L. BESSER.--_Was ist Empfindung?_ Bonn, 1891.

A. RAU.--_Empfinden und Denken. Eine physiologische Untersuchung

über die Natur des menschlichen Verstandes._ Giessen, 1896.

P. CARUS.--_The soul of man. An investigation of the facts of

physiological and experimental Psychology._ Chicago, 1891.

A. FOREL.--_Gehirn und Seele (Vortrag in Wien)._ IV Aufl., Bonn,

1894.

A. SVOBODA.--_Der Seelenwahn. Geschichtliches und

Philosophisches._ Leipzig, 1886.

Les phénomènes dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle d'ordinaire

la _Vie de l'âme_ ou l'activité psychique, sont, entre tous ceux que

nous connaissons, d'une part, les plus importants et les plus

intéressants, de l'autre, les plus compliqués et les plus

énigmatiques. La connaissance de la nature elle-même, qui a fait

l'objet de nos précédentes études philosophiques, étant une partie de

la vie de l'âme, et, d'autre part, l'anthropologie exigeant aussi bien

que la cosmologie une exacte connaissance de l'_âme_, on peut

considérer la _psychologie_, la véritable science de l'âme, comme le

fondement et la condition préalable de toutes les autres sciences.

Envisagée d'un autre point de vue, elle est, de plus, une partie de la

philosophie ou de l'anthropologie.

La grande difficulté de son fondement naturel provient de ceci, qu'à

son tour, la psychologie présuppose la connaissance exacte de

l'organisme humain et avant tout du _cerveau_, l'organe le plus

important de la vie de l'âme. La grande majorité des prétendus

«psychologues», ignorent cependant absolument ces bases anatomiques de

l'âme, ou n'en ont qu'une connaissance très imparfaite; et ainsi

s'explique ce fait regrettable que dans aucune science nous ne

trouvons des idées aussi contradictoires et inadmissibles relativement

à sa propre nature et à son objet essentiel, que nous n'en rencontrons

en psychologie. Cette confusion est devenue d'autant plus sensible en

ces trente dernières années que les progrès immenses de l'anatomie et

de la physiologie ont ajouté à notre connaissance de la structure et

des fonctions de l'organe le plus important de l'âme.

=Méthode pour étudier l'âme.=--Selon moi, ce qu'on appelle _âme_ est,

à la vérité, un _phénomène de la nature_. Je considère, par

conséquent, la psychologie comme une branche des sciences naturelles

et en particulier de la _physiologie_. Et par suite, j'insiste dès le

début sur ce point que nous ne pourrons admettre, pour la psychologie,

d'autres voies de recherches que pour toutes les autres sciences

naturelles, c'est-à-dire, en première ligne, l'_observation_ et

l'_expérimentation_, en seconde ligne, l'_histoire du développement_

et en troisième ligne, la _spéculation_ métaphysique, laquelle,

cherche à se rapprocher, autant que possible, par des raisonnements

inductifs et déductifs de l'_essence_ inconnue du phénomène. Quant à

l'examen selon les principes de ce dernier point, il faut tout

d'abord, et précisément ici, étudier de près l'opposition entre les

conceptions dualiste et moniste.

=Psychologie dualiste.=--La conception généralement régnante du

psychique et que nous combattons, considère le corps et l'âme comme

deux _essences_ différentes. Ces deux essences peuvent exister

indépendamment l'une de l'autre et ne sont pas forcément liées l'une à

l'autre.

Le _corps_ organique est une essence mortelle, _matérielle_,

chimiquement constituée par du plasma vivant et des composés engendrés

par lui (produits protoplasmiques). L'_âme_, par contre, est une

essence immortelle, _immatérielle_, un agent spirituel dont l'activité

énigmatique nous est complètement inconnue. Cette plate conception

est, comme telle, spiritualiste et son contraire, en principe, est en

un certain sens matérialiste. La première est, en même temps,

_transcendante_ et _supranaturelle_, car elle affirme l'existence de

forces existant et agissant sans base matérielle; elle repose sur

l'hypothèse qu'en dehors et au-dessus de la nature, il existe encore

un «monde spirituel», monde immatériel dont, par l'expérience, nous ne

savons rien, et par suite de notre nature, ne pouvons rien savoir.

Cette hypothèse, _monde spirituel_, qui serait complètement

indépendant du monde matériel des corps et sur lequel repose tout

l'édifice artificiel de la philosophie dualiste, est un pur produit de

la fantaisie poétique; nous en pouvons dire autant de la croyance

mystique en l'«immortalité de l'âme», qui s'y rattache étroitement et

que nous montrerons plus tard, en traitant spécialement de la

question, être inadmissible pour la science (cf. chap. XI). Si les

croyances qui animent ces mythes étaient vraiment fondées, les

phénomènes dont il s'agit devraient n'être _pas_ soumis à la _loi de

substance_. Cette exception unique à la loi suprême et fondamentale du

cosmos n'aurait dû survenir que très tard au cours de l'histoire de la

terre, puisqu'elle ne porte que sur «l'âme» des hommes et des animaux

supérieurs. Le dogme du «libre arbitre», lui aussi, autre pièce

essentielle de la psychologie dualiste, est inconciliable avec la loi

universelle de substance.

