LV -- L'INVULNÉRABLE

Amélie était morte dans la nuit du lundi au mardi, c'est-à-dire du

2 au 3 juin 1800.

Dans la soirée du jeudi, c'est-à-dire du 5, il y avait foule au

grand Opéra, où l'on donnait la seconde représentation d'_Ossian,

ou les Bardes._

On savait l'admiration profonde que le premier consul professait

pour les chants recueillis par Mac Pherson, et par flatterie

autant que par choix littéraire, l’Académie nationale de musique

avait commandé un opéra qui, malgré les diligences faites, était

arrivé un mois environ après que le général Bonaparte avait quitté

Paris pour aller rejoindre l'armée de réserve.

Au balcon de gauche, un amateur de musique se faisait remarquer

par la profonde attention qu'il prêtait au spectacle, lorsque,

dans l'intervalle du premier au second acte, l'ouvreuse, se

glissant entre les deux rangs de fauteuils, s'approcha de lui et

demanda à demi-voix:

-- Pardon, monsieur, n'êtes-vous point lord Tanlay?

-- Oui, répondit l’amateur de musique.

-- En ce cas, milord, un jeune homme qui aurait, dit-il, une

communication de la plus haute importance à vous faire, vous prie

d'être assez bon pour venir le joindre dans le corridor.

-- Oh! oh! fit sir John; un officier?

-- Il est en bourgeois, milord; mais, en effet, sa tournure

indique un militaire.

-- Bon! dit sir John, je sais ce que c'est.

Il se leva et suivit l'ouvreuse.

À l'entrée du corridor attendait Roland.

Lord Tanlay ne parut aucunement étonné de le voir; seulement la

figure sévère du jeune homme réprima en lui ce premier élan de

l'amitié profonde, qui l'eût porté à se jeter au cou de celui qui

le faisait demander.

-- Me voici, monsieur, dit sir John.

Roland s'inclina.

-- Je viens de votre hôtel, milord, dit Roland; vous avez, à ce

qu'il paraît, pris depuis quelque temps la précaution de dire au

concierge où vous allez, afin que les personnes qui pourraient

avoir affaire à vous sachent où vous rencontrer.

-- C'est vrai, monsieur.

-- La précaution est bonne, surtout pour les gens qui, venant de

loin et étant pressés, n'ont, comme moi, pas le loisir de perdre

leur temps.

-- Alors, demanda sir John, c'est pour me revoir que vous avez

quitté l'armée, et que vous êtes venu à Paris?

-- Uniquement pour avoir cet honneur, milord; et j'espère que vous

devinerez la cause de mon empressement, et m'épargnerez toute

explication.

-- Monsieur, dit sir John, à partir de ce moment, je me tiens à

votre disposition.

-- À quelle heure deux de mes amis pourront-ils se présenter chez

vous demain, milord?

-- Mais depuis sept heures du matin jusqu'à minuit, monsieur; à

moins que vous n'aimiez mieux que ce soit tout de suite?

-- Non, milord; j'arrive à l'instant même, et il me faut le temps

de trouver ces deux amis et de leur donner mes instructions. Ils

ne vous dérangeront donc, selon toute probabilité, que demain de

onze heures à midi; seulement, je vous serais bien obligé si

l'affaire que nous avons à régler par leur intermédiaire pouvait

se régler dans la même journée.

-- Je crois la chose possible, monsieur, et, du moment où il

s'agit de satisfaire votre désir, le retard ne viendra pas de mon

côté.

-- Voilà tout ce que je désirais savoir, milord; je serais donc

désolé de vous déranger plus longtemps.

Et Roland salua.

Sir John lui rendit son salut; et, tandis que le jeune homme

s'éloignait, il rentra au balcon et alla reprendre sa place.

