Nous savons à combien de reproches nous nous exposons en abordant ce
sujet, combien nos intentions, qui sont pures, seront perverties. Mais
comme il s’agit d’une œuvre philanthropique et de rien moins que du
bonheur de notre tendre compagne, rien ne saurait nous retenir, et,
conscient de la haute tâche que nous avons à remplir, nous prenons le
courage de braver les préjugés et de lui offrir, en ami véritable, de
toute bonne volonté, ces utiles et inédites recherches pleines de moelle
substantielle.
C’est un sujet défendu; il faut être sans hypocrisie pour oser le
traiter. C’est un sujet difficile aussi, car les hommes qui battent les
femmes ne l’avouent pas, par une fausse honte dont la lecture de ces
lignes les débarrassera peut-être; quant aux femmes, dissimulatrices
éternelles, elles s’écrient d’une voix unanime: «Me toucher, moi!
J’aimerais voir cela!» Ainsi n’aurons-nous d’aveux, ni des hommes ni des
femmes. On cache les coups comme des caresses défendues. Mais nous
écrivons ici sans hypocrisie et sans peur et nous irons hardiment à la
chasse des vérités qu’ignorent les nobles héroïnes de M. Paul Bourget.
Nous prions seulement nos lectrices de nous lire avec les yeux de
l’esprit.
* * * * *
Disons-le sans ambages, sans nous occuper des clameurs, qu’une telle
affirmation va soulever:
Les femmes désirent secrètement être battues.
Elles ne l’avouent ni à autrui ni à elles-mêmes; peut-être même
l’ignorent-elles; mais--est-ce l’obscur réveil d’un sentiment atavique,
le souvenir empreint, au tréfonds de leur conscience, des ancestrales
raclées reçues par leurs sœurs timides, farouches et soumises, au sein
des paradis perdus? est-ce la nostalgie de ce bonheur primitif et
disparu?--elles veulent des coups.
* * * * *
Quelle femme digne de ce nom et sexe admirable n’a connu les heures
d’exaspération grâce auxquelles nous savons, enfin, le prix de la vie
calme? Quelle femme ne fait des scènes?
Or on peut poser l’axiome suivant:
Une femme qui fait une scène désire être battue.
Voyez notre infortunée compagne malade d’énervement. Elle ne sait ni la
cause, ni le remède de son mal. Pourtant, avec la merveilleuse et
aveugle sûreté de l’instinct, elle va droit où il faut aller. Elle prend
un prétexte et le hérisse de pointes... L’homme imbécile, qui n’emploie
sa raison qu’à déraisonner, s’efforce de rester calme: «Tu cries,
dit-il, parce que tu es une pauvre petite créature de nerfs; moi, plus
sage, je te montrerai ce qu’est un homme raisonnable et maître de soi.»
Il prodigue les bonnes paroles; elle s’exaspère... C’est de bien autre
chose que de paroles bonnes où mauvaises qu’elle a besoin. Maintenant
ses nerfs vibrent si aigus qu’il semble qu’on les entende. De toute
ardeur, elle cherche ce qui mettra l’homme hors de lui, ce qui lui fera
perdre son détestable sang-froid, ce qui amènera, enfin, l’explosion
désirée;--et, en face d’elle, blanc de colère contenue, dépensant une
force inutile dans la vaine besogne de se maîtriser, ce grand benêt
d’homme civilisé continue à crisper son poing dans sa poche au lieu d’en
meurtrir les délicats méplats du visage convulsé qui se tend vers lui.
* * * * *
Si la femme est plus intelligente que celui auquel elle est associée,
elle souffre de la supériorité anormale de sa position; elle est
heureuse que l’homme, par l’emploi opportun de ses poings, lui démontre
qu’il y a au moins une supériorité qui est restée sienne. Ainsi
l’équilibre du ménage se trouve-t-il rétabli.
La femme est-elle une sotte? Incessamment elle provoque l’intelligence
de l’homme à une lutte inégale dans laquelle elle triomphe, car, d’un
homme intelligent et d’une femme sotte, c’est toujours la femme qui
l’emporte. En effet, les mots ayant pour elle le seul sens étroit que sa
passion leur donne, elle ne comprend rien. Jamais elle ne reconnaît, par
un acte spontané de son intelligence, la supériorité de l’homme. Qu’il
lui fasse donc comprendre dans sa chair, puisque c’est sa seule partie
sensible, qu’il est le plus fort.