=Psychologie moniste.=--La conception naturelle du psychique que nous

défendons, voit au contraire dans la vie de l'âme une somme de

phénomènes vitaux qui sont liés, comme tous les autres, à un

substratum matériel précis. Nous désignerons provisoirement cette base

matérielle de toute activité psychique, sans laquelle cette activité

n'est pas concevable,--sous le nom de _psychoplasma_ et cela parce que

l'analyse chimique nous la montre partout comme un corps du groupe des

_corps protoplasmiques_, c'est-à-dire un de ces composés du carbone,

de ces albuminoïdes qui sont à la base de tous les processus vitaux.

Chez les animaux supérieurs, qui possèdent un système nerveux et des

organes des sens, le _psychoplasma_, en se différenciant, a donné un

_neuroplasma_: la substance nerveuse. C'est en _ce sens_ que notre

conception est matérialiste. Elle est, d'ailleurs, en même temps,

_empiriste_ et _naturaliste_, car notre expérience scientifique ne

nous a encore appris à connaître aucune force qui soit dépourvue de

base matérielle, ni aucun «monde spirituel» sis en dehors et

au-dessus de la nature.

Ainsi que tous les autres phénomènes de la nature, ceux de la vie de

l'âme sont soumis à la loi suprême qui gouverne tout: à la _loi de

substance_; dans ce domaine il n'y a pas plus que dans les autres une

seule exception à cette loi cosmologique fondamentale (cf. chap. XII).

Les processus de la vie psychique inférieure, chez les Plantes et chez

les Protistes monocellulaires,--mais également chez les animaux

inférieurs--leur irritabilité, leurs mouvements réflexes, leur

sensibilité et leur effort pour persévérer dans l'être: tout cela a

pour condition immédiate des processus psychologiques se passant dans

le _plasma_ cellulaire, des changements physiques et chimiques qui

s'expliquent en partie par l'_hérédité_, en partie par l'_adaptation_.

Mais il en faut dire tout autant de l'activité psychique supérieure,

des animaux supérieurs et de l'homme, de la formation des

représentations et des idées, des phénomènes merveilleux de la raison

et de la conscience. Car ceux-ci proviennent, par développement

phylogénétique, de ceux-là et ce qui les porte à cette hauteur, c'est

seulement le degré supérieur d'intégration ou de centralisation,

d'association ou de synthèse de fonctions jusqu'alors séparées.

=Conception de l'âme.=--On considère avec raison comme le premier

devoir de chaque science la _définition_ de l'objet qu'elle se propose

d'étudier. Mais pour aucune science la solution de ce premier devoir

n'est si difficile que pour la psychologie et le fait est d'autant

plus remarquable que la _logique_, la science des définitions, n'est

elle-même qu'une partie de la psychologie. Si nous rapprochons tout ce

qui a été dit sur les notions essentielles de cette science par les

philosophes et les naturalistes les plus remarquables de tous les

temps, nous nous trouvons enserrés dans un chaos des vues les plus

contradictoires. Qu'est-ce donc, en somme, que l'_âme_? Quel rapport

a-t-elle avec l'_esprit_? Qu'entend-on proprement par _conscience_?

Qu'est-ce qui différencie l'_impression_ du _sentiment_? Qu'est-ce que

l'_instinct_? Quel est son rapport avec le _libre arbitre_? Qu'est-ce

qu'une _représentation_? Quelle différence y a-t-il entre

l'_entendement_ et la _raison_? Et qu'est-ce au fond que le

_sentiment_[19]? Quelles sont les relations de tous ces «phénomènes

psychiques» avec le _corps_?

[19] Nous traduisons «Gemüth» par sentiment, le même mot qui nous

a servi un peu plus haut à traduire «Gefühl». La traduction n'est

cette fois qu'approximative, le mot «Gemüth» étant un idiotisme.

Les réponses à ces questions et à d'autres qui s'y rattachent sont

aussi différentes que possible; non seulement les plus grandes

autorités ont là-dessus des manières de voir opposées, mais encore,

pour une seule et même de ces autorités _scientifiques_, il n'est pas

rare de trouver au cours de l'évolution psychologique les manières de

voir complétement changées. Certes, cette _métamorphose psychologique_

de beaucoup de penseurs n'a pas peu contribué à amener cette

_confusion colossale des idées_ qui règne en psychologie plus que dans

tout autre domaine de la connaissance humaine.

=Métamorphose psychologique.=--L'exemple le plus intéressant d'un

changement aussi total des vues psychologiques aussi bien objectives

que subjectives, c'est celui que nous fournit le guide le plus

influent de la philosophie allemande, _Kant_. Le Kant de la jeunesse,

le vrai _Kant critique_, était arrivé à cette conviction que

les trois _puissances du mysticisme_--«Dieu, la liberté et

l'immortalité»--étaient inadmissibles pour la _raison pure_; Kant

vieilli, le _Kant dogmatique_, trouva que ces trois «fantômes

capitaux» étaient des postulats de la _raison pratique_ et comme tels

indispensables. Et plus, de nos jours, l'école si considérée des

_Néokantiens_ prêche le «retour à Kant» comme l'unique salut devant

l'épouvantable charivari de la métaphysique moderne; plus clairement

se révèle l'indéniable et désastreuse contradiction entre les idées

essentielles du jeune et du vieux _Kant_; nous reviendrons sur ce

dualisme.

