La blessure du duc avait si peu de gravité qu'il ne portait même plus
son bras en écharpe; sa physionomie était toujours goguenarde et
hautaine, son agitation toujours incessante, sa manie de tracasser
toujours insurmontable. Malgré ses travers, ses plaisanteries de mauvais
goût, malgré son nez démesuré qui donnait à sa figure un caractère
presque grotesque, M. de Lucenay n'était pas, nous l'avons dit, un type
vulgaire, grâce à une sorte de dignité naturelle et de courageuse
impertinence qui ne l'abandonnait jamais.
--Combien vous devez me croire indifférent à ce qui vous regarde, mon
cher Henri! dit M. d'Harville en tendant la main à M. de Lucenay; mais
c'est seulement ce matin que j'ai appris votre fâcheuse aventure.
--Fâcheuse... allons donc, marquis!... Je m'en suis donné pour mon
argent, comme on dit. Je n'ai jamais tant ri de ma vie!... Cet excellent
M. Robert avait l'air si solennellement déterminé à ne pas passer pour
avoir la pituite... Au fait, vous ne savez pas? C'était la cause du
duel. L'autre soir, à l'ambassade de ***, je lui avais demandé, devant
votre femme et devant la comtesse Mac-Gregor, comme il la gouvernait,
sa pituite. _Inde iræ_; car, entre nous, il n'avait pas cet
inconvénient-là. Mais c'est égal. Vous comprenez... s'entendre dire cela
devant de jolies femmes, c'est impatientant.
--Quelle folie! Je vous reconnais bien! Mais qu'est-ce que M. Robert?
--Je n'en sais, ma foi, rien du tout; c'est un monsieur que j'ai
rencontré aux eaux; il passait devant nous dans le jardin d'hiver de
l'ambassade, je l'ai appelé pour lui faire cette bête plaisanterie, il y
a répondu le surlendemain en me donnant très-galamment un petit coup
d'épée; voilà nos relations. Mais ne parlons plus de ces niaiseries. Je
viens vous demander une tasse de thé.
Ce disant, M. de Lucenay se jeta et s'étendit sur un sofa; après quoi,
introduisant le bout de sa canne entre le mur et la bordure d'un tableau
placé au-dessus de sa tête, il commença de tracasser et de balancer ce
cadre.
--Je vous attendais, mon cher Henri, et je vous ai ménagé une surprise,
dit M. d'Harville.
--Ah! bah! et laquelle? s'écria M. de Lucenay en imprimant au tableau un
balancement très-inquiétant.
--Vous allez finir par décrocher ce tableau, et vous le faire tomber sur
la tête...
--C'est pardieu, vrai! vous avez un coup d'oeil d'aigle... Mais votre
surprise, dites-la donc?
--J'ai prié quelques-uns de nos amis de venir déjeuner avec nous.
--Ah bien! par exemple, pour ça, marquis, bravo! bravissimo!
archi-bravissimo! cria M. de Lucenay à tue-tête en frappant de grands
coups de canne sur les coussins du sofa. Et qui aurons-nous? Saint-Remy?
Non, au fait, il est à la campagne depuis quelques jours; que diable
peut-il manigancer à la campagne en plein hiver?
--Vous êtes sûr qu'il n'est pas à Paris?
--Très-sûr; je lui avais écrit pour lui demander de me servir de
témoin... Il était absent, je me suis rabattu sur lord Douglas et sur
Sézannes...
--Cela se rencontre à merveille, ils déjeunent avec nous.
--Bravo! bravo! bravo! se mit à crier de nouveau M. de Lucenay. Puis se
tordant et se roulant sur le sofa, il accompagna cette fois ses cris
inhumains d'une série de sauts de carpe à désespérer un bateleur.
Les évolutions acrobatiques du duc de Lucenay furent interrompues par
l'arrivée de M. de Saint-Remy.
--Je n'ai pas eu besoin de demander si Lucenay était ici, dit gaiement
le vicomte. On l'entend d'en bas!
