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Entre Émile Zola et l'auteur de cette étude, durant de longues années,
existèrent des liens d'amitié. Les circonstances firent de l'un et de
l'autre, non des ennemis, mais des antagonistes. Ils combattirent, chacun
pour ce qu'il estimait juste, en des camps opposés. Dans la bataille
littéraire, ils demeurèrent d'accord.
Les Lettres sont à côté des besognes politiques, et l'Art est au-dessus de
l'esprit de parti. On peut, on doit rendre hommage à un grand écrivain,
même lorsque, à un moment de sa vie, contre vous, contre vos convictions,
il tourna sa plume.
Les partisans de l'empire, Napoléon III étant encore sur le trône,
s'inclinaient devant le génie de Victor Hugo. Ils n'acceptaient assurément
pas tout de son œuvre, et tout dans sa vie ne leur plaisait pas. Ils
négligeaient _Napoléon le Petit_ pour relire _les Feuilles d'Automne_, et
leur légitime admiration pour _la Légende des Siècles_ ne leur imposait
pas l'approbation pour les violences des _Châtiments_ envers le souverain
qu'ils aimaient et le régime qu'ils défendaient.
Sous le prétexte qu'il fut aussi l'auteur du pamphlet _J'accuse_, il est
absurde, et plus d'un, par la suite, en rougira, de nier la maîtrise de
l'historien des _Rougon-Macquart_.
Il est, sans doute, regrettable que les enthousiasmes officiels et les
acclamations populaires, celles-ci ignorantes, ceux-là factices, se soient
surtout adressés au défenseur inattendu d'un accusé exceptionnel. C'est le
peintre, au coloris vigoureux, des êtres et des choses de notre société,
l'annaliste de nos mœurs et le clinicien de nos passions, de nos tares,
qui avait seul droit à la gloire. Zola méritait de partager, avec Victor
Hugo et d'autres illustres défunts, le lit funèbre imposant du Panthéon,
mais il est fâcheux qu'il y ait été porté par des mains vibrantes encore
de la fièvre d'une guerre civile, au milieu d'un concours de gens qui
n'avaient pas lu ses livres. C'est l'homme de parti qu'on a voulu honorer,
c'est à l'homme de lettres seul que devait être décernée l'apothéose
nationale.
La postérité ne voudra saluer dans Émile Zola qu'un philosophe et un
moraliste, un lyrique merveilleux aussi, le poète en prose de la vie
moderne. Ce livre a pour but de devancer son jugement.
En faisant mieux connaître l'homme, en dégageant l'œuvre de
préoccupations étrangères à la littérature, l'auteur estime répondre à un
désir des libres esprits, affranchis de la pire des servitudes, celle
du préjugé et du parti pris. Le retentissement du nom d'Émile Zola et
l'attention mondiale dont il a été, dont il est encore l'objet, motivent
la présentation d'un travail, impartial et documenté, permettant
d'apprécier, avec plus de certitude, le grand romancier, le robuste
artiste aussi, qui, avec Victor Hugo et Balzac, domine le XIXe siècle.