FABLE VI.

Le Paysan et la Rivière.

Je veux me corriger, je veux changer de vie,

Me disait un ami: dans des liens honteux

Mon ame s'est trop avilie;

J'ai cherché le plaisir, guidé par la folie,

Et mon coeur n'a trouvé que le remords affreux.

C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse

Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer;

Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse,

Eh bien! je vais la réprimer;

Je vais me retirer du monde;

Et, calme désormais, libre de tous soucis,

Dans une retraite profonde,

Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.

Que de fois vous l'avez promis!

Toujours en vain, lui répondis-je.

Çà, quand commencez-vous?--Dans huit jours, sûrement.

--Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.

--Oh! je ne puis dans un moment

Briser une si forte chaîne:

Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds.

Causant ainsi, nous arrivons

Jusque sur les bords de la Seine;

Et j'apperçois un paysan

Assis sur une large pierre,

Regardant l'eau couler d'un air impatient.

--L'ami, que fais-tu là?--Monsieur, pour une affaire

Au village prochain je suis contraint d'aller:

Je ne vois point de pont pour passer la rivière,

Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler.

Mon ami, vous voilà, cet homme est votre image;

Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours:

Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage;

Car cette eau coulera toujours.

Fables de Florian · 第 113 / 135 题