* * * * *
Il y a des situations dont on ne peut sortir dignement que par une
raclée.
Encore faut-il être en état de la donner. Je recommande à mes frères de
faible constitution l’emploi quotidien de l’_Exerciser_. Il y a une
série d’exercices qui développent merveilleusement les muscles
extenseurs. En outre, quelques leçons de boxe ne seront pas inutiles
pour apprendre à loger rapidement un coup de poing, à se tenir en garde.
Il faut avoir des biceps et des épaules irréprochables dont la seule vue
inspire à la femme un sentiment de respect et d’admiration, auquel se
mêle un trouble infiniment flatteur.
* * * * *
Il ne faut pas, qu’à l’idée de battre les femmes, s’ajoutent de sadiques
désirs, que, pour trouver de la chair tiède et cachée, on retrousse
jupes et jupons, qu’on arrache un corsage fiévreusement. L’homme juste
et supérieur que nous voulons bat les femmes, non pour son plaisir, mais
pour leur bien.
* * * * *
La femme comprendra sans doute un jour que l’homme qui la frappe lui
donne la plus grande preuve d’amour. N’est pas battue qui veut.
Il y a là un privilège. Les coups vont aux femmes aimées. Les traditions
populaires de chaque pays l’indiquent (Cf. Hongrie _folklore_: «Ton mari
ne te bat pas, pauvre femme! Il ne t’aime donc pas»).
Depuis des siècles, nous avons oublié que nous étions, à l’origine, un
animal frappeur; des siècles ont été employés à nous enseigner qu’il
était lâche et mauvais de battre quelqu’un de plus faible que nous (on
n’a jamais eu besoin de nous apprendre à ne pas cogner sur qui est plus
fort); l’opinion, reine du monde, est unanime à condamner l’homme qui
bat. Nietzsche dirait que ce sont précisément les faibles qui se sont
employés à créer cette opinion qui leur est si favorable,--et ils y ont
réussi.
On voit à quelle profondeur l’homme doit plonger pour retrouver la
volonté d’employer ses poings; les couches d’idées accumulées par
l’éducation, les convenances, les habitudes, le respect de soi-même et
d’autrui, qu’il doit traverser; il faut qu’il franchisse les concepts
d’honneur et de lâcheté, de bonté et de pitié. Le sacrifice de ce qu’il
y a de délicat et d’achevé en lui, des précieuses conquêtes qui ont
demandé à l’humanité des siècles d’efforts et de peines, notre irritée
et trépidante compagne n’en saisit-elle pas la grandeur?... Il y a une
véritable beauté morale, une victoire remportée sur soi-même chez
l’homme qui bat une femme, précisément parce qu’il n’y a, à ce faire,
aucun danger et qu’il ne sera pas récompensé de ce geste par la vaine
gloire qui s’attache aux pseudo-actions d’éclat.
* * * * *
Depuis que celui qui signe ces lignes, comme disait Victor Hugo, a
orienté ses méditations vers le noble art de battre les femmes, il a
provoqué plusieurs confidences dont une au moins vaut d’être relatée,
car elle contribuera à donner de l’assurance à nos frères hésitants.
L’histoire suivante lui a été racontée par Jacques S..., l’homme de qui
on attendrait le moins qu’il battît les femmes, car il est d’une
parfaite maîtrise de lui-même et reste, dans les orages les plus
violents, impassible.
Jacques parla ainsi:
--Il m’est arrivé d’employer ma force contre une femme, et cette
expérience, unique, je l’avoue, m’est restée lumineuse dans la mémoire.
La maîtresse que j’ai battue était une femme du monde. Elle était
séparée de son mari et je la voyais, alors que j’étais amoureux d’elle,
avec la plus grande facilité. Souvent nous passions les journées et les
nuits ensemble, nous ne nous quittions guère et menions vraiment la vie
à deux d’un ménage régulier. Ces détails sont nécessaires pour que vous
compreniez la suite de cette histoire. Il y a tel geste qui n’aurait
jamais été fait si nous ne nous étions vus que furtivement, trois fois
par semaine, de cinq à sept. Marthe, donnons-lui ce nom, était d’une
extrême délicatesse physique; ses gestes indolents s’arrêtaient
inachevés et la grâce fluide de son corps faisait penser à ces verreries
graciles et éphémères dont il semble qu’un regard trop direct les
brisera. En cette enveloppe fragile, la pauvre enfant abritait une âme
maladive, sans cesse inquiète et tourmentée. Elle ne cessait de se
déchirer et, sous le prétexte que j’étais alors l’autre moitié
d’elle-même, elle me déchirait le premier. Une jalousie effroyable et
stupide la torturait. Tout lui était prétexte à s’inquiéter...
