FABLE IX.

La Fauvette et le Rossignol.

Une fauvette, dont la voix

Enchantait les échos par sa douceur extrême,

Espéra surpasser le rossignol lui-même,

Et lui fit un défi. L'on choisit dans le bois

Un lieu propre au combat: les juges se placèrent;

C'étaient le linot, le serin,

Le rouge-gorge et le tarin.

Tous les autres oiseaux derrière eux se perchèrent.

Deux vieux chardonnerets et deux jeunes pinsons

Furent gardes du camp; le merle était trompette,

Il donne le signal. Aussitôt la fauvette

Fait entendre les plus doux sons;

Avec adresse elle varie

De ses accens filés la touchante harmonie,

Et ravit tous les coeurs par ses tendres chansons.

L'assemblée applaudit. Bientôt on fait silence;

Alors le rossignol commence:

Trois accords purs, égaux, brillans,

Que termine une juste et parfaite cadence,

Sont le prélude de ses chants;

Ensuite son gosier flexible,

Parcourant sans effort tous les tons de sa voix,

Tantôt vif et pressé, tantôt lent et sensible,

Étonne et ravit à la fois.

Les juges cependant demeuraient en balance.

Le linot, le serin, de la fauvette amis,

Ne voulaient point donner de prix:

Les autres disputaient. L'assemblée en silence

Écoutait leurs doctes avis,

Lorsqu'un geai s'écria: Victoire à la fauvette!

Ce mot décida sa défaite:

Pour le rossignol aussitôt

L'aréopage ailé tout d'une voix s'explique.

Ainsi le suffrage d'un sot

Fait plus de mal que sa critique.

Fables de Florian · 第 91 / 135 题