Un intéressant exemple d'une variation analogue nous est fourni par

deux des plus célèbres naturalistes de notre temps: R. VIRCHOW et DU

BOIS-REYMOND; la métamorphose de leurs idées psychologiques doit

d'autant moins être négligée que les deux biologistes berlinois,

depuis plus de 40 ans, jouent un rôle des plus importants dans la plus

grande des universités allemandes et exercent, tant directement

qu'indirectement, une influence profonde sur la pensée moderne.

VIRCHOW, à qui nous devons tant à titre de fondateur de la pathologie

cellulaire, était, au meilleur temps de son activité scientifique,

vers le milieu du siècle (et surtout pendant son séjour à Würzbourg,

1849-1856) un pur _moniste_; il passait alors pour l'un des

représentants les plus éminents de ce _matérialisme_ naissant qui

s'était introduit vers 1855, par deux oeuvres célèbres parues presque

en même temps: _La matière et la force_, de L. BUCUNER et _La foi du

charbonnier et la science_, de C. VOGT. VIRCHOW exposait alors ses

idées générales sur la biologie et les processus vitaux de

l'homme--conçus tout comme des phénomènes mécaniques naturels--dans

une série d'articles remarquables parus dans les _Archives d'anatomie

pathologique_ qu'il dirigeait. Le plus important, sans contredit, de

ses travaux et celui dans lequel VIRCHOW a exposé le plus clairement

ses idées monistes d'alors, c'est son écrit sur «Les tendances vers

l'unité dans la médecine scientifique» (1849). Ce fut certainement

après mûre réflexion et parce qu'il était convaincu de la valeur

philosophique de cet ouvrage, que VIRCHOW, en 1856, plaça cette

«profession de foi médicale» en tête de ses _Etudes réunies de

médecine scientifique_. Il y soutient les principes fondamentaux de

notre monisme actuel, avec autant de clarté et de précision que je le

fais ici en ce qui concerne la solution de l'«énigme de l'univers»; il

défend la légitimité exclusive de la science expérimentale, dont les

seules sources dignes de foi sont l'activité des sens et le

fonctionnement du cerveau; il combat non moins nettement le dualisme

anthropologique, toute prétendue révélation et toute «transcendance»,

ainsi que ses deux avenues: «la foi et l'anthropomorphisme». Il fait

ressortir avant tout le caractère moniste de l'anthropologie, le lien

indissoluble entre l'esprit et le corps, la force et la matière; à la

fin de sa préface, il s'exprime ainsi (p. 4): «Je suis convaincu que

je ne serai jamais amené à nier le principe de l'_unité de la nature

humaine_ et ses conséquences». Malheureusement cette «conviction»

était une grave erreur; car, 28 ans après, VIRCHOW soutenait des

idées, en principe tout opposées, cela dans le discours dont on a tant

parlé, sur «La liberté de la science dans l'Etat moderne» qu'il

prononça en 1877 à l'Assemblée des naturalistes, à Münich et dont j'ai

repoussé les attaques dans mon écrit: _La science libre et

l'enseignement libre_ (1878).

Des contradictions analogues, en ce qui concerne les principes

philosophiques les plus importants se rencontrent aussi chez DU

BOIS-REYMOND, qui a remporté ainsi un bruyant succès auprès des écoles

dualistes et surtout près de l'«Ecclesia militans». Plus ce célèbre

rhéteur de l'Académie de Berlin avait défendu brillamment les

principes généraux de notre monisme, plus il avait contribué à réfuter

le vitalisme et la conception transcendantale de la vie, d'autant plus

bruyant fut le cri de triomphe des adversaires lorsqu'en 1872, dans

son discours sensationnel de l'_ignorabimus_, DU BOIS-REYMOND rétablit

la conscience comme une énigme insoluble, l'opposant comme un

phénomène surnaturel aux autres fonctions du cerveau. Je reviendrai

plus loin là-dessus (ch. X).

=Psychologie objective et Psychologie subjective.=--La nature spéciale

d'un grand nombre de phénomènes de l'âme et surtout de la conscience,

nous oblige à apporter certaines modifications à nos méthodes de

recherche scientifique. Une circonstance surtout importante ici, c'est

qu'à côté de l'observation ordinaire, _objective, extérieure_, il

faut faire place à la _méthode introspective_, à l'observation

_subjective, intérieure_ qui résulte du fait que notre «moi» se

réfléchit dans la conscience. La plupart des psychologues partent de

cette «certitude immédiate du moi»: _Cogito ergo sum!_ «Je pense donc

je suis». Nous jetterons donc tout d'abord un regard sur ce moyen de

connaissance et ensuite seulement sur les autres méthodes,

complémentaires de celle-ci.