Parlais-je seul à une femme devant elle? je lui faisais la cour.
Évitais-je, au contraire, par amour de la paix, de causer avec telle
jolie femme, Marthe en inférait que, puisque nous ne nous parlions pas
en public, il y avait entre nous une entente secrète... Du reste, sa
jalousie n’était pas un sentiment profond et humain, mais quelque chose
de cérébral, de factice, où l’orgueil tenait une large place.
Nous vivions ainsi depuis quelques mois dans un état d’énervement
croissant. J’étais obligé à un effort constant pour rester maître de
moi; pas un geste de colère ne m’échappa au cours des scènes
quotidiennes que j’avais à subir; je savais trop combien je me
reprocherais la moindre brutalité, si je m’y laissais entraîner.
Un soir, nous étions au théâtre, dans une avant-scène avec des amis.
Marthe s’imagina, à tort du reste, qu’une actrice que je n’avais jamais
vue, me regardait; elle en conclut aussitôt que je devais avoir une
liaison avec elle, que j’avais choisi ce théâtre pour retrouver cette
fille, etc., etc. Pendant deux heures, sa rage s’accrut du silence
gardé. Nous sortons, nous montons, elle et moi, en voiture. Je n’avais
rien deviné du drame qui s’était passé dans la tête de Marthe; j’étais
ce soir-là heureux et confiant.
A peine seuls, elle commença, d’une voix tremblante de colère contenue
que je connaissais trop:
--J’ai vu ton manège.
--Quel manège?
--C’est ignoble! Cette femme!...
Ce fut la querelle la plus sotte, la plus violente... Soudain, au
paroxysme de la colère, elle essaya de me pincer. Je l’arrêtai; d’un
mouvement rapide, je lui saisis le poignet, et, enfiévré, au souvenir de
tant de scènes analogues, je tordis d’un coup sec ce poignet délicat...
On entendit un craquement léger du bras... puis ce fut un «Ah!» de
douleur, un «Ah!» si étonné, si franc, si humain qu’il vibre encore en
moi; c’était la première fois que je trouvais cet accent profond de
nature dans la bouche de Marthe... J’en fus stupéfait et charmé comme
l’est un virtuose qui tire par hasard un son admirable d’un instrument
ingrat... Ayant poussé ce cri, Marthe, écroulée dans l’angle de la
voiture, éclata en sanglots... Minute inoubliable!
Alors je fus rappelé à la réalité; j’avais été brutal, j’attendais avec
angoisse le remords certain, terrible, qui allait m’accabler... Mais, ô
surprise! au lieu de la mauvaise conscience de mon acte, voici que
montait en moi un sentiment délicieux, inconnu, de paix retrouvée après
de longs tracas, de devoir accompli à travers mille difficultés, de
bien-être enfin gagné après un rude voyage; j’étais heureux et soulagé,
j’avais l’âme légère, généreuse, lavée de toute animosité, purgée de
toute rancune; j’avais abordé par un coup hardi sur des terres ignorées
et bénies... M’excuser, demander pardon?--De quoi? D’être heureux.
A côté de moi Marthe pleurait toujours, mais je sentais que c’étaient de
bonnes larmes salutaires dans lesquelles se fondaient les colères et les
aigreurs. J’étais certain qu’au fond d’elle-même elle ne m’en voulait
pas, qu’elle n’était nullement fâchée... Ce fut, pour moi comme pour
elle, une des heures les meilleures de notre liaison. Voilà...
--Et pourquoi vous êtes-vous quittés?
--La lassitude m’a pris. Nous nous sommes séparés, parce que je ne
l’aimais plus assez pour la battre.
* * * * *
Interrogez par ailleurs un de ces individus affranchis de scrupules qui
vivent du labeur de leur compagne. Ils vont tranquilles et sûrs
d’eux-mêmes; ils donnent à leur amie de l’amour et des coups. Aussi
sont-ils adorés, et les rapports qui existent entre elle et lui
peuvent-ils à juste titre, pour le respect de la femme à l’homme, la
déférence, le juste sentiment des inégalités naturelles et sociales,
être recommandés aux autres classes de la société.
