Une femme belle attire-t-elle les hommages d’un homme intelligent, les
femmes moins belles s’étonnent et disent: «Comment peut-il se plaire
avec une sotte?»
Les femmes intellectuelles comprennent mal ce que recherche l’homme.
Elles s’adressent à son intelligence, mais ce n’est pas son esprit qui
est à conquérir. Elles peuvent l’intéresser, elles ne le charment pas.
L’homme désire très rarement engager un commerce d’idées abstraites avec
la femme. C’est autre chose qu’il lui demande. Il veut trouver une
sensibilité neuve et vibrante, se rapprocher de la nature dont les
spéculations de l’esprit l’ont éloigné! Et plus il est d’intellectualité
développée, de haute culture, raffinée et livresque, plus aussi il goûte
le charme profond, unique, incomparable de l’instinct, les ressources
d’une sensibilité aussi riche que la sienne, et différente,--et plus
aussi, ce qui est appris, factice, pas sincère chez la femme lui est
odieux.
Il sait que rien n’est plus affreux que la prétention intellectuelle,
que la soi-disant culture dont tant de personnes pédantes se vantent: il
ne se laisse pas tromper par ce vernis si mince, si glacé des idées qui
recouvre, neuf fois sur dix, le désordre et l’ignorance la plus absolue.
Il est évident qu’il y a des femmes belles et sottes. Hélas! nous en
connaissons qui sont, à dire vrai, inabordables! Mais les femmes à
sensibilité vive sont-elles prêtes à admettre qu’elles sont laides parce
que sensibles?
L’intelligence, c’est l’apport de l’homme. Non pas qu’il se décide et
qu’il agisse en ces matières suivant des motifs intellectuels. La source
de nos actions n’est pas dans l’intelligence. C’est dans la sensibilité
qu’il faut la chercher. Mais l’intelligence donne une vue des choses.
Elle offre un spectacle, et rien de plus, un spectacle logiquement orné
et bellement arrangé; c’est la joie de trouver un sens et d’imposer une
explication cohérente et claire à ce qui n’est peut-être, en réalité,
que désordre et chaos obscur.
* * * * *
Mais il est une intelligence que la femme possède à un point plus aigu
que nous; ce n’est pas une intelligence de luxe, inutile, contemplative,
de haute compréhension des lois générales et des rapports abstraits.
C’est une intelligence toute pratique de la vie, des rapports réels
d’elle aux autres êtres et aux choses; c’est la compréhension la plus
rapide la plus lumineuse de ce qui lui est utile et de ce qui lui est
mauvais, de ce qu’il faut prendre et ce qu’il faut rejeter...