=Psychologie introspective.= (Auto-observation de l'âme). La plus

grande partie des documents sur l'âme humaine, consignés depuis des

milliers d'années dans d'innombrables écrits, provient de l'étude

introspective de l'âme, c'est-à-dire de l'_auto-observation_, puis des

conclusions que nous tirons de l'association et de la critique de ces

«expériences internes» subjectives. Pour une grande partie de l'étude

de l'âme cette voie subjective est en général la seule possible,

surtout pour l'étude de la _conscience_; cette fonction cérébrale

occupe ainsi une place toute particulière et elle est devenue, plus

que toute autre, la source d'innombrables erreurs philosophiques (cf.

chap. X). Mais c'est un point de vue trop étroit et qui conduit à des

notions très imparfaites, fausses même, que celui qui nous fait

considérer cette auto-observation de notre esprit comme la source

principale, sinon unique, où puiser pour le connaître, ainsi que le

font de nombreux et distingués philosophes. Car une grande partie des

phénomènes les plus importants de la vie de l'âme, surtout les

_fonctions des sens_ (vue, ouïe, odorat, etc.), puis le _langage_, ne

peuvent être étudiés que par les mêmes méthodes que toute autre

fonction de l'organisme, à savoir d'abord par une recherche anatomique

approfondie de leurs _organes_ et, secondement, par une exacte analyse

physiologique des _fonctions_ qui en dépendent. Mais pour pouvoir

faire cette «observation extérieure» de l'activité de l'âme et

compléter par là les résultats de l'«observation intérieure», il faut

une connaissance profonde de l'anatomie et de l'histologie, de

l'ontogénie et de la physiologie humaines. Ces données fondamentales,

indispensables, de l'anthropologie n'en font pas moins défaut chez la

plupart des prétendus _psychologues_, ou sont très insuffisantes;

aussi ceux-ci ne sont-ils pas en état de se faire même de leur âme,

une idée suffisante. A cela s'ajoute la circonstance défavorable que

cette âme, si vénérée par son possesseur, est souvent chez le

psychologue une âme développée dans une direction unique (quelque haut

perfectionnement qu'atteigne cette Psyché dans son sport spéculatif!),

c'est en outre l'âme d'un _homme civilisé_, appartenant à une race

supérieure, c'est-à-dire le dernier _terme_ d'une longue série

phylétique évolutive, pour l'exacte compréhension duquel la

connaissance de précurseurs nombreux et inférieurs serait

indispensable. Ainsi s'explique que la plus grande partie de la

puissante littérature psychologique soit aujourd'hui une maculature

sans valeur. La méthode introspective a certainement une immense

valeur, elle est indispensable, mais elle a absolument besoin de la

collaboration et du complément que lui apportent les autres méthodes.

=Psychologie exacte.=--Plus s'enrichissait, au cours de ce siècle, le

développement des diverses branches de l'arbre de la connaissance

humaine, plus se perfectionnaient les diverses méthodes des sciences

particulières, plus grandissait le désir d'y apporter l'_exactitude_,

c'est-à-dire de faire un examen empirique des phénomènes, aussi

_exact_ que possible et de donner aux lois qui s'en pourraient déduire

une formule aussi nette que possible, _mathématique_ quand il se

pourrait. Mais ceci n'est réalisable que pour une petite partie de la

science humaine, avant tout dans les sciences dont la tâche principale

est la détermination de grandeurs mesurables; en première ligne les

mathématiques, puis l'astronomie, la mécanique, et en somme une grande

partie de la physique et de la chimie. Aussi désigne-t-on ces sciences

du nom de _sciences exactes_, au sens propre du mot. Par contre, on a

tort (et c'est souvent une cause d'erreur) de considérer, ainsi qu'on

le fait volontiers, _toutes_ les sciences naturelles comme «exactes»,

pour les opposer à d'autres, en particulier aux sciences historiques

et «psychologiques». Car, pas plus que celles-ci, la plus grande

partie des sciences naturelles ne sont susceptibles d'un traitement

exact au sens propre; ceci vaut surtout pour la biologie et, parmi ses

branches, pour la psychologie. Celle-ci n'étant qu'une partie de la

physiologie doit, en général, participer des méthodes de la première.

Elle doit, par l'observation et l'expérimentation, donner un fondement

_empirique_, aussi exact que possible, aux phénomènes de la vie de

l'âme; après quoi elle en doit tirer les lois de l'âme par des

raisonnements inductifs et déductifs, et leur donner une formule aussi

nette que possible. Mais, pour des raisons faciles à comprendre, une

formule _mathématique_ ne sera que très rarement possible; on n'a pu

en donner avec succès que pour une partie de la physiologie des sens;

par contre, ces formules sont inapplicables à la plus grande partie de

la physiologie du cerveau.

