FABLE XII.

Le Vacher et le Garde-chasse.

Colin gardait un jour les vaches de son père;

Colin n'avait pas de bergère,

Et s'ennuyait tout seul. Le garde sort du bois:

Depuis l'aube, dit-il, je cours, dans cette plaine,

Après un vieux chevreuil que j'ai manqué deux fois,

Et qui m'a mis tout hors d'haleine.

Il vient de passer par là bas,

Lui répondit Colin: mais, si vous êtes las,

Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,

Et j'irai faire votre chasse;

Je réponds du chevreuil.--ma foi, je le veux bien:

Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,

Va le tuer. Colin s'apprête,

S'arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu'à regret,

Court avec lui vers la forêt.

Le chien bat les buissons; il va, vient, sent, arrête,

Et voilà le chevreuil... Colin impatient

Tire aussitôt, manque la bête,

Et blesse le pauvre Sultan.

A la suite du chien qui crie,

Colin revient à la prairie.

Il trouve le garde ronflant;

De vaches, point; elles étaient volées.

Le malheureux Colin, s'arrachant les cheveux,

Parcourt en gémissant les monts et les vallées;

Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,

Colin retourne chez son père,

Et lui conte en tremblant l'affaire.

Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,

Corrige son cher fils de ses folles idées,

Puis lui dit: Chacun son métier,

Les vaches seront bien gardées.

Fables de Florian · 第 19 / 135 题