La peur de l’amour est un signe de vitalité moindre.
Les faibles s’épouvantent: «L’amour est une affreuse maladie. Fasse le
ciel que je n’en sois jamais atteint. Songez-y! détruire un repos
péniblement gagné! bouleverser les aises qui me sont chères, la
régularité méthodique de ma vie, mes arrangements minutieux, mes calmes
digestions!... Une aventure! Saurais-je y vivre? Comment en
sortirais-je?» Et ils s’enfoncent dans leur médiocre quiétude. La seule
image de l’amour les fait trembler.
Mais les forts l’appellent d’une voix haute. Cette crise terrible,
nécessaire, magnifique, ils ne la redoutent pas. Ils savent que les âmes
s’y trempent et qu’elles en sortent d’un meilleur métal. Vaut-il la
peine de vivre si l’on ne connaît pas les joies et les douleurs extrêmes
de l’amour? Ils aiment mieux en courir les risques graves que de végéter
dans un égoïsme tranquille. Comme René, ils s’écrient passionnément
devant la monotonie quotidienne de la vie: «Levez-vous vite, orages
désirés!»
* * * * *
L’amour-passion est infiniment rare. Il faut, pour y atteindre, une
certaine qualité d’âme. Il ne peut se développer en des êtres pleins
d’eux-mêmes et de vanité.
* * * * *
Mais il n’est personne qui ne se flatte de pouvoir l’éprouver. Un
étalon, s’il parlait, dirait à la jument qu’il saillit: «Je vous aime à
la folie.»
* * * * *
La langue même prête à la confusion. On dit (quand on peut): «donner des
preuves répétées de son amour.» A prendre cette expression à la lettre,
quelle dépense diurne et nocturne de sentiment en ce pays!