Toutes les paroles échangées l’avaient été, de part et d'autre,

d'une voix si contenue et avec un visage si impassible, que les

personnes les plus proches ne pouvaient pas même se douter qu'il y

eût eu la moindre discussion entre deux interlocuteurs qui

venaient de se saluer si courtoisement.

C'était le jour de réception du ministre de la guerre; Roland

rentra à son hôtel, fit disparaître jusqu'à la dernière trace du

voyage qu'il venait de faire, monta en voiture, et, à dix heures

moins quelques minutes, put encore se faire annoncer chez le

citoyen Carnot.

Deux motifs l'y conduisaient: le premier était une communication

verbale qu'il avait à faire au ministre de la guerre de la part du

premier consul; le second, l'espoir de trouver dans son salon les

deux témoins dont il avait besoin pour régler sa rencontre avec

sir John.

Tout se passa comme Roland l'avait espéré; le ministre de la

guerre eut par lui les détails les plus précis sur le passage du

Saint-Bernard et la situation de l'armée, et il trouva dans les

salons ministériels les deux amis qu'il y venait chercher.

Quelques mots suffirent pour les mettre au courant; les

militaires, d'ailleurs, sont coulants sur ces sortes de

confidences.

Roland parla d'une insulte grave qui demeurerait secrète, même

pour ceux qui devaient assister à son expiation. Il déclara être

l'offensé et réclama pour lui, dans le choix des armes et le mode

de combat, tous les avantages réservés aux offensés.

Les deux jeunes gens avaient mission de se présenter le lendemain,

à neuf heures du matin, à l'hôtel Mirabeau, rue de Richelieu, et

de s'entendre avec les deux témoins de lord Tanlay; après quoi,

ils viendraient rejoindre Roland, hôtel de Paris, même rue.

Roland rentra chez lui à onze heures, écrivit pendant une heure à

peu près, se coucha et s'endormit.

À neuf heures et demie, ses deux amis se présentèrent chez lui.

Ils quittaient sir John.

Sir John avait reconnu tous les droits de Roland, leur avait

déclaré qu'il ne discuterait aucune des conditions du combat, et

que, du moment où Roland se prétendait l'offensé, c'était à lui de

dicter les conditions.

Sur l'observation faite par eux, qu'ils avaient cru avoir affaire

à deux de ses amis et non à lui-même, lord Tanlay avait répondu

qu'il ne connaissait aucune personne assez intimement à Paris pour

la mettre dans la confidence d'une pareille affaire, qu'il

espérait donc qu'arrivé sur le terrain un des deux amis de Roland

passerait de son côté et l'assisterait. Enfin, sur tous les

points, ils avaient trouvé lord Tanlay un parfait gentleman.

Roland déclara que la demande de son adversaire, à l'endroit d'un

de ses témoins, était non seulement juste, mais convenable, et

autorisa l'un des deux jeunes gens à assister sir John et à

prendre ses intérêts.

Restait, de la part de Roland, à dicter les conditions du combat.

On se battrait au pistolet.

Les deux pistolets chargés, les adversaires se placeraient à cinq

pas. Au troisième coup frappé dans les mains des témoins, ils

feraient feu.

C'était, comme on le voit, un duel à mort, où celui qui ne tuerait

pas ferait évidemment grâce à son adversaire.

Aussi, les deux jeunes gens multiplièrent-ils les observations;

mais Roland insista, déclarant que, seul juge de la gravité de

l'offense qui lui avait été faite, il la jugeait assez grave pour

que la réparation eût lieu ainsi et pas autrement.

Il fallut céder devant cette obstination.

Celui des deux amis de Roland qui devait assister sir John fit

toutes ses réserves, déclarant qu'il ne s'engageait nullement pour

son client, et qu'à moins d'ordre absolu de sa part, il ne

permettrait jamais un pareil égorgement.

-- Ne vous échauffez pas, cher ami, lui dit Roland; je connais sir

John, et je crois qu'il sera plus coulant que vous.

Les deux jeunes gens sortirent et se présentèrent de nouveau chez

sir John.