--Comment! c'est vous, beau sylvain, campagnard! loup-garou! s'écria le
duc étonné, en se redressant brusquement; on vous croyait à la campagne.
--Je suis de retour depuis hier; j'ai reçu tout à l'heure l'invitation
de d'Harville et j'accours... tout joyeux de cette bonne surprise. Et M.
de Saint-Remy tendit la main à M. de Lucenay, puis au marquis.
--Et je vous sais bien gré de cet empressement, mon cher Saint-Remy.
N'est-ce pas naturel? Les amis de Lucenay ne doivent-ils pas se réjouir
de l'heureuse issue de ce duel, qui, après tout, pouvait avoir des
suites fâcheuses.
--Mais, reprit obstinément le duc, qu'est-ce donc que vous avez été
faire à la campagne en plein hiver, Saint-Remy? cela m'intrigue.
--Est-il curieux! dit le vicomte en s'adressant à M. d'Harville. Puis il
répondit au duc:--Je veux me sevrer peu à peu de Paris... puisque je
dois le quitter bientôt...
--Ah! oui, cette belle imagination de vous faire attacher à la légation
de France à Gerolstein... Laissez-nous donc tranquilles avec vos
billevesées de diplomatie! vous n'irez jamais là... ma femme le dit et
tout le monde le répète...
--Je vous assure que Mme de Lucenay se trompe comme tout le monde.
--Elle vous a dit devant moi que c'était une folie...
--J'en ai tant fait dans ma vie!
--Des folies élégantes et charmantes, à la bonne heure, comme qui dirait
de vous ruiner par vos magnificences de Sardanapale, j'admets ça; mais
aller vous enterrer dans un trou de cour pareil... à Gerolstein! Voyez
donc la belle poussée... Ça n'est pas une folie, c'est une bêtise, et
vous avez trop d'esprit pour en faire... des bêtises.
--Prenez garde, mon cher Lucenay; en médisant de cette cour allemande,
vous allez-vous faire une querelle avec d'Harville, l'ami intime du
grand-duc régnant, qui, du reste, m'a l'autre jour accueilli avec la
meilleure grâce du monde à l'ambassade de ***, où je lui ai été
présenté.
--Vraiment! mon cher Henri, dit M. d'Harville, si vous connaissiez le
grand-duc comme je le connais, vous comprendriez que Saint-Remy n'ait
aucune répugnance à aller passer quelque temps à Gerolstein.
--Je vous crois, marquis, quoiqu'on le dise fièrement original, votre
grand-duc; mais ça n'empêche pas qu'un beau comme Saint-Remy, la fine
fleur de la fleur des pois, ne peut vivre qu'à Paris... il n'est en
toute valeur qu'à Paris.
Les autres convives de M. d'Harville venaient d'arriver, lorsque Joseph
entra et dit quelques mots tout bas à son maître.
--Messieurs, vous permettez?... dit le marquis. C'est le joaillier de ma
femme qui m'apporte des diamants à choisir pour elle... une surprise.
Vous connaissez cela, Lucenay, nous sommes des maris de la vieille
roche, nous autres...
--Ah! pardieu, s'il s'agit de surprise, s'écria le duc, ma femme m'en a
fait une hier... et une fameuse encore!!!
--Quelque cadeau splendide?
--Elle m'a demandé... cent mille francs...
--Et comme vous êtes magnifique... vous les lui avez...
--Prêtés!... Ils seront hypothéqués sur sa terre d'Arnouville... Les
bons comptes font les bons amis... Mais c'est égal... prêter en deux
heures cent mille francs à quelqu'un qui en a besoin, c'est gentil et
c'est rare... n'est-ce pas, dissipateur, vous qui êtes très-connaisseur
en emprunts?... dit en riant le duc à M. de Saint-Remy, sans se douter
de la portée de ses paroles.
Malgré son audace, le vicomte rougit d'abord légèrement un peu, puis il
reprit effrontément:
--Cent mille francs! mais c'est énorme... Comment une femme peut-elle
jamais avoir besoin de cent mille francs?... Nous autres hommes, à la
bonne heure.
