SOMMAIRE.

Albert Thorwaldsen--1770-1844. _Portrait de Thorwaldsen. Bas-Reliefs du

Jour et de la Nuit_.--Petits Poèmes du Nord. _L'Orage; la

Mort_.--Algérie. Expédition de Biskarah. _Carte de Constantine à

Biskarah; les ducs d'Aumale et de Montpensier chargeant les Arabes: Vue

de Mehounech_.--Courrier de Paris. _Accident arrivé au ballon de M.

Kirsch_.--La Frégate à vapeur le Princeton. Gravure.--Histoire de la

Semaine.--Salon de 1844. (4e article.) _Abdication de Napoléon_, par M.

Janet-Lange; _Vision de Saint Jean, par Bonnegrâce; Passage du Rummel

par une Caravane d'Arabes, par M. T. Frère; Vue prise de Tripoli, par M.

Marilhat; la rue Hourbarych, au Caire, par M. Chaenton_.--Le Dernier des

Commis Voyageurs. Roman par M. *** Chap III. Le double

Mystère.--Mont-de-Piété de Paris.--Arithmétique pittoresque. _Dix-neuf

Gravures par Cham._--Bulletin bibliographique.--Modes de Longchamp.

_Cinq Gravures._--Rébus.

Albert Thorwaldsen.

1770-1844.

[Illustration: A. Thorwaldsen sculpteur danois, décédé le 25 mars 1844.]

En 1770, un pauvre sculpteur islandais, nommé Golskalk Thorwaldsen, vint

avec sa jeune épouse, la fille d'un ecclésiastique, chercher fortune à

Copenhague. Pendant la traversée, sa femme lui donna un fils qu'on

appela Albert ou Bertel, et qui devait rendre un jour son nom immortel.

Le premier jouet du jeune Thorwaldsen fut un ciseau. A peine eut-il la

force de tenir cet instrument, qu'il aida son père à sculpter des têtes

ou des statues de bois pour les navires danois. Les heureuses

dispositions dont il se montrait doué frappèrent ses parents, qui, ne

pouvant lui donner des maîtres particuliers, l'envoyèrent à l'école

gratuite des arts de Copenhague. D'abord il ne se distingua pas de ses

autres condisciples; mais bientôt son génie naturel se développa, et, en

1787, il remporta la médaille d'argent. A cette époque, il n'avait

d'autre ambition que d'embrasser la profession de son père, et de

sculpter des figures allégoriques ou des ornement pour les navires; mais

la Providence lui réservait de plus hautes destinées. Le peintre

d'histoire Abildgaard s'attacha à lui, et lui donna des leçons

particulières dont il ne tarda pas à profiter. En 1789, il remporta un

second prix, et deux années plus tard, sa composition de _Héliodore

chassé du temple_ lui valut la médaille d'or et le patronage d'un

ministre, le comte Reventlow; enfin, en 1793, il remporta le grand prix

de Rome, c'est-à-dire il obtint une pension d'environ 1,200 fr.,

garantie pendant trois années de séjour dans la métropole du monde

chrétien.

[Illustration: Le Jour, bas-relief par Thorwaldsen.]

[Illustration: La Nuit, bas-relief par Thorwaldsen.]

Toutefois, avant de partir pour Rome, le jeune lauréat passa encore deux

années dans sa patrie, occupé d'études sérieuses. Il ne s'embarqua que

le 20 mai 1796, à bord d'une frégate danoise. Le voyage fut long et

pénible: la frégate relâcha dans un grand nombre de ports, et n'arriva à

la hauteur de Rome qu'au mois de mars de l'année suivante. Dès qu'il fut

installé à Rome, Thorwaldsen se mit au travail; mais plus il faisait de

progrès dans son art, plus il désespérait de s'élever jamais au degré de

perfection qu'avaient atteint les grands maîtres dont il étudiait, les

chefs-d'oeuvre. Comparait-il ses ouvrages à ceux qu'il admirait avec

tant d'enthousiasme tout autour de lui, il reconnaissait si bien son

infériorité, qu'il prenait un marteau et brisait de ses propres mains

les productions trop faibles de sa jeunesse. Vainement ses amis lui

prodiguaient des éloges et des encouragements mérités, il ne les

écoutait pas, et, mécontent de lui-même, il jonchait le sol de son

atelier de statues indignement mutilées.