Ils le trouvèrent déjeunant à l’anglaise, c'est-à-dire avec un

bifteck, des pommes de terre et du thé.

Celui-ci, à leur aspect, se leva, leur offrit de partager son

repas, et, sur leur refus, se mit à leur disposition.

Les deux amis de Roland commencèrent par annoncer à lord Tanlay

qu'il pouvait compter sur l'un d'eux pour l'assister.

Puis celui qui restait dans les intérêts de Roland établit les

conditions de la rencontre.

À chaque exigence de Roland, sir John inclinait la tête en signe

d'assentiment, et se contentait de répondre:

-- Très bien.

Celui des deux jeunes gens qui était chargé de prendre ses

intérêts voulut faire quelques observations sur un mode de combat

qui devait, à moins d'un hasard impossible, amener à la fois la

mort des deux combattants; mais lord Tanlay le pria de ne pas

insister.

-- M. de Montrevel est galant homme, dit-il; je désire ne le

contrarier en rien; ce qu'il fera sera bien fait.

Restait l’heure à laquelle on se rencontrerait.

Sur ce point comme sur les autres, lord Tanlay se mettait

entièrement à la disposition de Roland.

Les deux témoins quittèrent sir John encore plus enchantés de lui

à cette seconde entrevue qu'à la première.

Roland les attendait; ils lui racontèrent tout.

-- Que vous avais-je dit? fit Roland.

Ils lui demandèrent l'heure et le lieu: Roland fixa sept heures du

soir et l’allée de la Muette; c'était l’heure où le bois était à

peu près désert et le jour serait encore assez clair -- on se

rappelle que l'on était au mois de juin -- pour que deux

adversaires pussent se battre à quelque arme que ce fût.

Personne n'avait parlé des pistolets: les deux jeunes gens

offrirent à Roland d'en prendre chez un armurier.

-- Non, dit Roland; lord Tanlay a une paire d'excellents pistolets

dont je me suis déjà servi; s'il n'a pas de répugnance à se battre

avec ses pistolets, je les préfère à tous les autres.

Celui des deux jeunes gens qui devait servir de témoin à sir John

alla retrouver son client et lui posa les trois dernières

questions, à savoir: si l'heure et le lieu de la rencontre lui

convenaient, et s'il voulait que ses pistolets servissent au

combat.

Lord Tanlay répondit en réglant sa montre sur celle de son témoin

et en lui remettant la boîte de pistolets.

-- Viendrai-je vous prendre, milord? demanda le jeune homme.

Sir John sourit avec mélancolie.

-- Inutile, dit-il; vous êtes l'ami de M. de Montrevel, la route

vous sera plus agréable avec lui qu'avec moi, allez donc avec lui;

j'irai à cheval avec mon domestique, et vous me trouverez au

rendez-vous.

Le jeune officier rapporta cette réponse à Roland.

-- Que vous avais-je dit? fit celui-ci.

Il était midi; on avait sept heures devant soi; Roland donna à ses

deux amis congé d'aller à leurs plaisirs ou à leurs affaires.

À six heures et demie précises, ils devaient être à la porte de

Roland avec trois chevaux et deux domestiques.

Il importait, pour ne point être dérangé, de donner à tous les

apprêts du duel les apparences d'une promenade.

À six heures et demie sonnantes, le garçon de l'hôtel prévenait

Roland qu'il était attendu à la porte de la rue.

C'étaient les deux témoins et les deux domestiques; un de ces

derniers tenait en bride un cheval de main.

Roland fit un signe affectueux aux deux officiers et sauta en

selle.

Puis, par les boulevards, on gagna la place Louis XV et les

Champs-Élysées.

Pendant la route, cet étrange phénomène qui avait tant étonné sir

John lors du duel de Roland avec M. de Barjols se reproduisit.