=Psycho-physique.=--Une petite province de la psychologie qui semble

accessible aux recherches «exactes» que l'on poursuit, a été, depuis

vingt ans, étudiée avec grand soin et élevée au rang de discipline

spéciale sous le nom de _psychophysique_. Ses fondateurs, les

physiologistes FECHNER et WEBER de Leipzig, étudièrent d'abord avec

exactitude la dépendance de la sensation par rapport à l'excitant

externe, agissant sur l'organe sensoriel et, en particulier, le

rapport quantitatif entre l'intensité de l'excitation et celle de la

sensation. Ils trouvèrent que pour produire une sensation, un certain

quantum précis et minimum d'excitation est nécessaire, «seuil de

l'excitation», et qu'une excitation donnée doit toujours varier d'un

surcroît précis: «seuil de la différence», avant que la sensation ne

se modifie d'une manière sensible. Pour les sens les plus importants

(la vue, l'ouïe, le sens de la pression) on peut poser cette loi que

les variations des sensations sont proportionnelles à l'intensité des

excitations. De cette «loi de WEBER», empirique, FECHNER déduisit, par

des opérations mathématiques, sa «loi fondamentale psycho-physique»,

en vertu de laquelle l'intensité de la sensation croît selon une

progression arithmétique; celle de l'excitation, par contre, selon une

progression géométrique. Néanmoins, cette loi de FECHNER, ainsi que

d'autres «lois» psycho-physiques, a été attaquée de divers côtés et

son «exactitude» contestée. Malgré tout, la «psycho-physique» moderne

n'est pas loin d'avoir satisfait à tout ce qu'on attendait d'elle, à

tous les voeux de ceux qui l'acclamaient il y a vingt ans; seulement

le domaine de son application possible est très restreint. Et elle a

une haute portée théorique en ce qu'elle nous démontre la valeur

absolue des lois physiques sur une partie, restreinte il est vrai, du

domaine de la prétendue «vie de l'âme», valeur revendiquée depuis

longtemps par la psychologie matérialiste pour le domaine tout entier

de la vie de l'âme. La méthode exacte s'est montrée, ici comme dans

beaucoup d'autres branches de la physiologie, insuffisante et peu

productive; en principe elle est sans doute partout désirable, mais

malheureusement inapplicable dans la plupart des cas. Bien plus

fécondes sont les méthodes comparative et génétique.

=Psychologie comparée.=--La ressemblance frappante qui existe entre la

vie psychique de l'homme et celle des animaux supérieurs est un fait

depuis longtemps connu. La plupart des peuples primitifs, aujourd'hui

encore, ne font aucune différence entre les deux séries de phénomènes

psychiques, ainsi qu'en font foi les fables partout répandues, les

vieilles légendes et les idées relatives à la métempsychose. La

plupart des philosophes de l'antiquité classique étaient convaincus,

eux aussi, de cette parenté, et entre les âmes humaine et animale, ils

ne découvraient aucune différence essentielle qualitative, mais une

simple différence quantitative. PLATON lui-même, qui affirma le

premier la distinction fondamentale de l'âme et du corps, faisait

traverser successivement à une seule et même âme (Idée), par sa

théorie de la métempsychose, divers corps animaux et humains. C'est

seulement le christianisme qui, rattachant étroitement la foi en

l'immortalité à la foi en Dieu, posa la distinction fondamentale entre

l'âme humaine immortelle et l'âme animale mortelle. Dans la

philosophie dualiste, c'est avant tout sous l'influence de DESCARTES

(1643) que cette idée s'implanta; il affirmait que l'homme seul a une

«âme» véritable et avec elle la sensibilité et le libre arbitre; qu'au

contraire, les bêtes sont des automates, des machines sans volonté ni

sensibilité. Depuis, la plupart des psychologues--et KANT en

particulier,--négligèrent complètement l'âme des animaux et

réduisirent à l'homme l'objet des études psychologiques; la

psychologie humaine, presque exclusivement introspective, fut privée

de la comparaison féconde avec la psychologie animale et resta, pour

cette raison, au même niveau inférieur qu'occupait la morphologie

avant que CUVIER, en fondant l'anatomie comparée, ne l'élevât à la

hauteur d'une «science naturelle philosophique».

=Psychologie animale.=--L'intérêt scientifique ne se réveilla en

faveur de l'âme animale que dans la seconde moitié du siècle dernier,

parallèlement aux progrès de la zoologie et de la physiologie

systématiques. L'intérêt fut stimulé surtout par l'écrit de REIMARUS:

_Considérations générales sur les instincts animaux_ (Hambourg, 1760).

Néanmoins, une étude scientifique plus sérieuse ne devint possible

qu'avec la réforme fondamentale de la physiologie, dont nous sommes

redevables au grand naturaliste berlinois, MÜLLER. Ce biologiste de

génie, embrassant le domaine entier de la nature organique, tout

ensemble la morphologie et la physiologie, introduisit pour la

première fois les _méthodes exactes_ de l'observation et de

l'expérimentation dans la physiologie tout entière et y rattacha en

même temps, d'une manière générale, les _méthodes de comparaison_; il

les appliqua aussi bien à la vie psychique, au sens le plus large

(langage, organes des sens, fonctions du cerveau), qu'à tous les

autres phénomènes vitaux. Le sixième livre de son _Manuel de

physiologie humaine_ (1840) traite spécialement de «la vie de l'âme»

et contient, en 80 pages, une quantité de considérations

psychologiques des plus importantes.

En ces quarante dernières années, il a paru un grand nombre d'écrits

sur la psychologie comparée des animaux, provoqués en partie par

l'impulsion puissante donnée en 1859 par DARWIN dans son ouvrage sur

l'origine des espèces, et aussi par l'introduction de la _Théorie de

l'évolution_ dans le domaine psychologique. Quelques-uns de ces écrits

les plus importants sont dus à ROMANES et G. LUBBOCK, pour

l'Angleterre; WUNDT, BÜCHNER, G. SCHNEIDER, FRITZ SCHULTZE et CHARLES

GROOS, pour l'Allemagne; ESPINAS et JOURDAN, pour la France; TITO

VIGNOLI, pour l'Italie. (J'ai donné les titres de quelques-uns des

ouvrages les plus importants, au début de ce chapitre.)

