LAURENT GUYON, ÉTIENNE HYVERT, FRANÇOIS AMIET, ANTOINE LEPRÊTRE,

«Condamnés le 20 thermidor an VIII, et exécutés le 23 Vendémiaire

an IX

«Ce jourd'hui, 23 vendémiaire an IX, le commissaire du

gouvernement près le Tribunal, qui a reçu, dans la nuit et à onze

heures du soir, le paquet du ministre de la justice contenant la

procédure et le jugement qui condamne à mort Laurent Guyon,

Étienne Hyvert, François Amiet et Antoine Leprêtre; le jugement du

Tribunal de cassation du 6 du courant, qui rejette la requête en

cassation contre le jugement du 24 thermidor an VIII, a fait

avertir, par lettre, entre sept et huit heures du matin, les

quatre accusés que leur jugement à mort serait exécuté aujourd'hui

à onze heures. Dans l'intervalle qui s'est écoulé jusqu'à onze

heures, ces quatre accusés se sont tiré des coups de pistolet et

donné des coups de poignard en prison. Leprêtre et Guyon, selon le

bruit public, étaient morts; Hyvert blessé à mort et expirant;

Amiet blessé à mort, mais conservant sa connaissance. Tous quatre,

en cet état, ont été conduits à la guillotine, et, _morts ou

vivants, _ils ont été guillotinés; à onze heures et demie,

l'huissier Colin a remis le procès-verbal de leur supplice à la

Municipalité pour les inscrire sur le livre des morts.

«Le capitaine de gendarmerie a remis au juge de paix le procès-

verbal de ce qui s'est passé en prison, où il a été présent; pour

moi qui n'y ai point assisté, je certifie ce que la voix publique

m'a appris.

«Bourg, 23 vendémiaire au IX.

«Signé: DUBOST, greffier.»

Ah! c'était donc le poète qui avait raison contre l'historien! le

capitaine de gendarmerie qui avait remis au juge de paix le

procès-verbal de ce qui s'était passé dans la prison -- _où il

était présent_ -- c'était l'oncle de Nodier. Ce procès-verbal

remis au juge de paix, c'était le récit gravé dans la tête du

jeune homme, récit qui, après quarante ans, s'était fait jour sans

altération dans ce chef-d'oeuvre intitulé _Souvenirs de la

Révolution._

Toute la procédure était aux archives du greffe. M. Martin me

faisait offrir de la faire copier: interrogatoire, procès-verbaux,

jugement.

J'avais dans ma poche les _Souvenirs de la Révolution _de Nodier.

Je tenais à la main le procès-verbal d'exécution qui confirmait

les faits avancés par lui.

-- Allons chez notre magistrat, dis-je à M. Milliet.

-- Allons chez notre magistrat, répéta-t-il.

Le magistrat fut atterré, et je le laissai convaincu que les

poètes savent aussi bien l'histoire que les historiens, s'ils ne

la savent pas mieux.

Alex. Dumas.

Les compagnons de Jéhu · 第 66 / 67 题