Roland fut d'une gaieté que l'on eût pu croire exagérée, si,

évidemment, elle n'eût été si franche.

Les deux jeunes gens qui se connaissaient en courage, restaient

étourdis devant une pareille insouciance. Ils l’eussent comprise

dans un duel ordinaire, où le sang-froid et l'adresse donnent

l’espoir, à l'homme qui les possède, de l'emporter sur son

adversaire; mais, dans un combat comme celui au-devant duquel on

allait, il n'y avait ni adresse ni sang-froid qui pussent sauver

les combattants, sinon de la mort, du moins de quelque effroyable

blessure.

En outre, Roland poussait son cheval en homme qui a hâte

d'arriver, de sorte que, cinq minutes avant l'heure fixée, il

était à l’une des extrémités de l’allée de la Muette.

Un homme se promenait dans cette allée.

Roland reconnut sir John.

Les deux jeunes gens examinèrent d'un même mouvement la

physionomie de Roland à la vue de son adversaire.

À leur grand étonnement, la seule expression qui se manifesta sur

le visage du jeune homme fut celle d'une bienveillance presque

tendre.

Un temps de galop suffit pour que les quatre principaux acteurs de

la scène qui allait se passer se joignissent et se saluassent.

Sir John était parfaitement calme, mais son visage avait une

teinte profonde de mélancolie.

Il était évident que cette rencontre lui était aussi douloureuse

qu'elle paraissait agréable à Roland.

On mit pied à terre; un des deux témoins prit la boîte aux

pistolets des mains d'un des domestiques, auxquels il ordonna de

continuer de suivre l'allée comme s'ils promenaient les chevaux de

leurs maîtres. Ils ne devaient se rapprocher qu'au bruit des coups

de pistolet. Le groom de sir John devait se joindre à eux et faire

ainsi qu'eux.

Les deux adversaires et les deux témoins entrèrent dans le bois,

s'enfonçant au plus épais du taillis, pour trouver une place

convenable.

Au reste, comme l'avait prévu Roland, le bois était désert;

l'heure du dîner avait ramené chez eux les promeneurs.

On trouva une espèce de clairière qui semblait faite exprès pour

la circonstance.

Les témoins regardèrent Roland et sir John.

Ceux-ci firent de la tête un signe d'assentiment.

-- Rien n'est changé? demanda un des témoins s'adressant à lord

Tanlay.

-- Demandez à M. de Montrevel, dit lord Tanlay; je suis ici sous

son entière dépendance.

-- Rien, fit Roland.

On tira les pistolets de la boîte, et on commença à les charger.

Sir John se tenait à l'écart, fouillant les hautes herbes du bout

de sa cravache.

Roland le regarda, sembla hésiter un instant; puis, prenant sa

résolution, marcha à lui. Sir John releva la tête et attendit avec

une espérance visible.

-- Milord, lui dit Roland, je puis avoir à me plaindre de vous

sous certains rapports, mais je ne vous en crois pas moins homme

de parole.

-- Et vous avez raison, monsieur, répondit sir John.

-- Êtes-vous homme, si vous me survivez, à me tenir ici la

promesse que vous m'aviez faite à Avignon?

-- Il n'y a pas de probabilité que je vous survive, monsieur,

répondit lord Tanlay; mais vous pouvez disposer de moi tant qu'il

me restera un souffle de vie.

-- Il s'agit des dernières dispositions à prendre à l'endroit de

mon corps.

-- Seraient-elles les mêmes ici qu'à Avignon?

-- Elles seraient les mêmes, milord.

-- Bien... Vous pouvez être parfaitement tranquille.

Roland salua sir John et revint à ses deux amis.

-- Avez-vous, en cas de malheur, quelque recommandation

particulière à nous faire? demanda l'un d'eux.

-- Une seule.

-- Faites.

