: _Poissons primitifs_

(Sélaciens) analogues aux requins actuels; chez ces poissons

primitifs, desquels dérivent tous les Gnathostoma, commence à

s'accentuer la différenciation des cinq vésicules cérébrales d'abord

pareilles.--IV. Quatrième stade: _Amphibies_. Dans cette classe des

plus anciens Vertébrés terrestres, apparus pour la première fois

pendant la période houillère, commence à apparaître la forme du corps

caractéristique des _Tétrapodes_, en même temps que se transforme le

cerveau hérité des Poissons; les modifications se poursuivent chez les

Epigones de la période permique, les _Reptiles_ dont les plus anciens

représentants, les _Tocosauriens_, sont les formes ancestrales

communes à tous les Amniotes (les Reptiles et les Oiseaux, d'une part;

les Mammifères de l'autre).--V à VIII. du cinquième au huitième stade;

les Mammifères.

L'histoire de la formation de notre système nerveux et la phylogénie

de notre âme, qui s'y rattache, ont été exposées en détail dans mon

_Anthropogénie_ et rendues plus claires par de nombreuses figures[36].

Je dois donc y renvoyer, ainsi qu'aux notes dans lesquelles j'ai

insisté particulièrement sur quelques-uns des faits les plus

importants. Cependant, j'ajouterai, ici encore, quelques remarques

relatives à la dernière et la plus intéressante partie de ces faits,

au développement de l'âme et de ses organes au sein de la _Classe des

Mammifères_: je rappellerai surtout que _l'origine monophylétique_ de

cette classe, le fait que tous les Mammifères descendent d'une forme

ancestrale commune (de la période triasique) est maintenant bien

établi.

[36] _Anthropogénie_, 4e éd., 1891, p. 621-688.

=Histoire de l'âme chez les Mammifères.=--La conséquence la plus

importante qui ressorte de l'origine monophylétique des Mammifères,

c'est que _l'âme de l'homme_ dérive forcément d'une longue série

évolutive d'autres _âmes de Mammifères_. Un profond abîme sépare

anatomiquement et physiologiquement la structure du cerveau et la vie

psychique qui en découle, chez les Mammifères supérieurs, de ce

qu'elles sont chez les Mammifères inférieurs et pourtant ce profond

abîme est comblé par une longue série de stades intermédiaires. Car un

espace de temps d'au moins quatorze millions d'années (selon d'autres

calculs plus de cent millions!) qui se sont écoulées depuis le

commencement de l'époque triasique, suffit complètement à rendre

possibles les plus grands progrès psychologiques. Les résultats

généraux des recherches approfondies faites en ces derniers temps sur

ce sujet sont les suivants: I. Le cerveau des Mammifères se distingue

de celui des autres Vertébrés par certaines particularités, communes à

tous les membres de la classe, surtout par le développement proéminent

de la première et de la quatrième vésicule du cerveau antérieur et du

cervelet, tandis que la troisième, le cerveau moyen, entre en

régression.--II. Cependant il y a un lien étroit entre la forme du

cerveau chez les Mammifères inférieurs les plus anciens (Monotrèmes,

Marsupiaux, Prochoriates) et chez leurs ancêtres paléozoïques, les

Amphibies du carbonifère (Stegocéphales) et les Reptiles du permique

(Tocosauriens).--III. C'est seulement à l'époque tertiaire que

s'accomplit la complète et typique transformation du cerveau

antérieur, qui distingue si nettement les Mammifères récents des plus

anciens.--IV. Le développement spécial du cerveau antérieur

(quantitatif et qualitatif) qui caractérise l'homme et auquel celui-ci

doit l'apanage de ses facultés psychiques, ne se retrouve que chez une

partie des Mammifères les plus perfectionnés de la fin de l'époque

tertiaire, surtout chez les singes anthropoïdes.--V. Les différences

qui existent dans la constitution du cerveau et dans la vie psychique

entre l'homme et les singes anthropoïdes sont moindres que les

différences correspondantes entre ceux-ci et les Primates inférieurs

(les Singes les plus anciens et les Prosimiens).--VI. Par suite, il

nous faut considérer, comme un fait scientifiquement démontré, que

l'âme humaine provient, par une évolution historique progressive,

d'une longue chaîne d'âmes de Mammifères, d'abord grossières puis plus

perfectionnées--et cela en vertu des lois phylétiques partout

valables, de la Théorie de la Descendance.

Les énigmes de l'Univers · 第 51 / 160 题