Blessé jusques au fond du cœur,
De l’article dix-sept innocente victime,
Me faut-il aujourd’hui quitter ma légitime,
Ou laisser ce théâtre où je règne en vainqueur?
Je demeure immobile, et mon âme accablée
Maudit cette assemblée...
Des deux côtés m’apparaît ta rigueur,
O destinée amère!
En demeurant, je perds le directeur;
En divorçant, je renonce au beau-père!
(_Assommé par sa douleur et d’un cœur trop sensible au mal de mer pour
supporter pendant plus d’une strophe le balancement d’un débat
cornélien, il tombe évanoui sur le sol. Musique. Apparition de l’Homme
de paille, dont le corps est fait de bottes de paille réunies_).
L’HOMME DE PAILLE, _qui, étant de création relativement récente,
s’exprime dans un style plus moderne._
C’est moi qui suis l’homme de paille,
Un être fragile et costaud...
Quand la loi me livre bataille,
J’esquive son glaive pataud.
Je penche sous les coups de taille,
Mais résiste, vaille que vaille,
Et l’estoc a beau traverser
Ma poitrine et mes flancs de paille,
Il ne pourra pas me blesser...
(_Fanfare._)
Étant fait de fétus de paille,
Je pèse moins qu’un poids bantam,
Et puis passer, sans aucun dam,
Dessus le code et sa broussaille:
C’est moi qui suis l’Homme de paille!