--Ma foi, je ne sais pas ce qu'elle veut faire de cette somme-là... ma
femme. D'ailleurs ça m'est égal. Des arriérés de toilette
probablement... des fournisseurs impatientés et exigeants; ça la
regarde... et puis vous sentez bien, mon cher Saint-Remy, que, lui
prêtant mon argent, il eût été du plus mauvais goût à moi de lui en
demander l'emploi.
--C'est pourtant presque toujours une curiosité particulière à ceux qui
prêtent de savoir ce qu'on veut faire de l'argent qu'on leur
emprunte..., dit le vicomte en riant.
--Parbleu! Saint-Remy, dit M. d'Harville, vous qui avez un si excellent
goût, vous allez m'aider à choisir la parure que je destine à ma femme;
votre approbation consacrera mon choix, vos arrêts sont souverains en
fait de modes...
Le joaillier entra, portant plusieurs écrins dans un grand sac de peau.
--Tiens, c'est M. Baudoin! dit M. de Lucenay.
--À vous rendre mes devoirs, monsieur le duc.
--Je suis sûr que c'est vous qui ruinez ma femme avec vos tentations
infernales et éblouissantes? dit M. de Lucenay.
--Mme la duchesse s'est contentée de faire seulement remonter ses
diamants cet hiver, dit le joaillier avec un léger embarras. Et
justement, en venant chez M. le marquis, je les ai portés à Mme la
duchesse.
M. de Saint-Remy savait que Mme de Lucenay, pour venir à son aide, avait
changé ses pierreries pour des diamants faux; il fut désagréablement
frappé de cette rencontre... mais il reprit audacieusement:
--Ces maris sont-ils curieux! ne répondez donc pas, monsieur Baudoin.
--Curieux! ma foi, non, dit le duc; c'est ma femme qui paye... elle peut
se passer toutes ses fantaisies... elle est plus riche que moi...
Pendant cet entretien, M. Baudoin avait étalé sur un bureau plusieurs
admirables colliers de rubis et de diamants.
--Quel éclat!... et que ces pierres sont divinement taillées! dit lord
Douglas.
--Hélas! monsieur, répondit le joaillier, j'employais à ce travail un
des meilleurs lapidaires de Paris; le malheur veut qu'il soit devenu
fou, et jamais je ne retrouverai un ouvrier pareil. Ma courtière en
pierreries m'a dit que c'est probablement la misère qui lui a fait
perdre la tête, à ce pauvre homme.
--La misère!... Et vous confiez des diamants à des gens dans la misère!
--Certainement, monsieur, et il est sans exemple qu'un lapidaire ait
jamais rien détourné, quoique ce soit un rude et pauvre état que le
leur.
--Combien ce collier? demanda M. d'Harville.
--Monsieur le marquis remarquera que les pierres sont d'une eau et d'une
coupe magnifiques, presque toutes de la même grosseur.
--Voici des précautions oratoires des plus menaçantes pour votre bourse,
dit M. de Saint-Remy en riant; attendez-vous, mon cher d'Harville, à
quelque prix exorbitant.
--Voyons, monsieur Baudoin, en conscience, votre dernier mot? dit M.
d'Harville.
--Je ne voudrais pas faire marchander monsieur le marquis... Le dernier
prix sera de quarante-deux mille francs.
--Messieurs! s'écria M. de Lucenay, admirons d'Harville en silence, nous
autres maris... Ménager à sa femme une surprise de quarante-deux mille
francs!... Diable! n'allons pas ébruiter cela, ce serait d'un exemple
détestable.
--Riez tant qu'il vous plaira, messieurs, dit gaiement le marquis. Je
suis amoureux de ma femme, je ne m'en cache pas; je le dis, je m'en
vante!
--On le voit bien, reprit M. de Saint-Remy; un tel cadeau en dit plus
que toutes les protestations du monde.
--Je prends donc ce collier, dit M. d'Harville, si toutefois cette
monture d'émail noir vous semble de bon goût, Saint-Remy.
