III. UTILITÉ DES GROS CARACTÈRES

Certainement, quelqu'un était traqué.

Qui?

Cet homme d'acier eut un frémissement.

Ce ne pouvait être lui. On n'avait pu deviner son arrivée. Il était

impossible que les représentants en mission fussent déjà informés; il

venait à peine de débarquer. La corvette avait évidemment sombré sans qu'un

homme échappât. Et dans la corvette même, excepté Boisberthelot et La

Vieuville, personne ne savait son nom.

Les clochers continuaient leur jeu farouche. Il les examinait et les

comptait machinalement, et sa rêverie, poussée d'une conjecture à l'autre,

avait cette fluctuation que donne le passage d'une sécurité profonde à une

incertitude terrible. Pourtant, après tout, ce tocsin pouvait s'expliquer

de bien des façons, et il finissait par se rassurer en se répétant: En

somme, personne ne sait mon arrivée et personne ne sait mon nom.

Depuis quelques instants il se faisait un léger bruit au-dessus de lui et

derrière lui. Ce bruit ressemblait au froissement d'une feuille d'arbre

agitée. Il n'y prit d'abord pas garde; puis, comme le bruit persistait, on

pourrait dire insistait, il finit par se retourner. C'était une feuille en

effet, mais une feuille de papier. Le vent était en train de décoller

au-dessus de sa tête une large affiche appliquée sur la pierre milliaire.

Cette affiche était placardée depuis peu de temps, par elle était encore

humide et donnait prise au vent qui s'était mis à jouer avec elle et qui la

détachait.

Le vieillard avait gravi la dune du côté opposé et n'avait pas vu cette

affiche en arrivant.

Il monta sur la borne où il était assis, et posa sa main sur le coin du

placard que le vent soulevait; le ciel était serein, les crépuscules sont

longs en juin; le bas de la dune était ténébreux, mais le haut était

éclairé; une partie de l'affiche était imprimée en grosses lettres, et il

faisait encore assez de jour pour qu'on pût les lire. Il lut ceci:

Quatrevingt-Treize · 第 27 / 112 题