Le Paysan et la Rivière.
Je veux me corriger, je veux changer de vie,
Me disait un ami: dans des liens honteux
Mon ame s'est trop avilie;
J'ai cherché le plaisir, guidé par la folie,
Et mon coeur n'a trouvé que le remords affreux.
C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse
Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer;
Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse,
Eh bien! je vais la réprimer;
Je vais me retirer du monde;
Et, calme désormais, libre de tous soucis,
Dans une retraite profonde,
Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.
Que de fois vous l'avez promis!
Toujours en vain, lui répondis-je.
Çà, quand commencez-vous?--Dans huit jours, sûrement.
--Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.
--Oh! je ne puis dans un moment
Briser une si forte chaîne:
Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds.
Causant ainsi, nous arrivons
Jusque sur les bords de la Seine;
Et j'apperçois un paysan
Assis sur une large pierre,
Regardant l'eau couler d'un air impatient.
--L'ami, que fais-tu là?--Monsieur, pour une affaire
Au village prochain je suis contraint d'aller:
Je ne vois point de pont pour passer la rivière,
Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler.
Mon ami, vous voilà, cet homme est votre image;
Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours:
Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage;
Car cette eau coulera toujours.