«Versailles, le 5 avril 1814.
«M. le colonel Fabvier a dû dire à Votre Excellence les motifs qui nous
ont engagés à exécuter le mouvement que nous étions convenus de
suspendre jusqu'au retour de MM. les princes de la Moskowa, des ducs de
Tarente et de Vicence. Nous sommes arrivés à Versailles avec tout ce qui
compose le sixième corps.--Absolument tout nous a suivis, et avec
connaissance du parti que nous prenions, l'ayant fait connaître à la
troupe avant de marcher. Maintenant, monseigneur, pour tranquilliser les
officiers sur leur sort, il serait bien urgent que le gouvernement
provisoire fit une adresse ou proclamation à ce corps, et qu'en lui
faisant connaître sur quoi il peut compter on lui fasse payer un mois de
solde; sans cela il est à craindre qu'il ne se débande.
«MM. les officiers généraux sont tous avec nous, M. Lucotte excepté. Ce
joli monsieur nous avait dénoncés à l'Empereur.
«J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre
Excellence,
«Le très-humble et dévoué serviteur.
«Le général de division,
«Comte BORDESOULLE.»
COPIE D'UNE LETTRE DE M. LE MARÉCHAL NEY A S. A. LE PRINCE DE BÉNÉVENT
PRÉSIDENT DE LA COMMISSION COMPOSANT LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE.
«Monseigneur, je me suis rendu hier (4) à Paris avec M. le maréchal duc
de Tarente et M. le duc de Vicence, comme chargé de pleins pouvoirs pour
défendre, près de Sa Majesté l'empereur Alexandre, les intérêts de la
dynastie de l'empereur Napoléon.--Un événement imprévu ayant tout à coup
arrêté les négociations, qui cependant semblaient promettre les plus
heureux résultats, je vis dès lors que, pour éviter à notre chère patrie
les maux affreux d'une guerre civile, il ne restait plus aux Français
qu'à embrasser entièrement la cause de nos anciens rois; et c'est
pénétré de ce sentiment que je me suis rendu ce soir auprès de
l'empereur Napoléon pour lui manifester le voeu de la nation.
«L'Empereur, convaincu de la position critique où il a placé la France,
et de l'impossibilité où il se trouve de la sauver lui-même, a paru se
résigner et consentir à une abdication entière et sans aucune
restriction; c'est demain matin que j'espère qu'il m'en remettra
lui-même l'acte formel et authentique; aussitôt après, j'aurai l'honneur
d'aller voir Votre Altesse Sérénissime.
«Le maréchal NEY.»
«Fontainebleau, le 5 avril 1814, onze heures et demie du soir.»
COPIE DE LA GARANTIE FAITE LE 6 AVRIL ET ANTIDATÉE.
POUR METTRE A L'AISE LES OFFICIERS ET SOLDATS DU SIXIÈME CORPS.