(_Extrait de la correspondance de l'armée d'Italie_.)]
[27: _Ranieri Calsabigi_, poëte dramatique, consacra, comme
Apostolo-Zeno et comme Métastase, son talent à la scène lyrique. Il a
composé, sous le titre d'_azione teatrale_, de _dramma_ ou de _tragedia
per musica_, six ouvrages pour le théâtre italien: _Orfeo e Euridice_,
_Alceste_, _Paride e Elena_, _le Danaidi_, _Elvira_, _Elfrida_.
Ces diverses pièces ont servi de thème aux plus grands compositeurs du
dix-huitième siècle, et plusieurs d'entre elles ont été adaptées au
théâtre de notre opéra. Tels sont _Orphée_ et _Alceste_, opéras composés
d'abord sur des paroles italiennes par Gluck, qui a mis aussi en musique
le _Paride_. La tragédie des _Danaïdes_, où _Salieri_ se montre tour à
tour rival de Gluck et de Sacchini, est calquée sur les _Danaidi_ de
_Calsabigi_.
L'_Elvira_ et l'_Elfrida_ avaient été faites pour Paësiello. Je ne
connais que le dernier de ces deux opéras. J'ai entendu peu de musique
aussi mélodieuse et aussi touchante que celle de l'_Elfrida_; et je n'en
ai pas entendu de plus simple.
_Calsabigi_ mérite la place honorable qu'il occupe parmi les auteurs
lyriques. Habilement coupés, ses drames sont écrits avec la mollesse que
réclame le genre, sans manquer toutefois d'énergie quand la situation
l'exige; son style est élégant et pur.
Nourri des modèles que nous ont laissés les anciens, et simple comme eux
dans ses compositions, ce poëte reproduit souvent avec succès leurs
traits les plus heureux. On reconnaît quelque chose d'Horace dans ces
vers d'_Elfrida_.
Di furor per me s'accenda,
Arda il volto de' tiranni;
Alle pene ed agli affanni
Mi condanni il mondo il ciel:
Frema il mar, tremi la terra,
È tranquilla un' alma forte:
Non vacilla in faccia a morte
Core intrepido e fedel.
Ces stances par lesquelles Orphée déplore la mort d'Eurydice méritent
aussi d'être citées.