L'aîné, Marie-François-Henry de Franquetot, hérita le titre de duc et
l'immense domaine de Normandie, les terres de Franquetot et de Coigny
avec leurs deux châteaux, Coigny, la vieille demeure féodale, et
Franquetot bâti par le maréchal, dans le style du XVIIIe siècle. La
supériorité de ce duc n'était ni l'esprit, ni le talent militaire, ni
même la beauté, mais «un excellent maintien, un ton exquis, une raison
simple et juste, du calme et de la politesse[54]», mérites de cour,
grâce auxquels il se fit une place dans le cercle le plus intime de la
reine Marie-Antoinette. En 1814 il fut nommé pair, maréchal de France et
gouverneur des Invalides. Il mourut en 1822.
[54] Tilly. _Mémoires_, t. II, p. 112.
Il avait eu un fils, le marquis de Coigny, lequel, fidèle et inutile aux
Bourbons durant l'émigration, obtint de Louis XVIII le titre et la
pension d'officier général et mourut en 1816. Toute sa célébrité lui
vint de la marquise sa femme. Mais celle-ci, malgré sa réputation
immense et méritée d'intelligence, était de ces esprits transfuges et
redoutables aux intérêts dont ils semblent solidaires. Au lieu de servir
l'union de l'aristocratie et du trône, elle travailla avec passion à la
ruine de la monarchie, applaudit, par haine de la famille royale, aux
excès de la Révolution. Loin qu'elle se sentît liée à la cause que
soutenait son mari, elle était aussi rebelle à l'ordre familial qu'à
l'ordre politique, et finit par divorcer.
De son mariage avec le marquis étaient nés deux enfants:
1º Une fille, qui reçut à sa naissance, le 23 juin 1778, les noms
d'Antoinette-Françoise-Jeanne, mais que sa mère appela toujours Fanny.
Mariée, en 1805, au général comte de Sébastien, elle mourut en couches,
en 1807, à Constantinople où son mari était ambassadeur. L'unique fille
qu'elle laissait épousa le duc de Choiseul-Praslin, de qui elle eut sept
enfants, dont trois fils;
2º Un fils, Gustave de Coigny, qui avait servi dans l'armée française,
tandis que son père et son grand-père étaient émigrés, perdit un bras à
Smolensk et s'établit en Angleterre au retour des Bourbons. A la mort de
son grand-père, en 1822, il recueillit le titre de duc et épousa, la
même année, Henriette Dundas, fille de sir Henry Dalrymhe Hamilton et
fit souche dans la noblesse anglaise. Le duc n'eut de son mariage que
deux filles. L'une s'était mariée à lord Stair, et est morte laissant un
fils, M. Dalrymhe-Stair, qui a écrit une histoire de la famille Coigny;
l'autre a épousé le comte Manvers et vit à Londres. Ce sont elles qui
ont recueilli la fortune de la branche aînée et par suite les domaines
de Franquetot et de Coigny[55].
[55] J'ai dû ces communications sur la branche aînée des Coigny à M.
le comte Fleury. Il a bien voulu mettre à ma disposition, avec une
générosité rare aujourd'hui, des notes importantes et rédigées avec
l'exactitude qu'il apporte dans toutes ses études d'histoire.
Le duc Gustave, qui mourut le 2 mai 1865, légua son titre à celui de ses
petits-neveux, enfants de sa soeur, la maréchale Sebastiani, qui
relèverait son nom.