En échange de ce qu’il reçoit, le mâle accorde sa protection,
c’est-à-dire qu’il empêche que son amie soit battue par d’autres que par
lui. Sachez, jeunes femmes qui lisez avec indignation ces lignes, que
seul un amant véritable peut porter la main sur vous. Imitons M. Paul
Bourget et posons ici un axiome:
--L’homme aimé a seul le droit de donner des coups.
Que l’homme qui veut se débarrasser d’une maîtresse trop aimante ne
s’imagine pas qu’il suffit de la battre pour amener une rupture. Elle
sera plus tendre après la raclée qu’avant.
* * * * *
Ayant démontré à la satisfaction de l’un et l’autre sexe la nécessité de
battre les femmes, passons maintenant à la seconde partie de notre
sujet: Comment faut-il battre nos délicates compagnes?
Disons-le tout de suite. Il ne s’agit pas de les battre souvent et sans
raison. Ce serait un exercice fatigant et qui deviendrait bientôt
inutile, car l’effet diminuant à l’usage--on s’habitue à tout,--vous
seriez bientôt obligé d’augmenter démesurément la dose. Ainsi en est-il
des fumeurs d’opium. L’exquis et rare Thomas de Quincey prenait jusqu’à
trois mille gouttes de laudanum par jour. Songez à ce que serait la vie
d’un homme obligé de donner trois cent coups par vingt-quatre heures à
la chère moitié de son âme. Il s’userait la peau, le malheureux!
Il ne faut battre que rarement et méditer le mot de Machiavel, qui
recommande au tyran de faire toutes les cruautés nécessaires d’un seul
coup. Qu’on laisse donc passer quelques scènes sans bouger; qu’on se
contente d’avertir calmement, mais avec conviction, une fois ou deux,
pas plus. Alors, à la prochaine scène, on frappe.
Un seul coup bien porté peut suffire. Il faut que notre faible amie
sente en sa chair la force supérieure de notre musculature. L’effet est
produit: au lieu de s’énerver, elle pleure; elle est heureuse.
* * * * *
Le triomphe de la civilisation, je le vois dans l’homme impassible, sans
colère, qui bat par raison. Il y a entre lui et la brute qui frappe en
fureur, la différence qui existe entre l’assassin qui plante son couteau
dans le dos d’un «pante», et le chirurgien qui, lui aussi, enfonce de
l’acier dans une chair vivante.
* * * * *
Utile précepte à méditer: Il ne faut battre qu’en particulier.
Rien de plus pénible pour les délicats qu’une rixe publique entre homme
et femme; les vieux et stupides instincts de chevalerie (époque où la
femme fut changée en la dame, hélas!) nous obligent, à cause des
spectateurs, à intervenir en faveur de la femme, quand même chacun de
nous, séparément, est convaincu qu’il s’agit d’une correction
philanthropique, amicale et méritée. Aussi ne battez que dans le privé.
Cela est surtout recommandé aux maris contre qui pourraient être
invoqués dans un moment de folie les sévices et injures graves. Donc pas
de témoins importuns: la solitude d’un cabinet de toilette, ou mieux, de
la chambre à coucher (il est inutile de casser une coûteuse garniture de
toilette). Les caresses et les coups--ce sont les deux expressions d’un
même sentiment--demandent le secret des portes closes.
Si vous n’habitez pas un hôtel privé mais un appartement, ne vous
inquiétez pas des bruits qui pourraient filtrer à travers parquets et
plafonds jusqu’aux voisins attentifs. Les gémissements, pamoisons,
interjections, soupirs, appels aux dieux ou à madame sa mère, d’une
femme battue ressemblent d’une façon surprenante, pour l’écouteur
distant, à ceux d’une femme heureuse. Chose singulière et digne de
remarque: ils produisent une identique harmonie... Ne craignez pas les
insultes qui pourraient éclairer la religion du voisin; une femme battue
n’insulte pas; elle ne prodigue les injures que pour avoir des coups. Si
vous les lui donnez sans tarder, elle ne songera plus à proférer
d’inutiles paroles, elle sera toute au bonheur de pleurer.
Évitez vous-même les apostrophes vaines. Que vaut le mot le plus
énergique auprès d’un coup de poing bien asséné?
* * * * *
Il faut battre les femmes maigres avec un bâton.
Pour les fausses maigres, le poing est recommandé.
Pour les grasses, le plat de la main suffit.
En somme, il s’agit de ne pas se faire mal à soi-même.