L’HABILETÉ SUPRÊME DE LA FEMME

L’habileté suprême de la femme est dans l’art de déplacer la question.

Là, notre sœur plus faible l’emporte incomparablement sur nous; les

femmes les plus droites, les plus franches, celles qui sont incapables

d’une ruse où d’une dissimulation voulues, s’entendent merveilleusement

à déplacer la question, à esquiver les responsabilités, non qu’elles

agissent ainsi délibérément, qu’il y ait chez elles un calcul réfléchi,

mais par le jeu inconscient de l’instinct qui triomphe dans la lutte

avec le mâle.

Le façon dont elles savent alors brouiller les choses tient de la magie.

On n’y voit plus clair; le blanc est devenu noir; l’objet précis du

litige a soudain été escamoté. Elles s’arrangent pour mettre l’homme

dans l’impossibilité de leur adresser la moindre plainte, le plus petit

reproche, de faire la plus lointaine allusion à ce qui les gêne, sous

peine de passer pour un être sans cœur, sans délicatesse, positivement

grossier.

Dans les cas les plus graves, lorsque le danger est sérieux, la femme

tombe malade. Elle commence par jouer de ses nerfs, et finalement ses

nerfs l’emportent; elle «fait» de la neurasthénie, pour employer

l’expression si juste des médecins. L’homme n’a plus qu’à oublier ses

peines et à ravaler ses griefs. Son rôle d’accusateur est changé en

celui de garde-malade. Il soigne sa faible amie; il se ronge de souci

pour elle; il cache sa propre souffrance; il faut qu’il rie, qu’il

plaisante.

Les semaines passent, la malade se rétablit lentement. A la moindre

menace d’orage, elle a une rechute.

Une fois que le temps a fait son œuvre et que tout danger est écarté,

alors seulement elle se remet.

Notes sur l'Amour · 第 53 / 81 题