FABLE PREMIÈRE

La Fable et la Vérité.

La vérité, toute nue,

Sortit un jour de son puits.

Ses attraits par le temps étaient un peu détruits;

Jeune et vieux fuyaient à sa vue.

La pauvre vérité restait là morfondue,

Sans trouver un asile où pouvoir habiter.

A ses yeux vient se présenter

La Fable richement vêtue,

Portant plumes et diamans,

La plupart faux, mais très-brillans.

Eh! vous voilà! bonjour, dit-elle:

Que faites-vous ici seule sur un chemin?

La vérité répond: Vous le voyez, je gèle;

Aux passans je demande en vain

De me donner une retraite,

Je leur fais peur à tous. Hélas! je le vois bien,

Vieille femme n'obtient plus rien.

Vous êtes pourtant ma cadette,

Dit la fable, et, sans vanité,

Par-tout je suis fort bien reçue.

Mais aussi, dame Vérité,

Pourquoi vous montrer toute nue?

Cela n'est pas adroit: Tenez, arrangeons-nous;

Qu'un même intérêt nous rassemble:

Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.

Chez le sage, à cause de vous,

Je ne serai point rebutée;

A cause de moi, chez les fous

Vous ne serez point maltraitée:

Servant par ce moyen chacun selon son goût,

Grace à votre raison et grace à ma folie,

Vous verrez, ma soeur, que par-tout

Nous passerons de compagnie.

Fables de Florian · 第 9 / 135 题