Certainement, quelqu'un était traqué.
Qui?
Cet homme d'acier eut un frémissement.
Ce ne pouvait être lui. On n'avait pu deviner son arrivée. Il était
impossible que les représentants en mission fussent déjà informés; il
venait à peine de débarquer. La corvette avait évidemment sombré sans qu'un
homme échappât. Et dans la corvette même, excepté Boisberthelot et La
Vieuville, personne ne savait son nom.
Les clochers continuaient leur jeu farouche. Il les examinait et les
comptait machinalement, et sa rêverie, poussée d'une conjecture à l'autre,
avait cette fluctuation que donne le passage d'une sécurité profonde à une
incertitude terrible. Pourtant, après tout, ce tocsin pouvait s'expliquer
de bien des façons, et il finissait par se rassurer en se répétant: En
somme, personne ne sait mon arrivée et personne ne sait mon nom.
Depuis quelques instants il se faisait un léger bruit au-dessus de lui et
derrière lui. Ce bruit ressemblait au froissement d'une feuille d'arbre
agitée. Il n'y prit d'abord pas garde; puis, comme le bruit persistait, on
pourrait dire insistait, il finit par se retourner. C'était une feuille en
effet, mais une feuille de papier. Le vent était en train de décoller
au-dessus de sa tête une large affiche appliquée sur la pierre milliaire.
Cette affiche était placardée depuis peu de temps, par elle était encore
humide et donnait prise au vent qui s'était mis à jouer avec elle et qui la
détachait.
Le vieillard avait gravi la dune du côté opposé et n'avait pas vu cette
affiche en arrivant.
Il monta sur la borne où il était assis, et posa sa main sur le coin du
placard que le vent soulevait; le ciel était serein, les crépuscules sont
longs en juin; le bas de la dune était ténébreux, mais le haut était
éclairé; une partie de l'affiche était imprimée en grosses lettres, et il
faisait encore assez de jour pour qu'on pût les lire. Il lut ceci: