CHAPITRE XXX.

Une perte.

J'arrivai le soir à Yarmouth et j'allai à l'auberge. Je savais que

la chambre de réserve de Peggotty, ma chambre, devait être bientôt

occupée par un autre, si ce grand Visiteur à qui tous les vivants

doivent faire place n'était pas déjà arrivé dans la maison. Je me

rendis donc à l'hôtel pour y dîner et pour y retenir un lit.

Il était dix heures de soir quand je sortis. La plupart des

boutiques étaient fermées, et la ville était triste. Lorsque

j'arrivai devant la maison d'Omer et Joram, les volets étaient

déjà fermés, mais la porte de la boutique était encore ouverte.

Comme j'apercevais, dans le lointain, M. Omer qui fumait sa pipe,

près de la porte de l'arrière-boutique, j'entrai, et lui demandai

comment il se portait.

«Sur mon âme, est-ce bien vous? dit M. Omer. Comment allez-vous?

prenez un siège. La fumée ne vous incommode pas, j'espère?

-- Pas du tout, au contraire, je l'aime... dans la pipe d'un

autre.

-- Pas dans la vôtre? dit M. Omer en riant. Tant mieux, monsieur,

mauvaise habitude pour les jeunes gens. Asseyez-vous; moi, si je

fume, c'est à cause de mon asthme.»

M. Omer m'avait fait de la place et avait avancé une chaise pour

moi. Il se rassit tout hors d'haleine, aspirant la fumée de sa

pipe comme s'il espérait y trouver le souffle nécessaire à son

existence.

«Je suis bien fâché des mauvaises nouvelles qu'on m'a données de

M. Barkis, lui dis-je.»

David Copperfield - Tome I · 第 47 / 50 题