L’amour est un sentiment qui tend impérieusement à se traduire dans un
acte. Lorsqu’ils ont réussi à amener la femme qu’ils aiment à l’acte,
les naïfs croient que la partie est gagnée. Grave erreur, c’est alors
seulement que la véritable bataille se livre, et ce qui précède n’est
qu’escarmouche sans conséquence.
Le problème est celui-ci: amener sa maîtresse au bonheur au temps même
où vous y atteignez. Cela est d’une grande difficulté, et n’obtient pas
l’harmonie synchronique qui veut. Peu d’hommes savent pratiquer cet art
difficile. Ceux qui en possèdent les secrets sont aimés des femmes. Les
autres, ceux qu’elles méprisent, renvoient ou trompent, sont
simplement--il n’y a pas à chercher ici d’explication métaphysique--des
hommes maladroits au lit.
L’éducation de l’homme dans la physique de l’amour est mauvaise. Il
débute à l’ordinaire par des professionnelles; leur métier veut qu’elles
satisfassent l’homme sans qu’il ait à se préoccuper du plaisir de sa
compagne. Elles sont aux yeux de l’homme un instrument dont il tire des
jouissances personnelles. L’égoïsme de l’homme est prodigieusement
développé par le commerce avec les filles de joie. Voilà de mauvaises
habitudes prises.
Il se marie. La situation est changée. Il faut trouver autre chose. Mais
quoi?... Son ignorance est grande. Et puis a-t-il le temps de réfléchir?
Il aime; il veut sa femme; il est pressé et rude; il la prend! Quelles
désillusions pour cette vierge qui attendait qu’on lui ouvrît
délicatement la porte du paradis!
L’abord brutal de la vierge par le mari est la raison suffisante du
grand nombre de maris non aimés et, par la suite, trompés.
Les débuts du mariage sont, le plus souvent, horribles pour la femme et
sans agrément pour l’homme. Les tâtonnements de l’homme, la pudeur
blessée de la femme, son inexpérience, sa peur, rendent à ce moment
l’amour physique sans charme. Joignez à cela la nouveauté de la
situation, la difficile adaptation des caractères, le heurt de deux
personnalités si différentes, le manque d’habitudes communes, et l’on
comprend que ce qu’on appelle--ironiquement, sans doute,--la lune de
miel, soit une des périodes les moins heureuses de la vie.
La femme est d’autant plus déçue que la tradition, littéraire ou parlée,
lui a dépeint ces premières semaines sous des couleurs enchanteresses.
Du reste, elle se fait, aussitôt, complice de ces mensonges. Celle qui a
le plus souffert à ce moment de sa vie se garde de l’avouer. Elle est
honteuse d’avoir été seule, croit-elle, à éprouver une déception; elle
se tait ou contribue par des récits trompeurs à augmenter les illusions
dans lesquelles se plaisent ses sœurs ignorantes.
Pourquoi ne pas dire la vérité, simplement? Pourquoi ne pas montrer
qu’entre l’homme maladroit ou brutal, ou l’un et l’autre, et la vierge
ignorante, il est rare de voir naître le bonheur physique?
Un grand nombre de femmes de tempérament moyen ou médiocre passent des
nuits, et parfois des années, sans éprouver de l’amour autre chose que
du dégoût. Ce dégoût les amène bien vite à mépriser leur mari.
Les hommes qui ont eu des maîtresses non professionnelles sont mieux
préparés. Avec les femmes qu’ils aimaient, ils ont pris de précieuses
leçons. Mais il est des maris à préjugés qui se refusent à traiter leur
femme comme ils traitaient leur maîtresse. Ils entendent respecter «la
mère de leurs enfants»!
* * * * *
Quant au premier contact entre deux êtres vierges, peut-on en imaginer
l’horreur et le ridicule?
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La physique de l’amour est un art difficile. Pour y passer maître, il
faudrait à l’homme quelques connaissances anatomiques, de l’ingéniosité,
du tact, de la force, et surtout de la patience. Savoir attendre!
Posséder et être possédé! Voilà le grand secret! Voilà ce qui fait les
liaisons solides et durables. Cela, c’est la réalité suprême de l’amour;
Et tout le reste est littérature.