En Allemagne, WUNDT passe actuellement pour l'un des plus grands

psychologues; il possède, sur la plupart des philosophes, l'avantage

inappréciable de connaître à fond la _zoologie_, l'_anatomie_ et la

_physiologie_. Autrefois préparateur et élève d'HELMHOLZ, WUNDT s'est

de bonne heure habitué à appliquer les lois fondamentales de la

physique et de la chimie au domaine tout entier de la physiologie et,

par suite, dans l'esprit de MÜLLER, à la psychologie en tant que

faisant partie de la physiologie. Placé à ce point de vue, WUNDT

publia, en 1863, ses précieuses _Leçons sur l'âme chez l'homme et chez

l'animal_. L'auteur y donne, comme il le dit lui-même dans la préface,

la _preuve_ que le théâtre des principaux phénomènes psychiques est

l'_âme inconsciente_ et il laisse notre regard «pénétrer dans ce

_mécanisme_ de l'arrière-plan inconscient de l'âme qui élabore les

incitations venues des impressions extérieures». Mais ce qui me paraît

surtout important dans l'ouvrage de WUNDT et en faire surtout la

valeur, c'est qu'on y trouve, «pour la première fois, la _loi_ _de la

conservation de la force étendue au domaine psychique_ et, en outre,

une série de faits empruntés à l'électro-physiologie utilisés pour la

démonstration».

Trente ans plus tard (1892), WUNDT publia une seconde édition, mais

sensiblement abrégée et complètement remaniée, de ses _Leçons sur

l'âme chez l'homme et chez l'animal_. Les principes les plus

importants de la première édition sont complétement abandonnés dans la

seconde et le point de vue _moniste_ y fait place à une conception

purement dualiste. WUNDT lui-même dit, dans la préface de la seconde

édition, qu'il ne s'est délivré que peu à peu des erreurs

fondamentales de la première et que «depuis des années, il a appris à

considérer ce travail comme un _péché de jeunesse_; son premier

ouvrage pesait sur lui comme une _faute_, qu'il aspirait à expier, si

bien que les choses parussent tourner pour lui». De fait, les vues

essentielles de WUNDT, en psychologie, sont complètement opposées dans

les deux éditions de ses _Leçons_, si répandues; elles sont, dans la

première, toutes monistes et matérialistes, dans la seconde, toutes

dualistes et spiritualistes. La première fois, la _psychologie_ est

traitée comme une _science naturelle_, les mêmes principes lui sont

appliqués qu'à la physiologie tout entière, dont elle n'est qu'une

partie; trente ans plus tard, l'étude de l'âme est devenue pour lui

une pure _science de l'esprit_, dont l'objet et les principes

diffèrent complètement de ceux des sciences naturelles. Cette

conversion trouve son expression la plus nette dans le principe du

_parallélisme psycho-physique_, en vertu duquel, sans doute, «à chaque

évènement psychique correspond un évènement physique quelconque», mais

tous les deux sont complètement indépendants l'un de l'autre et il

_n'existe pas entre eux de lien causal naturel_. Ce parfait _dualisme_

du corps et de l'âme, de la nature et de l'esprit, a naturellement

trouvé le plus vif succès près de la philosophie d'école alors

régnante, qui y applaudit comme à un progrès important, d'autant plus

que ce dualisme est professé par un naturaliste remarquable, qui a

soutenu jadis les vues opposées. Comme je soutiens moi-même ces

opinions «étroites» depuis plus de 40 ans et comme, en dépit des

efforts les mieux intentionnés, je n'ai pas pu m'en départir, je

considère naturellement les «péchés de jeunesse» du jeune

physiologiste WUNDT comme des idées justes sur la nature et je les

défends énergiquement contre les opinions opposées du vieux philosophe

WUNDT.

Il est très intéressant de constater le total _changement de principes

philosophiques_ dont WUNDT nous offre ici l'exemple, comme autrefois

KANT, WIRCHOW, DU BOIS-REYMOND, ainsi que BAER et d'autres. Dans leur

jeunesse, ces naturalistes, intelligents et hardis, embrassent le

domaine tout entier de leurs recherches biologiques d'un vaste regard,

s'efforçant ardemment d'asseoir la connaissance dans sa totalité sur

une base naturelle et une; dans leur vieillesse ils ont reconnu que ce

n'était pas pleinement réalisable, aussi préfèrent-ils renoncer tout à

fait à leur but.

Pour excuser cette métamorphose psychologique, ils pourront

naturellement prétendre que dans leur jeunesse ils n'ont pas vu toutes

les difficultés de la grande tâche entreprise et qu'ils se sont

trompés sur le vrai but; que c'est seulement après que leur esprit a

mûri avec l'âge et qu'ils ont accumulé les expériences, qu'ils se sont

convaincus de leurs erreurs et ont trouvé le vrai chemin qui conduit à

la source de la vérité. Mais on peut aussi affirmer, inversement, que

les grands savants, dans leur jeune âge, abordaient avec plus de

courage et d'impartialité leur tâche difficile, que leur regard était

plus libre et leur jugement plus pur; les expériences des années

postérieures n'amènent pas seulement un enrichissement, mais un

trouble de la vue et avec la vieillesse survient une dégénérescence

graduelle, dans le cerveau comme dans les autres organes. En tout cas,

cette métamorphose, quant à la théorie de la connaissance, est en

elle-même un fait psychologique instructif; car elle montre, ainsi que

tant d'autres formes de «changement d'opinions», que les plus hautes

fonctions de l'âme sont soumises, au cours de la vie, à d'aussi

importantes modifications individuelles que toutes les autres

fonctions vitales.