-- Vous ne vous opposerez en rien à ce que milord Tanlay décidera

de mon corps et de mes funérailles. Au reste, voici dans ma main

gauche un billet qui lui est destiné au cas où je serais tué sans

avoir le temps de prononcer quelques paroles; vous ouvririez ma

main et lui remettriez le billet.

-- Est-ce tout?

-- C'est tout.

-- Les pistolets sont chargés.

-- Eh bien, prévenez-en lord Tanlay.

Un des jeunes gens se détacha et marcha vers sir John.

L'autre mesura cinq pas.

Roland vit que la distance était plus grande qu'il ne croyait.

-- Pardon, fit-il, j'ai dit trois pas.

-- Cinq, répondit l'officier qui mesurait la distance.

-- Du tout, cher ami, vous êtes dans l’erreur.

Il se retourna vers sir John et son témoin en les interrogeant du

regard.

-- Trois pas vont très bien, répondit sir John en s'inclinant.

Il n'y avait rien à dire puisque les deux adversaires étaient du

même avis.

On réduisit les cinq pas à trois.

Puis on coucha à terre deux sabres pour servir de limite.

Sir John et Roland s'approchèrent chacun de son côté, jusqu'à ce

qu'ils eussent la pointe de leur botte sur la lame du sabre.

Alors, on leur mit à chacun un pistolet tout chargé dans la main.

Ils se saluèrent pour dire qu'ils étaient prêts.

Les témoins s'éloignèrent; ils devaient frapper trois coups dans

les mains.

Au premier coup, les adversaires armaient leurs pistolets; au

second, ils ajustaient; au troisième, ils lâchaient le coup.

Les trois battements de mains retentirent à une distance égale au

milieu du plus profond silence; on eût dit que le vent lui-même se

taisait, que les feuilles elles-mêmes étaient muettes.

Les adversaires étaient calmes; mais une angoisse visible se

peignait sur le visage des deux témoins.

Au troisième coup, les deux détonations retentirent avec une telle

simultanéité, qu'elles n'en firent qu'une.

Mais, au grand étonnement des témoins, les deux combattants

restèrent debout.

Au moment de tirer, Roland avait détourné son pistolet en

l'abaissant vers la terre.

Lord Tanlay avait levé le sien et coupé une branche derrière

Roland, à trois pieds au-dessus de sa tête.

Chacun des combattants était évidemment étonné d'une chose:

c'était d'être encore vivant, ayant épargné son adversaire.

Roland fut le premier qui reprit la parole:

-- Milord! s'écria-t-il, ma soeur me l'avait bien dit que vous

étiez l'homme le plus généreux de la terre.

Et, jetant son pistolet loin de lui, il tendit les bras à sir

John.

Sir John s'y précipita.

-- Ah! je comprends, dit-il: cette fois encore, vous vouliez

mourir; mais, par bonheur, Dieu n'a pas permis que je fusse votre

meurtrier!

Les deux témoins s'approchèrent.

-- Qu'y a-t-il donc? demandèrent-ils.

-- Rien, fit Roland, sinon que, décidé à mourir, je voulais du

moins mourir de la main de l'homme que j'aime le mieux au monde;

par malheur, vous l'avez vu, il préférait mourir lui-même plutôt

que de me tuer. Allons, ajouta Roland d'une voix sourde, je vois

bien que c'est une besogne qu'il faut réserver aux Autrichiens.

Puis, se jetant encore une fois dans les bras de lord Tanlay, et

serrant la main de ses deux amis:

-- Excusez-moi, messieurs, dit-il; mais le premier consul va

livrer une grande bataille en Italie, et je n'ai pas de temps à

perdre si je veux en être.

Et, laissant sir John donner aux officiers les explications que

ceux-ci jugeaient convenable de lui demander, Roland regagna

l'allée, sauta sur son cheval et retourna vers Paris au galop.

Toujours possédé de cette fatale manie de la mort, nous avons dit

quel était son dernier espoir.

Les compagnons de Jéhu · 第 62 / 67 题