--Elle fait encore valoir l'éclat des pierreries; elle est disposée à
merveille!
--Je me décide pour ce collier, dit M. d'Harville. Vous aurez, monsieur
Baudoin, à compter avec M. Doublet, mon homme d'affaires.
--M. Doublet m'a prévenu, monsieur le marquis, dit le joaillier, et il
sortit après avoir remis dans son sac, sans les compter (tant sa
confiance était grande), les diverses pierreries qu'il avait apportées,
et que M. de Saint-Remy avait longtemps et curieusement maniées et
examinées durant cet entretien.
M. d'Harville, donnant le collier à Joseph qui avait attendu ses ordres,
lui dit tout bas:
--Il faut que Mlle Juliette mette adroitement ces diamants avec ceux de
sa maîtresse, sans que celle-ci s'en doute, pour que la surprise soit
plus complète.
À ce moment, le maître d'hôtel annonça que le déjeuner était servi; les
convives du marquis passèrent dans la salle à manger et s'attablèrent.
--Savez-vous, mon cher d'Harville, dit M. de Lucenay, que cette maison
est une des plus élégantes et des mieux distribuées de Paris?
--Elle est assez commode, en effet, mais elle manque d'espace... mon
projet est de faire ajouter une galerie sur le jardin. Mme d'Harville
désire donner quelques grands bals, et nos salons ne suffiraient pas.
Puis je trouve qu'il n'y a rien de plus incommode que les empiétements
des fêtes sur les appartements que l'on occupe habituellement, et dont
elles vous exilent de temps à autre.
--Je suis de l'avis de d'Harville, dit M. de Saint-Remy; rien de plus
mesquin, de plus bourgeois que ces déménagements forcés par autorité de
bals ou de concerts... Pour donner des fêtes vraiment belles sans se
gêner, il faut leur consacrer un emplacement particulier; et puis de
vastes éblouissantes salles, destinées à un bal splendide, doivent avoir
un tout autre caractère que celui des salons ordinaires: il y a entre
ces deux espèces d'appartements la même différence qu'entre la peinture
à fresque monumentale et les tableaux de chevalet.
--Il a raison, dit M. d'Harville; quel dommage, messieurs, que
Saint-Remy n'ait pas douze à quinze cent mille livres de rentes! Quelles
merveilles il nous ferait admirer!
--Puisque nous avons le bonheur de jouir d'un gouvernement
représentatif, dit le duc de Lucenay, le pays ne devrait-il pas voter un
million par an à Saint Remy, et le charger de représenter à Paris le
goût et l'élégance française qui décideraient du goût et de l'élégance
de l'Europe... du monde?
--Adopté! cria-t-on en choeur.
--Et l'on prélèverait ce million annuel, en manière d'impôt, sur ces
abominables fesse-mathieux qui, possesseurs de fortunes énormes,
seraient prévenus, atteints et convaincus de vivre comme des
grippe-sous, ajouta M. de Lucenay.
--Et comme tels, reprit M. d'Harville, condamnés à défrayer des
magnificences qu'ils devraient étaler.
--Sans compter que ces fonctions de grand prêtre, ou plutôt de grand
maître de l'élégance, reprit M. de Lucenay, dévolues à Saint-Remy,
auraient, par l'imitation, une prodigieuse influence sur le goût
général.
--Il serait le type auquel on voudrait toujours ressembler.
--C'est clair.
--Et en tâchant de le copier, le goût s'épurerait.
--Au temps de la Renaissance, le goût est devenu partout excellent,
parce qu'il se modelait sur celui des aristocraties, qui était exquis.
--À la grave tournure que prend la question, reprit gaiement M.
d'Harville, je vois qu'il ne s'agit plus que d'adresser une pétition aux
chambres pour l'établissement de la charge de grand maître de l'élégance
française.
--Et comme les députés, sans exception, passent pour avoir des idées
très-grandes, très-artistiques et très-magnifiques, cela sera voté par
acclamation.