=Psychologie des peuples.=--Il importe beaucoup, si l'on veut étudier

avec fruit la psychologie comparée, de ne pas borner la comparaison

critique à l'animal et à l'homme en général, mais aussi de placer l'un

à côté de l'autre les divers _échelons_ de la vie psychique de chacun

d'eux. C'est seulement ainsi que nous parviendrons à apercevoir

clairement la longue _échelle_ d'évolution psychique qui va, sans

interruption, des formes vivantes les plus inférieures,

monocellulaires, jusqu'aux Mammifères et, à leur tête, jusqu'à

l'homme. Mais au sein de la race humaine, elle-même, ces échelons sont

très nombreux et les rameaux de l'«arbre généalogique de l'âme»

infiniment variés. La différence psychique entre le plus grossier des

hommes incultes, au plus bas degré, et l'homme civilisé le plus

accompli, au plus haut degré de l'échelle est colossale, bien plus

grande qu'on ne l'admet généralement. L'importance de ce fait

exactement mesurée a imprimé, surtout dans la seconde moitié du XIXe

siècle, un vif élan à l'_Anthropologie des peuples primitifs_ (WAITZ),

et donné à l'ethnographie comparée une haute importance pour la

psychologie. Malheureusement, les matériaux bruts, en quantité énorme,

réunis pour la constitution de cette science, n'ont pas encore subi

une élaboration critique suffisante. On peut juger des idées confuses

et mystiques qui règnent encore là, d'après la soi-disant «_Pensée des

peuples_» du voyageur connu, ADOLPHE BASTIAN, lequel s'est rendu

célèbre par la fondation, à Berlin, du «Musée d'ethnographie», mais

qui, écrivain prolixe, nous présente une véritable monstruosité de

compilation sans critique et de spéculation confuse.

=Psychologie ontogénétique.=--La plus négligée, la moins employée de

toutes les méthodes, dans l'étude de l'âme, a été jusqu'à présent

l'_ontogénétique_; et pourtant ce sentier peu fréquenté est

précisément celui qui nous mène le plus vite et le plus sûrement parmi

la sombre forêt des préjugés, des dogmes et des erreurs

psychologiques, jusqu'au point d'où nous pouvons voir clair dans

beaucoup des plus importants «problèmes de l'âme». De même que dans

tout autre domaine de l'embryologie organique, je commence par poser

ici l'une en face de l'autre ses deux grandes branches, que j'ai

distinguées dès 1866: l'embryologie (ontogénie) et la généalogie

(phylogénie). L'_embryologie de l'âme_, la psychogénie individuelle ou

biontique, étudie le développement graduel et progressif de l'âme chez

l'individu et cherche à déterminer les lois qui le conditionnent. Pour

une portion importante de la psychologie humaine, il y a beaucoup de

fait depuis des milliers d'années; car la _pédagogie_ rationnelle a

déjà dû, de bonne heure, s'imposer la tâche de connaître théoriquement

le progrès graduel et la capacité d'éducation de l'âme de l'enfant,

dont elle avait, en pratique, à réaliser l'harmonieux développement et

qu'elle devait diriger. Seulement, la plupart des pédagogues étaient

des philosophes spiritualistes et dualistes qui, par suite, se

mettaient à l'oeuvre en y apportant d'avance les préjugés

traditionnels de la psychologie spiritualiste. Depuis quelques

dizaines d'années seulement, la méthode des sciences naturelles a

gagné du terrain, même dans les écoles, sur cette direction

dogmatique; on s'efforce aujourd'hui davantage, même quand on traite

l'âme de l'enfant d'appliquer les principes de la doctrine

évolutionniste. Les matériaux bruts contenus dans chaque âme

individuelle d'enfant, sont déjà qualitativement donnés _à priori,

hérités_ qu'ils sont des parents et des ancêtres; l'éducation a pour

tâche de les amener à maturité, de les faire s'épanouir par

l'instruction intellectuelle et l'éducation morale, c'est-à-dire par

l'_adaptation_. Pour la science de notre premier développement

psychique, c'est W. PREYER (1882) qui en a posé les fondements dans

son intéressant ouvrage: _L'âme de l'enfant, observations relatives_

_au développement intellectuel de l'homme dans les premières années

de sa vie_. En ce qui concerne les stades et les métamorphoses

ultérieures de l'âme individuelle, il reste encore beaucoup à faire:

l'application légitime et pratique de la grande loi biogénétique

commence à apparaître, ici aussi, comme le fanal lumineux de la

compréhension scientifique.

=Psychologie phylogénétique.=--Une époque nouvelle et féconde, une ère

de développement plus grand commença, pour la psychologie comme pour

toutes les sciences biologiques, lorsqu'il y a quarante ans CH. DARWIN

y appliqua les principes de la théorie de l'évolution. Le septième

chapitre de son ouvrage sur l'Origine des espèces (1859), ouvrage qui

fit époque, est consacré à l'_instinct_; il contient la démonstration

précieuse que les instincts des animaux sont soumis, comme toutes les

autres fonctions vitales, aux autres lois générales du développement

historique. Les instincts spéciaux des espèces animales distinctes

sont transformés par l'_adaptation_ et ces «changements acquis» sont

transmis par l'_hérédité_ aux descendants. Dans leur conservation et

leur développement, la _sélection_ naturelle, au moyen de la «lutte

pour la vie», joue le même rôle disciplinateur que la transformation

de n'importe quelle fonction physiologique. Plus tard, dans plusieurs

ouvrages, DARWIN a développé cette idée et montré que les mêmes lois

de «développement intellectuel» règnent dans tout le monde organique,

qu'elles valent pour l'homme comme pour les animaux et pour ceux-ci

comme pour les plantes. L'_unité du monde organique_, explicable par

sa commune origine, s'étend ainsi au domaine tout entier de la vie de

l'âme, depuis le plus simple organisme monocellulaire jusqu'à l'homme.

