_L'Apothicaire._
Ah! monsieur Clistorel, vous voici; passez dans ma garde-robe.--Je ne
vous demande que cinq minutes.
--Si je pouvois faire ainsi mes conditions avec la mort comme avec mon
apothicaire, et décider le temps et le lieu où elle doit me prendre,--je
lui déclarerois que je ne veux point que ce soit en présence de mes
amis.--Aussi, toutes les fois qu'il m'arrive de penser au genre et aux
circonstances de cette grande catastrophe, (circonstances qui m'occupent
et me tourmentent dix fois plus que la catastrophe elle-même,) je ne
manque pas de supplier ardemment le souverain dispensateur de toutes
choses, qu'il arrange les miennes de façon que la mort ne me surprenne
pas dans ma propre maison; mais plutôt dans quelque auberge commode.--
Dans ma maison, je sais ce que c'est.--L'affliction des miens, leur
empressement à m'essuyer le front, à arranger mon oreiller,--ces petits
et derniers services que me rendroit la main frissonnante de la pâle
amitié, me déchireroient le cœur au point que je mourrois d'un mal dont
mon médecin ne se douteroit pas.--Au lieu que dans une auberge, je suis
assuré de mourir en paix; j'achète avec quelques guinées le peu de
services dont j'ai besoin. Ces services me sont rendus avec une
attention froide, mais exacte.
Prenez garde pourtant: cette auberge ne doit pas être celle d'Abbeville.
Elle est par trop mauvaise.--N'y eût-il pas d'autre auberge dans le
monde entier, j'excepterai celle-ci de la capitulation.
--Ainsi, garçon,
«Que les chevaux soient prêts demain matin à quatre heures.--A quatre
heures; oui, monsieur.--Si tu me manques d'une minute, par sainte
Geneviève! je ferai un tel carillon dans la maison, que les morts s'y
réveilleront.»