--En attendant la décision qui consacrera en droit la suprématie que
Saint-Remy exerce en fait, dit M. d'Harville, je lui demanderai ses
conseils pour la galerie que je vais faire construire: car j'ai été
frappé de ses idées sur la splendeur des fêtes.
--Mes faibles lumières sont à vos ordres, d'Harville.
--Et quand inaugurerons-nous vos magnificences, mon cher?
--L'an prochain, je suppose; car je vais faire commencer immédiatement
les travaux.
--Quel homme à projets vous êtes!
--J'en ai bien d'autres, ma foi... Je médite un bouleversement complet
du Val-Richer.
--Votre terre de Bourgogne?
--Oui; il y a là quelque chose d'admirable à faire, si toutefois... Dieu
me prête vie...
--Pauvre vieillard!...
--Mais n'avez-vous pas acheté dernièrement une ferme près du Val-Richer
pour vous arrondir encore?
--Oui, une très-bonne affaire que mon notaire m'a conseillée.
--Et quel est ce rare et précieux notaire qui conseille de si bonnes
affaires?
--M. Jacques Ferrand.
À ce nom, un léger tressaillement plissa le front de M. de Saint-Remy.
--Est-il vraiment aussi honnête homme qu'on le dit? demanda-t-il
négligemment à M. d'Harville, qui se souvint alors de ce que Rodolphe
avait raconté à Clémence à propos du notaire.
--Jacques Ferrand? Quelle question! Mais c'est un homme d'une probité
antique, dit M. de Lucenay.
--Aussi respecté que respectable.
--Très-pieux... ce qui ne gâte rien.
--Excessivement avare... ce qui est une garantie pour ses clients.
--C'est enfin un de ces notaires de la vieille roche, qui vous demandent
pour qui vous les prenez lorsqu'on s'avise de leur parler de reçu à
propos de l'argent qu'on leur confie.
--Rien qu'à cause de cela, moi, je leur confierais toute ma fortune.
--Mais où diable Saint-Remy a-t-il été chercher ses doutes à propos de
ce digne homme d'une intégrité proverbiale?
--Je ne suis que l'écho de bruits vagues... Du reste, je n'ai aucune
raison pour nier ce phénix des notaires... Mais, pour revenir à vos
projets, d'Harville, que voulez-vous donc bâtir au Val-Richer? On dit le
château admirable?...
--Vous serez consulté, soyez tranquille, mon cher Saint-Remy, et plus
tôt peut-être que vous ne pensez, car je me fais une joie de ces
travaux; il me semble qu'il n'y a rien de plus attachant que d'avoir
ainsi des intérêts successifs qui échelonnent et occupent les années à
venir... Aujourd'hui ce projet... dans un an celui-ci... Plus tard,
c'est autre chose... Joignez à cela une femme charmante que l'on adore,
qui est de moitié dans tous vos goûts, dans tous vos desseins, et ma
foi, la vie se passe assez doucement.
--Je le crois, pardieu, bien! C'est un vrai paradis sur terre.
--Maintenant, messieurs, dit d'Harville lorsque le déjeuner fut terminé,
si vous voulez fumer un cigare dans mon cabinet, vous en trouverez
d'excellents.
On se leva de table, on rentra dans le cabinet du marquis; la porte de
sa chambre à coucher, qui y communiquait, était ouverte. Nous avons dit
que le seul ornement de cette pièce se composait de deux panoplies de
très-belles armes.
M. de Lucenay, ayant allumé un cigare, suivit le marquis dans sa
chambre.
--Vous voyez, je suis toujours amateur d'armes, lui dit M. d'Harville.
--Voilà, en effet, de magnifiques fusils anglais et français; ma foi, je
ne saurais auxquels donner la préférence... Douglas! cria M. de Lucenay,
venez donc voir si ces fusils ne peuvent rivaliser avec vos meilleurs
Manton.
Lord Douglas, Saint-Remy et deux autres convives entrèrent dans la
chambre du marquis pour examiner les armes.