Trois années se passèrent ainsi. Le temps était venu où sa pension ne

devait plus lui être payée. Pauvre, inconnu, trop modeste pour tirer

parti de son talent, Albert Thorwaldsen s'était décidé à retourner dans

sa patrie. A quoi tient parfois la destinée d'un grand homme? Il allait

partir, en 1805, quand il fit la rencontre d'un riche Anglais qui savait

aimer et protéger les arts. M. Hope, visitant un jour son atelier, fut

frappé de la beauté d'une statue de Jason que le jeune sculpteur danois

venait d'achever en terre; il lui en demanda immédiatement une semblable

en marbre, et il la lui paya si généreusement, que Thorwaldsen, voyant

son existence assurée pour longtemps, renonça à son projet, et se fixa

définitivement il Rome.

A dater de cette époque, sa fortune s'accrut chaque année avec sa

réputation; il devint en peu de temps l'émule de Canova; les riches

connaisseurs de l'Europe se disputèrent ses statues, et surtout ses

bas-reliefs; tous les étrangers de distinction qui venaient à Rome

s'empressaient d'aller visiter son atelier à la _Casa Buti_ sur la

_Piazza Barberini_. Sa galerie particulière passait à juste titre pour

l'une des collections privées les plus intéressantes qu'il y eût à Rome:

outre un certain nombre de ses sculptures, il y avait réuni un choix

remarquable de tableaux des artistes modernes en renom qui avaient

habité Rome pendant son séjour. Sa bonté et sa modestie égalaient son

mérite. On raconte de lui une foule d'actions généreuses et

désintéressées. Le dernier roi de Prusse, pour ne citer qu'un exemple,

lui avait fait demander une statue: «Sire, lui répondit Thorwaldsen, il

y a en ce moment à Rome un de vos fidèles sujets qui serait plus capable

de moi de s'acquitter, à votre satisfaction, de la tâche dont vous

daignez m'honorer. Permettez-moi de le recommander à votre royale

protection.» Ce rival que Thorwaldsen recommandait si noblement au roi

de Prusse était Rodolphe Schadow, dont un voit aujourd'hui la tombe à

l'église d'_Andréa delle Fratte_ à Rome. Il se trouvait alors dans une

position gênée. Il fit pour son souverain un de ses plus charmants

chefs-d'oeuvre, sa _Fileuse_.

La plupart des tableaux dont se composait sa galerie particulière,

Thorwaldsen les avait achetés ou commandés à de jeunes artistes qui,

ainsi que lui, devaient acquérir plus tard de la fortune et de la

gloire, mais qui alors végétaient, encore dans la misère et dans

l'obscurité; il en devait d'autres à l'amitié d'anciens condisciples

devenus déjà célèbres comme lui. On y remarquait des toiles ravissantes

signées Overbeck, Cornélius, W. Schadow, Koch, Carstens, Welter, Meier,

Kraft, Sanguinetti, etc... Aucun autre artiste aussi distingué n'eut un

pareil nombre d'amis! Quel plus bel éloge pouvons-nous faire de son

caractère?

En 1819, la ville de Lucerne commanda à Thorwaldsen un monument qu'elle

avait résolu d'élever à la mémoire des soldats suisses morts aux

Tuileries le 10 août 1792.--Ce monument, dont il composa le modèle, fut

exécuté depuis par un jeune artiste de Constance nommé Ahorn. Tous les

étrangers qui visitent la Suisse vont l'admirer. Un lion de grandeur

colossale (il a neuf mètres de long et six mètres de haut), percé d'une

lance, expire en couvrant de son corps un bouclier fleurdelisé qu'il ne

peut plus défendre, et qu'il soutient avec les griffes. Il est sculpté

en bas-relief dans une grotte peu profonde creusée, elle, dans un pan de

rocher absolument vertical, que couronnent des plantes grimpantes, et du

haut duquel se précipite un filet d'eau au milieu d'un bassin disposé

tout exprès pour le recevoir. Au-dessus du lion sont gravés les noms des

soldats et des officiers morts le 10 août, et à quelques pas de la

grotte s'élève une petite chapelle avec cette inscription:

L'Illustration, No. 0059, 13 Avril 1844 · 第 1 / 19 题