Le développement ultérieur de la psychologie de DARWIN et son

application aux divers domaines de la vie psychique sont dus à un

remarquable naturaliste anglais, G. ROMANES. Malheureusement, sa mort

récente, si prématurée, l'a empêché d'achever son grand ouvrage dans

lequel toutes les parties de la psychologie comparée devaient être

également constituées dans le sens de la doctrine moniste de

l'évolution. Les deux parties de cet ouvrage qui ont paru comptent

parmi les productions les plus précieuses de la littérature

psychologique tout entière. En effet, conformément aux principes

monistes des sciences naturelles modernes, ces ouvrages nous offrent

premièrement, réunis et ordonnés, les _faits_ les plus importants qui,

depuis des milliers d'années, ont été établis empiriquement, par

l'observation et l'expérience, sur le domaine de la psychologie

comparée. Secondement, ces faits sont ensuite examinés et groupés en

vue d'une fin, par la _critique objective_; et troisièmement, il en

découle en ce qui concerne les problèmes généraux les plus importants

de la _psychologie_, ces raisonnements qui seuls, sont conciliables

avec les principes de notre moderne doctrine moniste. Le premier

volume composant l'oeuvre de ROMANES, porte ce titre, _L'évolution

mentale chez les animaux_ (1885) et nous retrace toute la longue

hiérarchie des stades de l'évolution psychique dans la série animale,

depuis les impressions et les instincts les plus simples des animaux

inférieurs jusqu'aux phénomènes les plus parfaits de la conscience et

de la raison, chez les animaux supérieurs, tout cela s'enchaînant par

des liens naturels. On trouve aussi dans ce volume de nombreuses notes

tirées des manuscrits posthumes de DARWIN «sur l'instinct» en même

temps qu'une «collection complète de tout ce que celui-ci a écrit sur

la psychologie».

La seconde et la plus importante partie de l'oeuvre de ROMANES, traite

de l'_Evolution mentale chez l'homme et de l'origine des facultés

humaines_[20] (1893). Le pénétrant psychologue y démontre d'une

manière convaincante que _la barrière psychologique entre l'homme et

l'animal est vaincue_! La pensée à l'aide des mots, le pouvoir

d'abstraction de l'homme, se sont graduellement développés, sortis de

degrés inférieurs où la pensée et la représentation ne s'aidaient pas

encore de mots, degrés réalisés chez les Mammifères les plus proches

de l'homme. Les plus hautes fonctions intellectuelles de l'homme, la

_raison_, le _langage_ et la _conscience_ ne sont que les

perfectionnements des mêmes fonctions aux degrés inférieurs où elles

sont réalisées dans la série des _ancêtres primates_ (Simiens et

Prosimiens). L'homme ne possède pas une seule «fonction

intellectuelle» qui soit sa propriété exclusive. Sa vie psychique tout

entière ne diffère de celles des Mammifères, ses proches, qu'en

_degré_, non en _nature_, quantitativement, non qualitativement.

[20] Traduction française par H. de Varigny.

Je renvoie les lecteurs qui s'intéressent à cette capitale «question

de l'âme», à l'ouvrage fondamental de ROMANES. Je suis d'accord, sur

presque tous les points et toutes les affirmations, avec lui et avec

DARWIN; lorsqu'il semble y avoir des différences entre l'opinion de

ces auteurs et les vues que j'ai exposées précédemment, elles

proviennent soit d'une expression imparfaite chez moi ou d'une

différence insignifiante dans l'application des termes fondamentaux.

D'ailleurs, c'est une des caractéristiques de cette «science des

termes» qu'en ce qui concerne les termes fondamentaux les plus

importants, les philosophes les plus marquants aient des manières de

voir toutes différentes.

Place de la psychologie dans le système des sciences biologiques.

=Biologie=

Science de l'organisme

(Anthropologie, Zoologie et Botanique)

^

|--------+-----------------+-------------------+--------------|

| | |

=Morphologie= | =Biogénie=

Science des formes | Histoire du développement

|---+--------^-------+-----| | |-------+--------^--------+------|

| | | | |

=Anatomie= | =Histologie= | =Ontogénie= | =Phylogénie=

Science | Science | Histoire | Histoire

des organes | des tissus | de l'embryon | de la race

|

=Physiologie=

Science des fonctions

|-----------------------^------------------------------------|

| |

Physiologie des Physiologie des

=fonctions animales= =fonctions végétatives=

(Sensation et Mouvement) (Nutrition et Reproduction)

|-------+--------^---------+--| |---------+-------^----+--------|

| | | | |

=Esthématique= | =Phoronomie= =Trophonomie= =Gonimatique=

Science | Science Science Science

de la sensation | du mouvement des échanges de la

| de matériaux génération

=Psychologie=

Science de l'âme

Les énigmes de l'Univers · 第 39 / 160 题